Bénin – Le paradis des églises

L'Auteur

bonimarcus


Topics

Le Bénin est un pays de tolérance religieuse où se côtoient les deux grandes religions révélées que sont le christianisme et l’islam avec les religions traditionnelles. La prolifération des églises ou ce qu’on appelle les églises réformées posent cependant de grandes questions de société.

Il y a quelques années encore, outre les églises catholique et protestante, les Béninois ne connaissaient que l’église du christianisme céleste. Cette dernière a été fondée à Porto-Novo au Bénin en 1947 par le pasteur Samuel Joseph Oschoffa, charpentier-menuisier de son état, qui s’est autoproclamé prophète et révérend. Il aurait reçu la révélation au cours d’une éclipse solaire. Interdite sous le régime marxiste-léniniste du Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB) pour cause de pratiques occultes, son prophète contraint à l’exil est mort à Imeko au Nigeria.

Selon le texte du synode,

«le christianisme céleste n’est sorti d’aucune religion mère, ni d’aucune secte quelconque. Il a plu à Dieu, devant les multitudes religions plus ou moins sectaires introduites sur le sol africain, de donner à l’Afrique cette église primitive, teintée du sang des martyrs, cette église sans tâche ni ride, épouse de Jésus-Christ : l’étoile du matin, l’agneau de Dieu, le rocher de notre salut, le grand médecin, le fils unique de Dieu, celui qui peut nous sauver de nos péchés».

A la différence des églises catholique et protestante, l’église du christianisme céleste procède à des guérisons. Chez les chrétiens célestes, il faut entre autres se déchausser pour entrer à l’église et  porter une tenue avec ceinture qui ressemble à une tenue d’art martial. Certains Béninois les appellent, non sans humour, «les marcheurs aux pieds nus» ou «les Karatekas».

L’apparition des églises réformées est récente. Mais la rapidité avec laquelle elles ont proliféré contraste avec la durée de leur existence. Avec à leur tête pour la plupart des pasteurs d’origine nigériane, on compte en leur sein des pasteurs béninois venus généralement de la Côte d’Ivoire. Il serait difficile de les dénombrer sans risque de se tromper. Car elles ont trouvé au Bénin un terreau fertile pour prospérer. Il est rare de passer même dans les villages les plus reculés du pays sans rencontrer un hangar, symbole de cette omniprésence. L’exotisme des noms de certaines églises ferait sourire Jésus-Christ lui-même et le dispute aux pratiques qu’on peut observer. Ici, c’est plutôt le pasteur qui est roi et non le Christ. Pour louer Dieu, on y chante, on y danse à perdre parfois l’haleine quand on y pleure pas.

Pour Paulin Para:

«Les Béninois n’aiment pas qu’on touche à leur laïcité et à leur religion, mais actuellement on peut dire qu’ils sont bien servis par toute l’avalanche de sectes religieuses qui arrivent dans le pays. C’est quand même un sujet d’interrogation pour notre société»,

A y regarder de près, au Bénin, les églises dites réformées sont des succursales de véritables multinationales de l’évangélisation dont certaines ont leur siège en Occident. Et elles utilisent des méthodes du marketing moderne pour appâter leurs adeptes. Costume trois pièces et cravate, attaché-case avec ou sans lunettes, gros véhicule 4 X 4. C’est le profil de l’emploi.

La parole de Dieu est devenue un véritable business pour de nombreuses personnes. A telle enseigne que les nouvelles églises risquent fort de jeter finalement un discrédit sur l’ensemble des églises chrétiennes. Frédérik Mahussé dit: «au nom de Dieu, on a laissé n’importe qui faire n’importe quoi. Je n’ai pas ouï-dire, mais j’ai vu des pasteurs marchander les voix de leurs fidèles à des groupes politiques. Pour moi, c’est vendre des hommes comme du bétail humain. C’est le comble du cynisme».

Marcus Boni Teiga

A lire aussi:

RDC – Ces pasteurs qui n’exorcisent pas les «enfants sorciers»

Dieu vit à Kinshasa

Nigeria – Les prophètes sont-ils des charlatans?

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>