L’un des Objectifs du millénaire fixé par l’Onu pour 2015, l’élimination du paludisme, aura sans doute du mal à être atteint. Les résultats d’une nouvelle étude sur la mortalité due au paludisme contredisent en effet les chiffres officiels fournis chaque année par l’Organisation mondiale de la Santé (Oms). Ils montrent au contraire que les dégâts provoqués par cette maladie parasitaire sont deux fois plus importants qu’annoncé.
Le Health Metric Evaluation (IHME), un institut de recherche indépendant basé à Seattle aux Etats-Unis, a dévoilé le 2 février les résultats d’une étude exhaustive sur l’évolution de la mortalité dûe au paludisme dans le monde. L’étude publiée par le Lancet medical Journal a été qualifiée de très fiable par le quotidien britannique the Guardian. Des données ont été collectées sur une période de trente ans, de 1980 à 2010, dans tous les pays concernés, très majoritairement situés en Afrique subsaharienne. Leur analyse montre que pour l’année 2010 par exemple il ya eu 1,2 millions de morts alors que le World Malaria Report, l’organisme qui suit l’évolution de la maladie pour l’Oms, en annonçait 665 000. Entre 2000 et 2008, l’estimation de l’Oms oscillait entre 800 000 et 1 million de victimes chaque année, or la courbe des décès observée par l’IHME est toujours supérieure. En 2004, l’Institut a décompté 1,8 millions de décès.
Les chercheurs de Seattle annoncent toutefois une bonne nouvelle : la tendance générale à la baisse observée par l’Oms est confirmée. Entre 2004 (1,8 millions) et 2010 (1,2 millions), elle serait de 32%. Cela permet aux chercheurs de conclure que les progrès sur les traitements et la généralisation des moustiquaires imprégnées qui ont été massivement distribuées aux populations, ont un effet certain. Attention cependant à ne pas crier victoire, mais au contraire à redoubler d’efforts.
L’équipe du professeur Christopher Murray a également tordu le cou à une idée reçue, à savoir que les victimes du paludisme ne seraient en général que des bébés ou des enfants de moins de cinq ans. Dans les écoles de santé on enseigne en effet que les adultes vivant dans les pays à risque seraient immunisés dès l’enfance et auraient peu de chances d’en mourir. Il s’avère que cela n’est pas vrai : 42% des victimes dans le monde sont des enfants plus âgés ou des adultes (40% en Afrique subsaharienne). 20% de ces victimes sont âgées de 15 à 49 ans, 9% de 50 à 69 ans et 6% plus de 70 ans.
Mais gare au retour de bâton, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria dont l’objectif est de trouver de l’argent pour financer les traitements en Afrique, traverse une grave crise qui fait craindre le pire quant à la recrudescence de ces maladies. Le Fonds qui entre 2003 et 2008 a fourni 40% de l’aide nécessaire à la lutte spécifique contre le paludisme a dû annuler ses prochaines collectes.

