Le tabou sur les « petites bonnes » philippines au Maroc, se lève

Les « petites bonnes » marocaines, des filles mineures pour la plupart, originaires de régions reculées du royaume et soumises au bon vouloir de familles citadines aisées, qui les ont embauchées pour travailler comme des forcenées, posent un vrai problème au Maroc. Selon l’UNICEF, elles seraient plus de 80 000 âgées de moins de quinze ans. Leurs conditions de vie inacceptables sont souvent montrées du doigt, surtout quand un fait divers les concerne directement. Divers projets de loi visant à améliorer leur conditions de travail ont d’ailleurs été proposés, sans effet concret à ce jour.

Un collectif pour l’éradication du travail de ces   »petites bonnes”, rassemblant 34 associations et réseaux marocains qui se battent pour la promotion de la justice et de la dignité humaine, a d’ailleurs été créé en 2009, il s’est donné pour objectif de mobiliser l’opinion publique face à l’ampleur de ce phénomène social et de garantir une meilleure protection juridique aux enfants de moins de 15 ans soumis à toutes formes d’exploitation.

Un autre problème du même genre, celui des « petites bonnes » venues des Philippines, est beaucoup moins connu. Depuis quelques années on assiste en effet à la migration d’employées de maison originaires de ce pays, ver le Maroc. Ces femmes ou ces filles, dont le nombre dépasserait les trois mille, sont comme leurs consoeurs marocaines souvent confrontées à l’esclavage moderne. Mal traitées elles vivent en outre dans la clandestinité. Devant l’abondance de main d’oeuvre locale elles n’ont d’ailleurs aucune chance d’obtenir un jour des permis de travail et de sortir de leur condition d’esclave, non payées ou sous payées, sans passeport, celui-ci leur ayant été supprimé.

Depuis quelques mois toutefois le voile se lève sur ce tabou, grâce notamment à l’action de l’Organisation démocratique du travail (ODT), qui a rendu public certains témoignages accablants. Pour la première fois, des bonnes philippines ont pu raconter leur calvaire à visage découvert. « Affamées, torturées, voire violées », affirme Tel Quel qui rapporte « une hideuse réalité passée sous silence ». Le magazine de Casablanca s’est demandé comment ces femmes venues d’un pays si lointain ont pu atterrir au Maroc. Pour Ali Lofti, secrétaire général de l’ODT, il s’agit d’un trafic d’êtres humains qui s’est progressivement mis en place entre les deux pays. Des intermédiaires repèrent les femmes sur place et le réseau s’active.

L’ODT a déposé plusieurs plaintes, sans succès à ce jour, contre les membres marocains de ces réseaux. Des lettres ont également été envoyées au gouvernement qui n’a toujours pas répondu.  Toutefois, grâce aux premiers témoignages qui ont été publiés dans la presse internationale, le Maroc est montré du doigt et de plus en plus de victimes osent se manifester.

Il faut dire qu’aux Philippines l’exportation de main d’oeuvre est un véritable business. On estime à plus de neuf millions le nombre de Philippines exilées de par le monde soit 10% de la population de l’archipel. Devant le chômage endémique qui y sévit, l’hémorragie n’est pas prête de s’arrêter et le Maroc pourra continuer à loisir d’ accueillir des femmes, considérées comme des sauveuses de l’économie par le gouvernement philippin, pour leur servir de nounous à bon compte.

Des milliers de bonnes philippines se rassemblent tous les dimanches à Hong Kong

 

 

 

 

L’ONU craint une catastrophe humanitaire au Mali

Pour les Nations Unies, l’intervention au Mali aggrave la crise des réfugiés. En une semaine, 1230 maliens ont passé les frontières avec les pays voisins et ce flux ne risque pas de se tarir de si tôt. Le Haut commissariat aux réfugiés de l’organisation internationale (HCR), tient un décompte très précis du nombre de personnes -les derniers arrivants sont à 90% de femmes et des enfants- ayant fui le Mali pour trouver refuge dans l’un des pays voisins. A ce jour selon le HCR, ils seraient 144 500 dont 54 100 en Mauritanie, 50 000 au Niger, 38 800 au Burkina Faso et 1 500 en Algérie, sans oublier l’exode à l’intérieur du pays. 52 000 personnes venues du nord se sont installées dans la seule capitale, Bamako, vivant la plupart du temps dans des conditions très précaires, occupant des maisons délabrées, sans eau ni électricité. Ces personnes déplacées ont d’autant plus de mal à s’intégrer quelles ne trouvent pas de travail et ne peuvent pas payer leur loyer, ce qui a terme risque de poser des problèmes avec la population locale.

De son côté le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l’ONU a dénombré le 14 janvier, 229 000 personnes déplacées. Et  les affrontements de ces derniers jours ont provoqué de nouveaux déplacements de population tels que le HCR a dû activer un plan d’urgence pour se préparer à un nouvel afflux. Depuis le 11 janvier, le bureau de coordination a en effet estimé à 30 000 le nombre de personnes  déplacées à l’intérieur du pays.

L’Algérie qui a annoncé le 14 janvier la fermeture de ses frontières avec le Mali et suspendu les mesures de rapatriement visant les migrants maliens, estime qu’environ 30 000 personnes ont trouvé refuge sur son territoire, rapporte El Watan . Le quotidien d’Alger raconte combien il est difficile pour les civils maliens de venir en aide aux populations réfugiées dans des zones arides et désertiques, confrontées à la soif et la faim.

Autre source d’inquiétude, le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM,) chargé de distribuer de la nourriture à la population en détresse, avec l’aide de neuf ONG, n’a plus assez d’argent pour accomplir sa mission. Il lui manque en effet 97 millions d’euros sur ses prévisions de budget pour l’année 2013, afin de répondre aux besoins de plus d’un million de personnes. « L’insécurité grandissante dans le nord du Mali limite les actions du PAM dans la région », a déploré la porte parole de l’organisation Elizabeth Byrs précisant que depuis le coup d’Etat qui a renversé le président Amadou Toumani Touré (ATT) le 22 mars 2012 et le début du conflit au Nord Mali, le PAM est déjà venu en aide à 1,2 millions de Maliens.

Il ne faut surtout pas oublier en outre que les pays d’accueil sont des pays du Sahel qui souffrent eux -mêmes de plus en plus, année après année, de la sécheresse, et abritent des populations démunies, qui sont régulièrement confrontées à la famine. Le Nige,r le Burkina Faso, les pays le plus pauvres du globe, en sont des exemples frappants. Combien de temps pourront-t-il encore tenir?

Des Touaregs ont rejoint l'armée malienne

 

Les grands mères sénégalaises à la pointe du combat contre l’excision

Danseurs masqués lors d'une cérémonie d'initiation de petites filles au sud du Sénégal

Dans les sociétés africaines les grands mères sont les gardiennes des traditions, à ce titre ce sont elles qui décident en autres de l’excision des filles. Des campagnes d’ampleur internationale ont lieu actuellement dans les pays concernés pour mettre un terme à la pratique, et dans le même temps, une expérience particulièrement intéressante se déroule dans le sud du Sénégal, rapporte l’agence de presse internationale Inter Presse Service. L’ONG Grandmother Project (GMP) a en effet décidé de s’appuyer sur le pouvoir de conviction des grands mères. Il semblerait que cela fonctionne. En 2011, 93% des grands mères de la région se sont déclarées opposées à la pratique alors qu ’en 2008, elles n’étaient que 41%.

Ce résultat spectaculaire a été obtenu grâce à la ténacité et la force de conviction de l’ONG qui a instauré dans différents villages des lieux de débats, pour discuter des valeurs culturelles et des traditions. « Grâce à ces débats, les jeunes sont mieux éduqués », constate une sexagénaire Doussou Kadé, citée par IPS. Ces rencontres entre générations ont permis de mettre en avant le rôle éducatif des grands mères dans les sociétés africaines et de faire bouger les lignes sur l’excision.

« Dans notre culture il y a des valeurs à conserver et d’autres à abandonner », fait justement remarquer un imam de la région. Or, « puisque l’excision a plus d’inconvénients que d’avantages, les gens ont peu à peu abandonné la pratique », remarque le conseiller auprès de l’association Falilou Cissé. De son côté, la fédération GAMS (Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles féminines rejoint le constat de l’ONG et noté que la coutume est toujours la première raison invoquée quand il s’agit d’expliquer pourquoi la pratique de l’excision se perpétue,  et la raison pour laquelle le GMP a décidé d’agir sur le terrain du changement culturel.

Créée en 2005, L’ association Grandmother Project s’est donné pour mission de travailler avec les communautés pour améliorer la vie des femmes et des enfants dans les domaines de la santé, de la reproduction, de l’hygiène, de l’éducation, du sida et surtout des mutilations sexuelles, en intégrant les grands mères dans son combat. Judi Aubrel sa fondatrice, qui est partie du constat que dans les sociétés non-occidentales les grands mères jouent un rôle prépondérant, a reçu, en décembre 2012 à Londres, un prix pour l’ensemble de son action de la part la Fondation Thomson Reuters associée au quotidien américain International Herald Tribune.

GMP en renforçant la communication basée sur le dialogue non seulement entre les générations mais aussi entre hommes et femmes, a permis aux grands mères d’être actrices clés dans le processus de lutte contre les mutilations sexuelles, tout comme elles l’étaient autrefois dans le maintien de cette tradition. « Nous avons des préjugés envers les personnes âgées alors qu’elles détiennent la sagesse », souligne Judi Aubel pour expliquer les raisons de la création de GMP. Et cela marche, dans la région de Kolda au sud du Sénégal, 94% des filles étaient excisées en 2005, grâce à l’action des grands mères ce chiffre est en train de fondre rapidement.

Reste à convaincre les grands mères des autres régions, des pays voisins, où la pratique de l’excision perdure. « Les projets de lutte contre l’excision ciblent en général les exciseuses alors que c’est un problème communautaire. Si seulement une partie de la communauté abandonne la pratique, celle-ci persiste car le reste de la population n’est pas engagé », explique Boubacar Bocoum, un consultant malien qui a enquêté sur le sujet dans divers pays d’Afrique de l’Ouest, estimant que le combat contre l’excision se gagnera en se battant sur tous les fronts.

Des petites filles se rendant à leur cérémonie d'initiation

 

 

 

 

Alice Nkom, sacrée Africaine d’exception par le New Yorker pour 2012

En décembre dernier, le New Yorker a honorée Alice Nkom, la défenseuse des homosexuels camerounais. En la mettant sur sa liste des personnalités africaines d’exception pour l’année 2012, le magazine américain explique qu’elle est une des personnes les plus fascinantes du continent.  Avocate au barreau du Cameroun, elle a pris de très grands risques en défendant les homosexuels et reçoit régulièrement des menaces de mort, de la part même de ses confrères. Aujourd’hui grand mère âgée de soixante sept ans, elle n’entend pas baisser les bras pour autant. L’année dernière au Cameroun, un homme a été condamné à trois ans de prison ferme pour avoir envoyer un SMS à un autre homme disant « je suis très amoureux de toi », verdict qu’elle a jugé « choquant et inqualifiable », rappelant que la même année, dix hommes au moins ont été arrêtés pour homosexualité et que de nombreux autres attendent d’être jugés.

Première femme noire à devenir avocate en 1969 au Cameroun, Alice Nkom a fait de la dépénalisation de l’homosexualité, dans un pays où elle est illégale et durement réprimée, le combat de toute sa vie. Le code pénal camerounais prévoit en effet des peines allant de six mois à cinq ans d’emprisonnement à l’encontre de personnes ayant des relations sexuelles avec quelqu’un du même sexe.

Et la situation ne va pas en s’arrangeant, le premier janvier, Alice Nkom a publiquement reconnu craindre pour sa propre vie. « Ce que je constate aujourd’hui c’est que malheureusement on ne peut pas compter sur la protection des autorités », a notamment déploré l’avocate, présidente de l’Association de défense des droits des homosexuels (ADEFHO) , citée par Radio France international.

Amnesty international s’ inquiète depuis longtemps de la situation. En 2011 l’organisation internationale avait en effet pris la défense de jeunes condamnés à cinq ans de prison en raison de leur homosexualité. De même, le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme (HCDH) dénonce l’emprisonnement des homosexuels camerounais, souvent sans preuves ou simplement parce qu’ils ont une apparence efféminée, où encore parce qu’on les a surpris en train de boire de la crème de Whisky Bailey! Malgré les menaces, Alice Nkom ne compte pas pour autant en rester là et ne fermera pas son cabinet, ce que souhaite le gouvernement. Le Cameroun est connu pour être le pays le plus répressif envers les homosexuels, hommes et femmes, du continent africain, nous dit le Guardian de Londres.

Outre Alice Nkom, le New Yorker a tenu à honorer d’autres Africaines d’exception, à commencer par Joyce Banda qui préside aux destinées du Malawi depuis avril 2012. Al-Shaymea Kwegyris, membre du parlement tanzanien et active défenseuse de la cause des albinos, elle appartient à cette communauté particulièrement menacée, vivant dans la peur en Tanzanie. Enfin, la députée ougandaise Proscovia Oramait une étudiante âgée de dix neuf ans, la plus jeune élue au parlement dans l’histoire du pays.

 

Un acte de naissance pour toutes les Burkinabées

« Ensemble mobilisons nous pour doter deux millions de femmes et de filles d’actes de naissance et de jugements supplétifs ». 1000 francs CFA donnés= un acte de naissance délivré » (1000 FCFA = 1euro50). tel était le leitmotiv du téléthon d’un genre un peu particulier qui s’est déroulé à Ouagadougou le 14 décembre dernier, à la télévision et sur internet. Organisée à l’initiative du ministère de la Promotion de la femme, en partenariat avec le ministère de l’Administration territoriale de la Décentralisation et de la Sécurité et le ministère de l’Enseignement national et de l’Alphabétisation, cette collecte de fonds a pour but de doter tous les Burkinabés d’un acte de naissance, rapporte le quotidien Le Pays. Cinq millions de personnes majoritairement des femmes n’en possèdent pas, soit 34,5% de la population féminine du Burkina Faso (10,7% des urbaines et 41,9% des rurales).

L’opération doit se dérouler en quatre phases : la collecte de fonds qui a donc commencé le 14 décembre, la sensibilisation et l’identification du public cible, l’établissement des actes de naissance par les services du ministère concerné, la remise des actes de naissance aux bénéficiaires, note le quotidien Sidwaya.

Intitulée « une femme, un acte de naissance » , la collecte n’a pas atteint l’objectif fixé par les organisateurs qui était de cent millions de Francs CFA (15 000 euros) mais avec plus de 95 millions (14 000 euros) recueillis, il n’en n’est pas loin, d’autant plus que l’opération n’en n’est qu’à son début. Les autorités ont chiffré à deux milliards (30 000 euros) le prix à payer pour que tous les citoyens puissent avoir un acte de naissance.

En passant par la télévision à une heure de grande écoute, il s’agissait également de sensibiliser la population sur les avantages liés à la possession d’un tel acte. Les personnes qui en sont dépourvues n’ont que peu de perspectives d’évolution et de progrès. Elles ne peuvent en effet ni voter ni avoir accès à l’éducation, elles ne peuvent s’inscrire à l’école, ni à la santé.

« Ne pas avoir d’acte de naissance n’empêche pas de vivre », explique la ministre de la Promotion de la Femme, Nestorine Sangaré. « Les femmes qui sont dans ce cas vivent de manière différente ». Ne pas avoir d’acte de naissance c’est « ne pas avoir la possibilité d’établir une carte nationale d’identité burkinabée (CNIB), pièce obligatoire pour certains actes administratifs. C’est aussi ne pas avoir la possibilité d’aller dans une banque pour contracter un crédit ». Les personnes concernées ne peuvent pas non plus voyager et les jeunes filles ou les jeunes hommes qui n’en possèdent pas ne peuvent tout simplement pas envisager de se marier. La liste des inconvénients liés à cette carence est encore très longue.

Dans ce cadre, le ministère est en train de mettre en place une opération d’envergure pour recenser les personnes concernées. Elle devrait durer un an, d’aujourd’hui à la fin de l’année 2013. Il s’agit de collecter les données au niveau des communes, faire en sorte que chaque village établisse la liste des femmes qui n’ont pas d’acte de naissance. Afin de simplifier la tâche des administrations villageoises, le ministère compte doter les villages de photocopieuses dont beaucoup sont dépourvus. Il n’est pas normal que « dans un pays des hommes et des femmes naissent , qu’ils vivent, qu’ils meurent, sans qu’il y ait aucune trace de leur existence sur le plan administratif », s’insurge la ministre, qui, bien que responsables des femmes, n’entend pas pour autant laisser tomber les hommes, deux millions d’entre eux sont concernés.

 

Mannequin, un métier d’avenir pour les albinos

L’industrie de la mode toujours à la recherche d’idées qui frappent les esprits, a misé sur les mannequins albinos. Celles-ci ont été cette année très tendance et très demandées par les créateurs internationaux, comme on a pu le voir au mois d’octobre lors de la fashion week de Johannesburg. Parmi elles, Thando Hopa s’est particulièrement singularisée.  Âgée de 23 ans, Hopa, est devenue en peu de temps une icône de la mode, alors que rien ne l’en prédisposait.

Thando Hopa a grandi dans la banlieue de Johannesburg entourée par une famille solide qui compte deux enfants albinos sur quatre et qui l’a obligée à porter en permanence tout au long de son enfance un chapeau et des lunettes noires, afin de protéger sa peau fragile des méfaits du soleil.

Le créateur sud africain, Gert-Johan Coetzee, qui l’a découverte dans les allées d’un centre commercial, raconte leur première rencontre  avec admiration: « elle était belle, avec un corps parfait et une structure osseuse parfaite. Elle brillait comme un ange ». Et d’ajouter, « j’ai toujours voulu faire un défilé avec une albinos mais je n’ai jamais trouvé la bonne personne. Quand je l’ai rencontrée, tout s’est mis en place. Sa peau est blanche comme du lait. Les possibilités sont infinies».

Outre Johannesburg, Hopa a défilé à la Fashion Week canadienne de Vancouver. Elle a donc fait beaucoup parlé d’elle cette année mais n’est toutefois pas la première top model albinos a arpenter les défilés de mode. Diandra Forrest originaire du Bronx à New York  est une habituée. Elle a, entre autres, défilé pour la créatrice  anglaise, la très excentrique Vivienne Westwood, et fait la une de magazines tels que Vogue. Signe des temps, elle avait fait le déplacement à Johannesburg, rapporte le site de la BBC. Pour la petite histoire, la première top model albinos a été la Hongkongaise Connie Chiu qui fit ses débuts il y a quinze ans et qui est surtout connue pour avoir travaillé avec le créateur français Jean Paul Gaultier. Du côté des hommes, le manequin afro-américain, également originaire du Bronx, Shaun Ross, fait lui aussi un tabac.

Pour autant, Hopa n’entend pas être réduite à la fonction de porte manteau pour les créateurs internationaux. Défiler lui permet surtout de lutter contre les préjugés dont sont victimes les albinos et de faire avancer leur cause. C’est « un bon moyen de d’aider les gens, cela permettra peut être de changer la façon de les percevoir », lui avait dit sa sœur quand elle hésitait à accepter la proposition du créateur sud africain. D’ailleurs, elle ne compte pas faire de la mode son métier, avocate à temps plein dans la vraie vie, elle veut le rester.

Il faut savoir qu’une personne sur quatre mille en Afrique du Sud est albinos. Il s’agit d’une maladie génétique qui se caractérise par un déficit de pigmentation de la peau, des yeux et des cheveux. La plupart des personnes atteintes souffrent d’un manque de reconnaissance de la part du gouvernement et des employeurs potentiels, mais sont surtout l’objet de discriminations terribles. Une croyance traditionnelle veut en effet qu’une partie du corps d’un albinos porte chance à celui qui la possède. D’où les actes de sorcellerie qui se multiplient, en Afrique de l’Est et en Afrique australe où cette croyance est tenace. De nombreux faits divers font état d’albinos enlevés pour être démembrés.

Reste à espérer qu’en défilant, des femmes telles que Hopa redonnent un peu d’espoir à ceux qui se terrent parce qu’ils craignent constamment pour leur vie.

Une jeune albinos sur un marché

 

Les mamas africaines, reines de l’énergie solaire

A la fin de l’année 2012, plus de sept mille Africaines illettrées ou semi-illettrées, seront devenues ingénieures diplômées en énergie solaire. Un véritable miracle dû à la ténacité de l’Indien Sanjit Bunker Roy, le fondateur en 1972 du Barefoot College en faveur des femmes. L’ Université des Illettrées située au Rajasthan a en effet signé en 2007 un partenariat, qui poursuit sa route aujourd’hui, avec l’ organisation Village Environment Energy Comittee (VEEC),  dont l’objectif est de former des femmes originaires des villages les plus reculés d’Afrique à l’installation et la maintenance de panneaux solaires. Le programme, financé en partie par le gouvernement indien à hauteur de cent mille dollars par an, fait l’objet d’une présentation à la 18ème conférence de l’ONU sur le climat, qui se tient à Doha au Qatar du 26 novembre au 7 décembre.

Les femmes qui suivent cette formation sont originaires de villages sans électricité où la norme en matière d’énergie est le kérosène. Or, le kérosène n’est pas une énergie durable, il coûte cher et n’est pas bon pour la santé. Au contraire, chaque lampe qui fonctionne grâce au soleil, d’une durée de vie de dix ans environ, réduit considérablement les émissions de dioxyde de carbone. « L’ Afrique est le continent qui a le moins accès à l’électricité et à l’énergie », explique Nick Nuttall , porte parole du Programme environnemental des Nations Unies,  qui précise que « permettre à l’Afrique d’avoir accès à une énergie propre est absolument primordial ». Ce n’est donc pas un hasard si le programme du Barefoot College en faveur des Africaines a reçu le soutien des Nations Unies.

On peut se demander pourquoi les femmes ? « En Afrique, on ne peut compter sur les hommes. Dès la fin de la formation, ils partiraient en ville, à l’étranger », explique Sanjit, ajoutant que les femmes, des grands mères pour la plupart, sont choisies en fonction de leur âge entre 35 et 50 ans, parce qu’elles sont illettrées, et qu’elles ont à cœur d’apporter le bien être à leur communauté, en l’occurrence l’électricité. « Nous les emmenons en Inde par groupes de 40 pour six mois de cours et en faire des techniciennes de haut niveau ». La langue qui pourrait être la première des barrières ne pose pas de problèmes, « Tout s’apprend par des gestes et en montrant ».

L’effort qui est demandé à ces femmes est immense, « elles quittent leur village souvent pour la première fois, elles prennent l’avion pour l’Inde, travaillent avec des gens dont elles connaissent ni la langue, ni la nourriture, ni rien » . En échange elles repartent avec un diplôme, un salaire car elles auront la charge de la maintenance des panneaux solaires de leur village où elles reviennent auréolées du titre d’ingénieures et traitées en stars, précise le site d’information citoyen français Place Publique . Sanjit l’assure, en six mois ces femmes sont au moins aussi compétentes que les étudiants qui passent cinq ans sur les bancs de l’université.

Outre le fait qu’elles contribuent au ralentissement du changement climatique, les retombées pour ces femmes, leur famille et leur communauté sont très importantes , elles gagnent mieux leur vie et leurs enfants qui étudient dans de meilleures conditions grâce à l’électricité, peuvent à leur tour envisager de faire des études. De nombreux centres médicaux, par exemple, qui fonctionnaient autrefois au kérosène sont maintenant équipés de panneaux solaires, ce qui leur permet d’être plus fonctionnel.

Pour son action en faveur des Africaines Sanjit Bunker Roy, a été classé par le magazine américain Time comme l’une des cent personnalités les plus influentes de l’année 2010.

Un documentaire intitulé Les apprenties solaires, qui retrace l’expérience du Barefoot College  ,a été diffusé sur ARTE le 29 novembre dernier. Il est toujours disponible sur le site internet de la chaîne franco allemande.

Une famille sud africaine fière de son chauffage solaire

 

L’esclavage en Mauritanie reconnu comme crime contre l’humanité

« La question de l’esclavage reste un sujet de vive polémique », note à juste titre l’Agence panafricaine de Presse (Pana). Pour tenter d’ y remédier, le gouvernement mauritanien a adopté le 29 novembre un projet de loi qui fait de l’esclavage un crime contre l’humanité. La nouvelle loi prévoit des sanctions sous forme de peines de prison, d’amendes et de privations des droits civiques à l’encontre des contrevenants. Depuis longtemps la Mauritanie tente sans succès d’éradiquer ses vieux démons.

« L’esclavage en Mauritanie a été aboli sous toutes ses formes » le 9 novembre 1981, rappelle SOS Esclaves, une organisation anti esclavagiste, pour la défense et la promotion des droits humains. Cette loi ne suffisant pas à y mettre un terme, le gouvernement a voulu faire preuve d’un peu plus de fermeté en adoptant un autre texte, le 8 août 2007, criminalisant l’esclavage et prévoyant des peines pouvant aller jusqu’à dix ans de prison. Une fois encore cela n’a pas suffit, l’esclavage en Mauritanie est toujours très répandu et presque totalement impuni. Le nombre de personnes qui y sont soumises est difficile à évaluer mais elles sont probablement plusieurs centaines de milliers, dont de nombreuses femmes. Ce sont les descendants des Noirs, les Haratines, dont les allieuls ont été asservis aux Maures blancs, les Bidhans.

Trois formes traditionnelles d’esclavage persistent dans ce pays. L’esclavage domestique, l’esclave est attachée à un maître pour sa vie entière et n’a pas de contact avec sa famille d’origine. Vient ensuite l’esclavage sexuel ou droit de cuissage sur toutes les femmes qui travaillent pour un maître dont l’autorité est considérée comme naturelle. Et enfin l’esclavage agricole, les travaux les plus durs et les plus rebutants sont assignés aux esclaves, dénonce l’inlassable militant anti-esclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid, président de l‘Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) et bête noire du gouvernement.

Ce dernier a d’ailleurs été accusé par les autorités d’avoir symboliquement brûlé des textes esclavagistes datant du 9ème au 15ème siècle après JC, il a été arrêté et jeté en prison le 28 avril dernier et libéré sans procès au début du mois de septembre. Dans un discours prononcé à Genève le 27 novembre lors de la 5ème session du forum des Nations Unies sur les Minorités il a notamment dénoncé la classe politique et religieuse mauritanienne « en majorité de tendance esclavagiste », dont la représentation du monde est archaïque, puisqu’elle « interdit aux femmes toute fonction dirigeante dans la société, dont notamment la faculté de dire la loi ». Selon cette classe, « la gente féminine serait faible de nature », figée dans le statut de « mineure à vie », justifiant sa mise sous tutelle d’un maître. L’esclave « n’est plus qu’un objet, un bien meuble, à cause de son infériorité consubstantielle, intrinsèque », a-t-il déploré.

Reste à savoir si la nouvelle loi sera suivi d’effet. Les abolitionnistes en doutent, tant l’esclavage est ancré dans la société. Quant aux victimes malgré les lois successives elles n’osent toujours pas porter plainte.

D'anciennes esclaves mauritaniennes

 

 

Une Africaine à la tête du CIO, pourquoi pas ?

Être femme arabe, africaine et musulmane serait-il un obstacle pour devenir la présidente du Comité International olympique (CIO) ? On connaîtra la réponse en septembre 2013 à Buenos Aires, quand le nom du successeur de l’actuel président, le belge Jacques Rogge, sera révélé. L’ancienne athlète marocaine Nawal El Moutawakel, déjà membre du Comité depuis 1998, envisage de déposer bientôt sa candidature. Elle est en bonne position pour le devenir, elle en a, en tout état de cause, le profil. Si elle était élue, elle serait la première femme à occuper ce poste et la première non européenne, à l’exception toutefois de l’américain Avery Brundage qui fut président du CIO de 1952 à 1972 .

Née en 1962 à Casablanca, aujourd’hui âgée de 50 ans, Nawal El Moutawakel est devenue une icône du sport mondial en remportant le 400 mètres haies aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984 et reste depuis une star dans son pays. Elle devint alors la première femme musulmane à gagner une médaille d’or olympique. Si elle devient la présidente du CIO elle entrera en tant que femme, une seconde fois dans l’histoire et mettra peut être ainsi un terme à l’hégémonie masculine dans le sport.

Militant pourra participation des femmes aux sports, elle avait déclaré « quelqu’un a dit un jour que l’avenir du sport serait féminin », mais « la présence des femmes dans les événements sportifs majeurs ne suffit pas. Nous voulons qu’elles participent aussi totalement à l’administration ». En la matière, des progrès ont été accomplis lors des Jeux Olympiques de Londres en juillet 2012. Pour la première fois dans l’histoire des JO en effet, les femmes étaient présentes dans les 26 disciplines olympiques. En outre, 35 des comités nationaux sur les 204 existants comportaient plus de femmes que d’hommes, y compris les comités allemand et américain.

Le siège du CIO à Lausanne

Outre les nombreuses médaille nationales -elle fut championne du Maroc du 100, 200 et 400 mètres haies en 1977 et 1978- et internationales collectées au cours de sa carrière commencée en 1978, Nawal El Moutawakel, a occupé le poste de secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports de 1997 à 1998, puis celui de ministre de 2007 à 2009. En juillet 2012, elle a été élue vice-présidente du CIO par 81 voix contre dix, preuve s’il en est de la reconnaissance de ses pairs. Elle est également couronnée de récompenses et de prix.

En 2010, le journal sportif français l’Equipe l’a placée en seconde position dans son classement des pionniers du sport africain, derrière le marathonien éthiopien Abebe Bikila qui fut le premier athlète africain de l’histoire à remporter une médaille d’or. C’était aux Jeux Olympiques de Rome en 1960.

En 2011 enfin, elle a reçu le Trophée du Fair Play, créé par l’Association internationale de la presse sportive (AIPS),  plus précisément le premier Trophée du Pouvoir du Sport, afin d’honorer les propos de Nelson Mandela qui avait affirmé que « le sport possède le pouvoir de changer le monde ».

Malgré ces avancées significatives les femmes restent minoritaires au CIO. Sur les 109 membres qu’il comporte il n’y a que 21 femmes soit 19,3% un peu moins du quota de 20% fixé par l’organisme, signale le quotidien économique marocain l’Economiste. Si elle veut changer les choses, Nawal El Moutawakel aura du pain sur la planche.

L'équipe marocaine aux Jeux arabes en 2011

La loi ivoirienne sur le mariage consacre l’égalité homme-femme

Des dissensions entre les partis alliés du gouvernement, le Rassemblement des républicains ( RDR) et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) sur le projet de révision des lois sur le mariage avaient entraîné le 14 novembre, la dissolution du gouvernement dirigé par Jeannot Kouadio Ahoussou. Le 21 novembre, un nouveau gouvernement sous la houlette de l’économiste Daniel Kablan Duncan a été nommé. Le même jour les députés ivoiriens ont adopté à une très large majorité malgré un débat houleux, 213 députés sur les 229 présents, ce fameux projet de loi sur le mariage. Le nouveau texte modifie en profondeur celui en vigueur depuis 1964 et consacre pour l’essentiel l’égalité entre homme et femme dans le couple.

« L’homme n’est plus chef de famille », titre le quotidien Le Patriote. C’est la disparition de cette notion de chef de famille risquant « d’entraîner la désintégration de la cellule familiale » que craignait le PDCI qui a finalement voté le texte. A partir du moment où le président Ouattara aura apposé sa signature, la famille ivoirienne sera gérée conjointement par les époux qui assureront ensemble « la direction morale et matérielle de la famille », pourvoiront à l’éducation des enfants et prépareront leur avenir. De même, « le domicile de la famille est choisi d’un commun accord par les époux ». Quant aux charges du mariage, elles reposeront désormais sur les deux époux, la femme ayant le droit d’exercer la profession de son choix.

La nouvelle loi qui satisfait les défenseurs des droits des femmes, ne fait pas l’unanimité partout, les arguments avancés par certaines parties sont pour le moins surprenants. C’est le cas du quotidien d’opposition Notre Voie pour qui la loi est inapplicable en l’état car contraire à la culture et aux moeurs africains. « Une loi qui établit une égalité parfaite entre l’homme et la femme dans le foyer est une loi non africaine », déplore -t-il notamment, expliquant que cela posera des problèmes pour la primauté du nom de famille. A ce jour en Côte d’Ivoire,d’ailleurs comme dans de très nombreux pays africains ou occidentaux, l’enfant porte le nom du père ce que la femme pourra bientôt revendiquer, s’inquiète le journal. Plus grave à ses yeux, la loi pourrait être la porte ouverte à une légalisation de l’homosexualité !

Il faut rappeler que dans ce domaine la Côte d’Ivoire s’est déjà trouvée à la pointe du progrès. En 2006 en effet, la polygamie a été mise hors la loi. Avec l’adoption de l’article du Code civil français disant que « nul ne peut contracter un nouveau mariage avant la dissolution du précédant », elle avait été le premier pays d’Afrique francophone à franchir ce cap.

Un mariage à Abidjan