Bénin – Menaces sur les libertés publiques

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Bèhanzin, Bio Guerra et Kaba vont certainement se retourner mille et une fois dans leurs tombes, en se demandant ce qui arrive à leurs Enfants du Bénin. Les Béninois, sous le régime du président Boni Yayi, ont-ils perdu ce qui leur valut, du temps de la colonisation, le très prestigieux surnom de «Quartier Latin de l’Afrique». Ou plutôt ce qui était jadis leur marque de fabrique, à savoir l’intelligence et l’honneur ? En tout cas, à en juger par les développements actuels de la vie sociopolitique nationale, on est bien en droit de conclure que c’est l’image que donne la plupart de ceux qui constituent l’élite de ce pays. Pas tous, heureusement d’ailleurs!

 Même sous le régime dictatorial et marxiste-léniniste du Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB) que le président Mathieu Kérékou a dirigé en son temps, l’intelligence et l’honneur n’avaient pas déserté l’élite du pays. Encore moins la hargne de la défense des libertés individuelles et collectives qui sous un système dit démocratique devrait être normalement plus accentuée. Surtout quand certaines pratiques dudit régime sont pires que sous le régime dictatorial d’antan.

La récente interpellation, le 21 septembre, de Lionel Agbo, avocat, homme politique et ancien candidat à la présidence de la République qui plus est, et sa garde à vue au Commissariat central de Cotonou pour avoir librement exprimé ses opinions au cours d’une conférence de presse est tout simplement inconcevable dans un Etat de droit. Quand on sait qu’il n’a fait que dire ce que tous les Béninois savent: la mal gouvernance ambiante. Le président Boni Yayi l’a lui-même reconnue, du reste, en parlant de «comportements non vertueux et de mal gouvernance» dans ses très controversées déclarations du 1er août 2012, à l’occasion du 52ème anniversaire de l’indépendance du Bénin.

 Si un avocat et homme politique peut être ainsi si facilement interpellé et gardé à vue, qu’en dirait-on d’un citoyen lambda ? Me Joseph Djogbénou a donc raison de demander aux Béninois d’être «Tous prêts pour la prison» en déclarant que:

«Le développement de l’actualité nationale commande à tous les citoyens béninois d’être prêts à aller en prison. La démocratie béninoise est réellement simplement menacée».

Et si la démocratie béninoise est réellement menacée, c’est en effet par la propre faute des citoyens béninois dont une partie de l’élite du pays qui est censée lui indiquer la bonne voie, a choisi celle de sacrifier son intelligence et son honneur sur on ne sait quel autel. Mais le tribunal de l’Histoire se chargera de le juger.

En attendant, c’est encore à Me Joseph Djogbénou que nous devons emprunter le mot d’ordre :

«Le temps de la mobilisation pour les libertés a encore sonné. Et il faut prier le Dieu de ceux qui nous dirigent afin qu’il accorde au procureur de la République, l’intelligence nécessaire à l’ouverture d’une procédure régulière contre Lionel Agbo afin que publiquement, il soit discuté de «l’offense au chef de l’État», de la corruption au sommet de l’État, de la concussion ; qu’il soit publiquement jugé aussi bien de la présidence de la République que de la présence dans la République. Prions, pour que cette conférence judiciaire de presse ait lieu. Mais soyons tous, désormais prêts pour la prison»!

Marcus Boni Teiga

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