Bénin – La relance des filières agricoles en question

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Depuis quelques semaines, le chef de l’Etat béninois, Boni Yayi, et son ministre de l’Agriculture, Sabaï Kate, ont entrepris une tournée de sensibilisation et d’exhortation en direction des producteurs de coton et des acteurs du palmier à huile dans les départements concernés par ces deux filières. Aux cotonculteurs, Boni Yayi a délivré des messages qui tiennent à un nécessaire relèvement de la filière et globalement de l’économie nationale.

«En réalité, le monde change et dans tous les cas, l’agriculture qui est la base de notre existence ne saurait être abandonnée. Nous avons commis des erreurs, je vous demande pardon. Les grandes puissances de ce monde nous donnent aujourd’hui, la preuve que la postérité ne peut jamais se passer de l’agriculture».

C’est en martelant ces mots que Boni Yayi a voulu souligner que nulle part au monde, l’Etat ne s’est désengagé de l’agriculture. La preuve est que les gouvernements des Etats-Unis d’Amérique et d’Europe continuent d’accorder des subventions à leurs fermiers. Le président Boni Yayi a confié que Barack Obama lui a dit que c’est une grave erreur d’abandonner l’agriculture dans les mains du seul secteur privé. 

Pour le chef de l’Etat:

«Par rapport à la croissance démographique, nous avons en 2011 statué sur une croissance de 3 % contre une croissance démographique de l’ordre de 3,8%. Notre démocratie a besoin d’être nourrie à tous les niveaux par notre travail (la production de la richesse). Sinon, nous reculons».

Interpellés par les acteurs du secteur agricole sur la valorisation de la production de coton – parce que la campagne 2011-2012 n’a pas tenu la promesse des fleurs -,  il a indiqué que sur 300.000 tonnes de cotons cultivés, l’Association Inter professionnelle du coton (AIC) n’a déclaré que 174.000 tonnes. Ce qui entraîne un découragement dans les rangs des producteurs et fait planer le spectre d’une année blanche cotonnière sur la campagne 2012-2013. Pour se rassurer des informations reçues, Boni Yayi a tôt fait venir une  Commission internationale qui, après investigation, a confirmé les faits.

 Ayant donc constaté une crise de confiance entre producteurs et partenaires privés, le gouvernement a donc décidé de retirer la gestion de la production cotonnière à l’AIC:

«Je ne peux accepter une année blanche cotonnière…Nous avons été surpris puisqu’on était déjà en début du mois d’avril où les localités du septentrion devraient commencer la mise en terre des semis. La problématique des intrants se posait et nous devons aller par la force».

Il leur a promis de tout mettre en œuvre pour respecter leurs prévisions de production pour cette campagne qui flotte déjà. Dans ce même registre, le gouvernement joignant l’acte à la parole, a octroyé des crédits aux cotonculteurs en commençant par la Commune de Banikoara  (bassin cotonnier béninois). Le microcrédit qui reste inéluctablement le seul espoir d’une population inquiète du sort de la filière cotonnière et qui broie sans cesse le noir  avec des arriérées qui s’amoncèlent.

En effet, le crédit spécial aux producteurs s’appuie sur un mécanisme techniquement huilé. Les crédits sont directement octroyés aux cotonculteurs et seront remboursés à la vente de leurs productions avec un taux d’intérêt de 10 %. La seule Commune de Banikoara devra bénéficier 45.000.000 de francs CFA de crédit avec la prévision de 70.000 hectares emblavés.

Pour rattraper le retard, les intrants sont livrés aux producteurs à 200 francs CFA le kilo et le coton à la récolte sera acheté aux producteurs à 260 F/kg, le prix le plus élevé de la sous-région. En l’espace de deux semaines, Boni Yayi a sillonné tous les départements concernés par la filière coton au Bénin. Une détermination dont le gouvernement veut faire montre quant à la réussite de cette campagne cotonnière.

Le message aura été le même, centré sur la nécessité de faire autant que le Burkina Faso et le Mali. Mais également, sur la nécessité de revoir les mentalités en y extirpant les habitudes de la déliquescence des valeurs culturelles. 

Pour Boni Yayi:

«La misère détruit la paix, la stabilité et la démocratie. Il urge donc de redresser la barre pour relever l’économie béninoise avec l’obligation de résultats et la reddition des comptes».

A la rencontre d’échanges avec les acteurs de cette filière, le ministre de l’Agriculture, Sabaï Katé, a laissé entendre que c’est le tour du palmier à huile après le coton. Selon lui, pour relever la tendance économique, le chef de l’Etat a décidé de propulser les filières agricoles porteuses de richesses.

A cette rencontre qui a réuni les acteurs de la filière du palmier à huile, les élus locaux et maires des différentes communes concernées, un accent particulier a été mis sur l’abattage des vieux plants de plus de 40 ans, pour permettre la mise en terre de jeunes plants. Exhortant les producteurs à mobiliser les coopératives pour que cette filière réussisse autant que celle du coton.

Conscient de l’enjeu, celui de révolutionner la filière du palmier à huile afin de booster le développement économique du Bénin, les protagonistes qui semblaient freiner le développement de cette activité agricole, ont pris l’engagement d’enterrer la hache de guerre afin de relancer la filière du palmier à huile qui se meurt à petit feu. Producteurs et coopératives parlent désormais le même langage. Et la filière du palmier à huile pourrait bientôt renaître de ses cendres.

Aline Assankpon

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