Le 6 février journée internationale de lutte contre l’excision sera en 2012 une journée particulière pour la Fédération nationale GAMS, (Groupe femmes pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles et autres pratiques affectant la santé des femmes et des enfants), qui fêtera ses 30 ans. Association loi 1901, le GAMS a été créé en 1982. Il est constitué de femmes africaines et françaises dont l’objectif est de contribuer à la disparition des pratiques traditionnelles néfastes pour la santé des femmes et des enfants, dont les mutilations sexuelles féminines, la polygamie et les mariages forcés. Son action est d’informer la population concernée de l’extrême dangerosité de ces pratiques, pour que les parents de filles décident eux-mêmes d’y renoncer.
La sociologue Isabelle Gillette-Faye, directrice générale du GAMS, a bien voulu répondre à quelques questions.
Quels sont les points positifs à retenir de ces 30 ans d’activité du GAMS ?
Les chiffres. Dans une enquête de l’Institut national d’études démographiques (Ined) intitulée «Excision et handicap» et publiée en 2010, il ressort que 11% des filles de femmes mutilées (environ 60 000) ont été excisées. Ce chiffre tombe à 3% quand les filles sont nées en France. Ce résultat est satisfaisant car dans les années 80, les centres de Protection Maternelle et Infantile (PMI) accueillant les migrantes, notaient que 70 à 80% de leurs filles étaient excisées ou étaient sérieusement menacées. Il apporte la preuve d’un abandon progressif de l’excision dans les populations concernées.
Un autre point positif est l’évolution du style de vie des migrantes. De moins en moins de femmes restent confinées chez elles. Elles apprennent le français. Un grand nombre de celles arrivées au début des années 2000 ont été scolarisées, ce qui permet au message de mieux passer.
Depuis 2001 la France accorde l’asile politique aux femmes dont les enfants sont menacées d’excision. La loi du 4 avril 2006 permet en outre aux victimes de porter plainte jusqu’à 38 ans (20 ans après la majorité). Tout enfant résident habituellement sur le sol français est protégé de l’excision, illégale en France. Les parents et les exciseuses peuvent être jugés.
Et les points négatifs….
Trop de petites filles sont encore menacées. Elles sont repérées par les PMI et les centres de planification familiale, plus rarement par l’école. Les enquêteurs de l’Ined ont noté qu’une partie des filles non excisées peuvent encore l’être, notamment les moins de 15 ans. Dans 3 cas sur 10 un risque persiste, surtout lors d’un retour au pays, beaucoup plus rarement par le choix des parents. Quand des filles ainées sont envoyées au pays, un mariage forcé est à craindre, avec à la clé une excision exigée par la future belle famille, les plus jeunes de la fratrie risquent de suivre un jour le même chemin.
Les avancées sur les droits des femmes et des filles sont très fragiles, il faut être vigilant, être toujours en alerte et ne pas faire preuve de trop d’autosatisfaction.
Qu’en est-il des campagnes d’abandon de l’excision dans les pays d’origine dont la presse se fait l’écho ?
Quand on lit que 120 villages ont déposé les couteaux cela semble important mais il ne faut pas se leurrer, cela représente peu de monde. Il s’agit souvent de bourgades. Il faut quand même s’en réjouir tout en restant prudent car on a moins d’une génération de recul. Les résultats doivent être nuancés : il y a des risques de déclarations erronées par peur des poursuites judicaires.
En Afrique de l’ouest, le Sénégal est à la pointe suivi du Burkina Faso pourtant très enclavé. Au Burkina, les gendarmes ont le droit d’intervenir, un comité national de lutte contre l’excision a été mis en place. On enregistre également quelques progrès en Guinée Conakry et Guinée Bissau, en Gambie et en Côte d’Ivoire. La Mauritanie condamne aujourd’hui la pratique et organise des campagnes de sensibilisation. Par contre on est inquiet pour le Mali qui semblait pourtant sur la bonne voie. La récente adoption par le parlement d’un code de la famille rétrograde fait craindre le pire.
Le repli sur la religion et la montée des intégrismes est un souci majeur qu’il ne faut pas occulter. Dans nombre de pays, les écoles coraniques où l’on enseigne aux enfants le coran dans un arabe approximatif fleurissent. C’est un sujet d’inquiétude car les nombreux enfants qui les fréquentent, risquent d’être coupés du monde : ils ne parleront plus aucune langue internationale et les traditions reviendront au galop.
En Afrique, à part l’Egypte tout le monde avance à son pas. [Selon une étude du ministère égyptien de la Santé, réalisée en 2009, 91% des femmes âgées de 15 à 49 ans seraient excisées], plus de 50% des mutilations sexuelles sont pratiquées par le corps médical pour lequel ce sont des sources de revenus supplémentaires. L’argument le plus couramment avancé est hygiéniste : « les mutilations sont sans risque puisque pratiquées dans un cadre médical ».
A Djibouti, la tradition de l’infibulation marque le pas au profit de l’excision. Est-ce une avancée ? C’est mieux que rien, diront les fatalistes à l’africaine. On constate tout de même sur le terrain que moins de femmes meurent en couche. En dehors de l’Afrique il faut citer le Yémen, le seul pays au monde où il y a plus d’excisions en milieu urbain qu’en milieu rural.
Comment se fait le travail de repérage des risques en France ?
Les PMI font état d’« informations préoccupantes », des signalements d’enfants arrivant d’Afrique. Chez les enfants d e 0 à 6 ans cela se passe plutôt bien. C’est beaucoup plus difficile chez les plus de 6 ans qui sont scolarisées. Les établissements scolaires devraient repérer les cas mais ne le font pas toujours. Quand une mère annonce à un enseignant que sa fille va s’absenter un mois pour cause de retour au pays, l’enseignant devrait être en alerte et le signaler. Souvent les mères qui vivent en France se disent opposées à l’excision mais ne connaissent pas les intentions de leur famille dans leur pays d’origine.
Quel est l’avenir du GAMS ?
Association, professionnalisée depuis 20 ans, le GAMS dépend de l’argent des subventions et ne peut pas survivre avec des forces vives uniquement bénévoles. Si les subventions manquent un grand nombre de petites filles et d’adolescentes ne trouveront plus l’aide nécessaire. Le GAMS est une des rares associations à défendre les droits des femmes issues de l’immigration. Or, on constate déjà que la parole de ces femmes se fait moins entendre. Le GAMS est en outre moins présent dans les médias nationaux. Deux procès en cours d’instruction, l’un à Nevers et le second à Corbeil Essonne, vont peut être relancer la reconnaissance du GAMS.
Il y a quelques années justement, des procès retentissants ont fait couler beaucoup d’encre. Ont-ils eu des conséquences ?
Les procès ont porté leurs fruits. Ils ont incontestablement permis le recul de l’excision. Ces procès ont un caractère pédagogique dès lors que les parents des petites filles excisées sont condamnés à verser des dommages et intérêts. Des condamnations de parents à la prison avec sursis n’ont pas beaucoup de sens, ils n’ont qu’un caractère symbolique.



3 réactions
Bonjour,
Nous avons relayé votre information sur notre site : )
Bien solidairement,
L’équipe des Mamans
merci pour le travail remarquable accompli au cours de toutes ces annees,
merci pour votre acceuil, vos documents, vos conseils qui aident tous ceux qui veulent stopper à jamais les mutilations et violences
bon courage pour la suite de ces combats
Quel travail !!!
Félicitations