Et si le Bénin revenait au bénévolat en politique ?

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bonimarcus


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Par ces temps de crise économique et de crise d’éthique en politique, il serait peut-être beaucoup plus judicieux de revenir au bénévolat en politique. Rien de nouveau sous nos cieux, en réalité. Qu’on se souvienne, aux heures glorieuses du président Mathieu Kérékou pendant la révolution au Bénin, la chose a été expérimentée, mais très vite abandonnée. Au motif que le fait de ne pas rétribuer la fonction politique incitait les responsables à se servir directement dans les caisses de l’Etat chaque fois qu’ils le pouvaient ou encore à la corruption. Soit.

L’attribution de salaires pharaoniques aux politiques par rapport aux conditions de vie des Béninois n’a pas réfréné les ardeurs de ceux qui exercent des fonctions politiques à quelque niveau que ce soit. Elle n’a pas non plus arrêté la corruption. Bien au contraire, elle a aggravé ces phénomènes. Les salaires politiques et la corruption ont attiré beaucoup plus d’aspirants à la fonction politique dont généralement c’est d’ailleurs la seule motivation. Et le Bénin a progressivement créé une caste de « politiciens professionnels », c’est-à-dire des gens qui n’exercent aucune autre profession que de jouer à des intrigues politiques à longueur d’année. Certains objecteront que les salaires politiques ont pour effet de ne pas susciter des délits d’initiés ou des conflits d’intérêts, etc. Ce qui est archi-faux, comme on le constate dans la vie de tous les jours. Les nombreux scandales politico-financiers qui ont émaillé la vie du pays en est une illustration patente.

Pourtant, à entendre souvent ceux qui se lancent en politique, ils disent toujours vouloir servir le peuple ou le pays. Profession de foi cependant que dans les actes, c’est encore eux qui se servent plutôt et oublient ce peuple ou ce pays qu’ils disent tant aimer. La politique étant devenue la plus grande et la meilleure pourvoyeuse d’emplois, normal qu’on voit même les cadres les plus brillants déserter leurs professions pour y accourir, laissant ainsi leurs domaines de compétence végéter dans la médiocrité. «Qui est fou» ? disent les Béninois. C’est la métaphore de la biche et de la rivière de l’ex-président Nicéphore Soglo qui disait: «la biche reviendra toujours à la rivière». En effet, la biche a beau aller très loin, parcourir de long en large la forêt, elle retournera toujours à la rivière dès qu’elle aura soif. Elle ne peut donc jamais se fâcher contre la rivière.

Du temps du bénévolat en politique de l’ex-président Mathieu Kérékou, les acteurs politiques ne recevaient que des indemnités liées à leurs fonctions et ne gagnaient que le salaire qu’ils méritaient dans leur profession d’origine. Il faut avouer que ce n’est pas une mauvaise idée. Elle relève du bon sens d’une part, de l’esprit de patriotisme et de sacrifice que devrait engager l’action politique d’autre part. Tous les hommes politiques clament sur tous les toits qu’ils aiment le Bénin, qu’il sont des patriotes, qu’ils veulent défendre les intérêts du peuple béninois en s’engageant dans l’action politique. Comment savoir qui est qui?

C’est en revenant au bénévolat des fonctions qu’on saura vraiment ceux qui y vont pour réellement servir le peuple et leur pays. D’autant plus que la version officielle dit que le président Boni Yayi a montré l’exemple en faisant don de son salaire à l’Etat béninois. Ce qui a suscité une vive polémique au sujet de la provenance des revenus sur lesquels vit le chef de l’Etat. En tout cas, par ces temps difficiles, ce n’est que pur euphémisme, les pays africains devraient plutôt s’engager sur cette voie. Mais si cette idée ne plaît pas à ceux qui ont déjà pris goût aux salaires politiques mirobolants, alors il faudrait dorénavant exiger que pour occuper une fonction politique, l’on soit un politicien professionnel. Ce qui suppose un passage par une école à créer et où l’on étudie l’exercice de la politique, où l’on apprend à être un homme politique et à exercer les fonctions, à être purement et simplement un professionnel de la politique. Et je suis sûr que beaucoup de nos hommes politiques seront recalés à l’école.

Ce ne sont là que des alternatives pour réduire les charges de l’Etat et les affecter à d’autres besoins des populations dont les professionnels de la politique n’ont certainement que faire. Mais si des pays riches peuvent se permettre d’offrir des salaires conséquents à leurs hommes politiques, voire des retraites dorées, les pays pauvres comme ceux du Bénin et d’Afrique ne peuvent pas se permettre ce luxe. Aussi, doivent-ils avoir le sens de la logique et de la raison pour se dire qu’un homme ne doit vivre que du salaire de  son commerce. Or, la politique n’est pas un métier. Dont acte!

 Marcus Boni Teiga

 

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8 réactions

  1. Arimi Choubadé
    Le 4 juin 2012 à 11 h 28 min

    Très séduisant cet article. J’aurais souhaité y lire qu’il y a un pays où le bénévolat a donné des résultats probants. L’exemple de la révolution du Kérékou me laisse sur ma fin d’abord parce que cela n’a pas fait long feu, ensuite parce qu’à l’époque de cette révolution des Béninois ont été tués, torturés, violés, exilés, spoliés, humiliés. Ne parlons pas de la banqueroute de l’État, des libertés bafouées et tout le reste. On ne peut prêcher cela comme modèle.
    Le Bénin n’a pas à inventer une organisation sociale et politique ex nihilo. Presque tous les pays qui affichent une gouvernance appréciable sont ceux qui ont cherché à contrôler le système de financement de l’activité politique. Au Bénin tout le monde sait que l’argent qui sert à financer les meetings, les campagnes électorales, la propagande politique provient des caisses de l’État. Cet argent y est soutiré de manière frauduleuse. Il suffit de faire comme cela se fait dans les grandes démocraties en finançant les partis les plus représentatifs avec de l’argent public sur la base d’une loi portant financement des partis politiques.

  2. Henri N'DAH-SEKOU
    Le 4 juin 2012 à 12 h 12 min

    Voilà un appel qui ne recevra aucun échos de nos hommes politiques. Depuis si longtemps, ils ont profité des maigres ressources du contribuables. En plus de gros salaires qui contrastent avec la misère du peuple, ils ont des formules détournées pour puiser dans les caisses de l’État.
    On retiendra aussi que des cadres « non politiciens » tapis dans l’administration sont aussi des fossoyeurs des maigres ressources du Bénin à travers diverses méthodes. La mafia légendaire des marchés publics au Bénin permet aussi de priver le peuple des ressources pour le rendre heureux.Les 10% sont systématisés à toutes les échelles y compris dans les mairies.

  3. bonimarcus
    Le 4 juin 2012 à 13 h 03 min

    Je ne parle pas du règne du président Mathieu Kérékou pendant la révolution comme ayant été merveilleux ou le meilleur des règnes possible. Je veux tout simplement dire qu’aux premières heures du Gouvernement militaire révolutionnaire (GMR), et, même du Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB), il a connu des heures de gloire et a été apprécié par une grande partie du peuple, les « masses populaires » pour utiliser une expression typiquement révolutionnaire. Evidemment, il a connu des dérives par la suite que vous mentionnez fort justement. Le Bénin ou n’importe quel pays n’est pas tenu de copier, partiellement ou intégralement, quelque modèle de société que ce soit d’Occident ou même d’Afrique.
    Ce que je crois, c’est que les salaires de nos hommes politiques sont disproportionnés par rapport au niveau de vie du citoyen ordinaire. Et s’il n’y a jamais eu de bénévolat en politique, l’expérience n’est pas interdite. Pourquoi le Bénin ou un autre pays africain n’oserait pas prendre l’initiative de son expérimentation, quand on sait combien coûtent nos institutions et ceux qui sont chargés de les diriger à nos Etats.

  4. AGBOKAN Espoir Casterman
    Le 4 juin 2012 à 13 h 18 min

    Ce raisonnemant releve d’un autre siecle déja dépassé.Nous avons fait cette expérience au bénin et cela n’a rien donné ,pire le pays à été pillé.Cela nous a conduit à la crise économique des années 80 avec pour en finir la conférence nationale des forces vives de la nation.Dans une démocratie il faut rétribuer la fonction politique et mmaintenant laisser les institutions de la république surtout la justice du pays à fonctionner normalement afin de garantir que la corruption ,le vol et le détournement ne doivent pas etre tolérés.Mon frere vaut mieux oeuvrer pour l’indépendance de la justice et revoir cette affaire d’uminité à ne pas en finir pour donner la meme chance à tout le monde et garantir la justice.Merci de penser à tout ceci et en attendant il faut eviter à l’avenir de poster de tel raisonnements retrograde pour notre démocratie si cherement acquises.

  5. bonimarcus
    Le 4 juin 2012 à 13 h 37 min

    Je ne pense pas que ce soit uniquement le bénévolat en politique qui ait conduit à la banqueroute de la fin des années 80 au Bénin. En revanche, je suis d’accord avec vous qu’il faut donner les moyens à la fois juridiques, matériels et financiers à la Justice pour pouvoir se saisir des dossiers de corruption, de détournement de deniers publics et de scandales politico-financiers. Voyez-vous, si je n’avais pas envoyé ce post, nous n’aurions pas eu ce débat fort enrichissant. C’est ça la démocratie, le débat d’idées aussi contraires soient-elles. Je vous remercie pour votre participation.

  6. Arimi Choubadé
    Le 4 juin 2012 à 15 h 29 min

    Il suffit de donner un seul exemple de ce bénévolat et on en rediscute. Le fameux génie béninois et ses inventions n’ont amené que des problèmes à ce pays. Il n’y a aucune honte à copier lorsque ça marche. Toutes les Républiques modernes ont instauré une législation sur le financement des partis politiques sauf au Bénin ou personne ne sait d’où vient l’argent qui sert à faire la politique. Le Ghana tout près de nous l’a expérimenté et ne s’en sort pas trop mal. Et puis on serait curieux de voir comme se mettrait en place ce bénévolat. Par une loi? Un décret? Une entente tacite au sein de la classe politique? Comment financer alors l’activité politique s’il n’y a ni financement public des partis comme c’est le cas actuellement ni salaire politique? La porte grandement ouverte alors à tous les réseaux de crime capables de suppléer ce manque de ressources pour faire la propagande exactement comme cela se fait dans les narco-Etats. Pourquoi inventer quelque chose dont est pas sûr et qui engagerait la vie de toute une nation alors qu’il y existe des solutions expérimentées avec succès dans plusieurs pays du monde?

  7. bonimarcus
    Le 5 juin 2012 à 18 h 15 min

    Vous me dites par là qu’il aurait fallu attendre qu’un pays organise une Conférence des forces vives de la nation avant que le Bénin ne s’en inspire pour organiser la sienne en février 1990? L’Histoire retient aujourd’hui et pour toujours que le Bénin a été le premier pays africain à passer de manière pacifique de la dictature à la démocratie au moyen d’une Conférence nationale. Votre logique me fait penser à l’histoire d’un chercheur ou d’un scientifique qui attend toujours que les autres découvrent ou inventent quelque chose avant de les copier. Certes, il n’y a aucune honte à copier ce qui marche, j’en conviens. Mais nous avons l’art malheureusement de trop copier et de mal copier. Voilà pourquoi l’Afrique est sempiternellement à la traîne. Ce n’est pas avec les salaires politiques qu’il faut financer les partis politiques mais avec les cotisations des adhérents et les activités du parti. Ce que je porte à la réflexion, c’est qu’un ministre ou un député par exemple a un métier avant d’être ministre ou député. En occupant l’une ou l’autre de cette fonction, il continuera à percevoir son salaire que son métier lui confère, mais sa fonction politique ne lui attribuera que des indemnités compensatoires inhérentes à sa fonction politique et pas un salaire politique en tant que tel. Le président Boni Yayi le fait déjà, à en croire le ministère de l’Economie et des Finances. On pourrait bien l’étendre aussi aux autres. Et il y aura un arsenal juridique pour encadrer la chose. Les participants à la Conférence nationale du Bénin avaient bel et bien travaillé sans perdiem. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Ce n’est pas une question de génie mais de bon sens. Nous aimons trop vivre au-dessus de nos moyens. Je puis vous dire, du reste, que même en Europe, cette réflexion sur les rémunérations politiques fait actuellement son petit bonhomme de chemin dans les mouvements alternatifs.

  8. Arimi Choubadé
    Le 11 juin 2012 à 8 h 43 min

    Bravo alors au génie béninois et qu’il continue de nous gratifier de ses inventions fantastiques sensées nous tirer vers le bonheur.

    http://arimi.freehostia.com/spip.php?article1089