Bénin – Les indicateurs économiques au rouge

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D’après les indications fournies par la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (Bceao) qui a rendu public son rapport sur la croissance économique dans la zone de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa), la situation socioéconomique du Bénin est réellement préoccupante. Le Togo, le Burkina-Faso, le Niger, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Guinée-Bissau se portent économiquement mieux que le Bénin qui se trouve être la lanterne rouge. En effet selon les chiffres publiés par la Bceao, le taux de croissance économique dans l’espace Uemoa est passé de 4, 3% en 2010 à 1% en 2011. Mais les perspectives sont bonnes dans les pays membres de l’Union pour 2012 et 2013 malgré les nuances spécifiques à chaque Etat.

Contrairement à la loi des finances qui entrevoit un taux de croissance économique de 4,1%  en 2012, la Bceao envisage un taux de croissance de 3,5%  pour le Bénin. La plus grande instance bancaire de l’Uemoa prévoit une croissance économique de 4,5% pour le Bénin à l’horizon 2013. Ces performances économiques annoncées par la Bceao pour le Bénin constituent les plus faibles par rapport à celles des autres pays de l’Union.

Le président Boni Yayi reconnait ces contreperformances de l’économie béninoise sans hypocrisie et il disait le 8 juillet dernier aux producteurs du coton dans le nord du pays :

 «La question économique se pose aujourd’hui. En termes de croissance économique, nous sommes derniers avec 3%. Si on avait les 130.000 tonnes de coton qui sont perdues quelque part, on serait autour de 4 à 5%. On aurait affiché le même taux de croissance que le Burkina, le Mali etc… Etre dernier, je n’aime pas ça. Pendant tout le sommet, j’ai baissé la tête. Et tout le monde me regardait. J’avais tellement honte… »

C’est dire donc que les difficultés que vit actuellement le Bénin sont un secret de polichinelle et qu’il revient aux dirigeants actuels de trouver les solutions idoines.

Dans la perspective dite de décrispation, le président Boni Yayi accusé d’être en train de traquer les opérateurs économiques avec des redressements fiscaux a voulu donner un signal, avant la tenue d’un forum économique proposé par le Médiateur de la République, le professeur Albert Tévoèdjrè. Le chef de l’Etat a invité les agents de l’administration fiscale à pacifier leur relation avec les  investisseurs. Par cette audience, Boni Yayi a voulu montrer à l’opinion que ce n’est pas lui qui diligente les redressements fiscaux contre certains opérateurs économiques béninois en faisant parler les techniciens de la fiscalité. A l’instar de Servais Adjovi, directeur de cabinet du ministre de l’Economie et des finances qui a déclaré :

«L’administration fiscale ne fait pas de l’acharnement, mais au contraire, il s’agit d’un travail républicain puisqu’il est question de collecter des recettes pour les finances publiques. Mieux, c’est un programme qui est retenu par l’administration des impôts et qui est en train d’être exécuté secteur par secteur ».

Mais cette opération qui vise à rassurer les uns et les autres de la non implication de Boni Yayi dans les redressements fiscaux en cours n’empêche pas les autres partenaires aussi bien sociaux, économiques que politiques d’émettre eux aussi leurs signaux et plus précisément leurs appréhensions par rapport aux possibilités du forum de faire sortir le pays du marasme économique actuel.

Le lundi 9 juillet dernier déjà, dans une déclaration rendue publique par l’Union nationale des syndicats des travailleurs du Bénin (Unstb), le Secrétaire général Emmanuel Zounon, a carrément rejeté l’idée du chef de l’Etat.  Selon lui:

«L’Unstb n’adhèrera pas à une bourgeoisie comprador qui va remettre en cause les acquis des travailleurs».

Car, une telle rencontre ne peut qu’aboutir à des solutions d’austérité que seule la bourgeoisie nationale peut supporter.

A en croire Jean-Baptiste Satchivi, le leader de l’agroalimentaire, une réunion de bonnes intentions n’est pas une fin en soi. Seule l’action, peut résoudre les problèmes de l’économie nationale:

«Il faut que contrairement au passé, les recommandations du forum économique ne restent pas dans le tiroir».

Et le jusriste d’affaire, Serge Prince Agbodjan, d’avertir:

 «Lorsque notre pouvoir décide de discuter avec les opérateurs économiques, les citoyens, on ne peut pas s’y opposer. C’est une bonne chose».

 Mais il rappelle l’existence d’un rapport sur un forum qui a été organisé sur les opportunités d’affaires entre le Bénin et le Nigeria les 12 et 13 février 2007 ; un autre rapport  déposé par le groupe de réflexion dirigé par feu Richard Adjaho qui proposait «une fiscalité de développement», et les conclusions du forum organisé du 15 au 17 décembre 2009 par le Haut commissariat à la gouvernance concertée (Hcgc) sur le même sujet, des rapports qui retracent déjà tout.

Pour cela, conclut Serge Prince Agbodjan:

 «Nous n’avons pas besoin de discuter pour savoir ce qui ne va pas. On a besoin de prendre des décisions pour avancer. Un forum pour parler de tous nos problèmes, je ne crois pas que c’est cela qu’il faut».

Du coté de l’opposition, le ton n’est pas moins haut. Profitant  des journées dites journées de l’Union qui se sont déroulées du  26  au 28 Juillet, la grande coalition de l’opposition -  l’Union fait la nation – a fait connaitre ses propositions pour résoudre les problèmes actuels du Bénin. Pour le président de  l’Union fait la nation (Un), Bruno Amoussou, aucune des mesures proposées par le régime actuel n’est assez efficace contre les problèmes du pays. Ainsi, dans le livret contenant leur solutions, les responsables de l’Un ont démontré que le forum économique envisagé par le chef de l’Etat, l’adoption de la charte nationale pour la gouvernance du Bénin,  la formation d’un gouvernement d’Union nationale et le dialogue politique «qui n’a jamais pris corps» ne sont les solutions idoines. l’Un, entre autres, exige la mise en œuvre urgente d’un programme spécial de réduction du train de vie de l’Etat, la reprise sans délai des négociations entre le gouvernement, les centrales syndicales et le Front des trois ordres d’enseignement sur les revendications des enseignants, la immédiate d’un comité national de supervision des concours de recrutement dans la fonction publique.

Euloge Aïdasso

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