Après des années de tergiversations, l’Assemblée nationale malienne a adopté le 2 décembre un nouveau Code des personnes et de la famille. Le moins que l’on puisse dire c’est que le texte est en net recul par rapport à celui qui avait été proposé en 2009. Devant la levée de boucliers des associations musulmanes qui étaient descendues dans la rue et la pression du Haut Conseil islamique qui avait jugé le texte incompatible avec l’islam, le président Amadou Toumani Touré (ATT) avait à l’époque refusé de le ratifier et le parlement ne semblait pas pressé d’en débattre.
121 sur les 147 députés que compte l’Assemblée ont fait machine arrière sur un certain nombre de points essentiels et voté pour la nouvelle mouture du code de la famille. L’âge du mariage est ramené de 18 à 16 ans. Le titre de chef de famille revient à l’homme seul, le terme « autorité parentale » a été abandonné, or, le chef de famille et le seul habilité à régler les problèmes de testament et d’héritage. Le principe du respect mutuel entre époux a également été abandonné : la femme doit obéissance à son mari. Le mariage religieux enfin a été légalisé car il « apporte désormais à toutes les femmes qui se marient devant un imam une protection juridique- la même que celle d’un mariage civil », indique le président du Congrès national d’initiative démocratique (Cnid), Mountaga Fall, cité par le quotidien L’Indépendant. En tout, une cinquantaine d’articles jugés attentatoires sur les quelques 1140 que comptait le texte présenté aux députés ont ainsi été retoqués ou abandonnés.
Du côté des associations de défense des droits de l’homme la colère gronde. « Le combat n’est pas fini », a notamment déclaré Brahima Koné, le président de l’Union interafricaine des droits de l’homme (Uidh). La Fédération internationale des Droits de l’homme (Fidh) qui avait fait campagne auprès des députés pour qu’ils ne votent pas le texte revu et corrigé, souligne qu’ «en agissant ainsi le Mali viole le respect des droits humains des femmes les plus fondamentaux ». L’organisation internationale avait senti le danger, elle avait posé ses exigences dans un document publié en 2009 et intitulé « L’Afrique pour les droits des femmes ».
De son côté le quotidien Le Combat rappelle que selon l’article 25 de la Constitution, « le Mali est une république indépendante, souveraine, indivisible, démocratique, laïque et sociale ». Or en se pliant au diktat des religieux, le gouvernement tourne le dos au texte fondateur de la république. « La seule chose qui reste à faire à ATT c’est de changer notre république laïque en république islamique », s’insurge le journal. Avec ce nouveau code de la famille, le Mali n’honore pas les engagements pris en signant les Conventions internationales qui consacrent l’égalité entre hommes et femmes. La Fidh rappelle que le mali a ratifié en 1985 la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes formes de discrimination envers les femmes (CEDAW) et en 2005 le Protocole à la charte africaine des droits de l’homme, relatif aux droits des femmes. L’organisation internationale déplore en outre que la société civile malienne ait été mise à l’écart du processus de réexamen du texte.


1 réaction
Bien triste recul, en effet. Mais il faut se souvenir qu’en France, les mêmes dispositions discriminatoires étaient encore en vigueur il y a 50 ans. Faisons confiance aux maliennes pour faire évoluer les choses, le moment venu.
One Rétrolien
[...] December 2, 2011, the Malian parliament passed a Family Code, which threatens to set back women’s rights in Mali quite considerably. In 2009 the Parliament [...]