On n’est vraiment pas obligé d’aimer le foot ni de suivre le Mondial

La compétition n’avait pas encore démarré que, déjà, les commentaires autour de la Coupe du monde de football au Brésil commençaient à m’horripiler. Oui, je le dis tout de go: je n’aime pas le football. Mieux encore, je m’en contrefous du foot. Je déteste encore plus ces moments où n’importe quidam s’autoproclame tacticien hors-pair et spécialiste du ballon rond alors que sa seule activité sportive consiste à regarder les matches de foot à la télé, une bouteille de bière à la main. Non, vraiment, je n’aime pas le foot. Parce que, comme en cette période de Coupe du monde, il y aura toujours quelqu’un, où que vous vous retrouviez, pour vous sortir des références savantes sur telle ou telle sélection, et dont personne n’a que faire en réalité.

Pourtant, il se trouve que tout non-amateur de foot que je suis, je vais devoir regarder un certain nombre de matches de ce Mondial du Brésil. En tout cas, au moins six d’entre eux. Je n’ai pas le choix. Vous allez comprendre pourquoi. En lire plus »

Si vous êtes gay, fuyez si vous pouvez

Il est entendu que la chasse aux homos ne va pas ralentir de sitôt. Il ne reste donc qu’une solution: partir.

Juillet 2013, la nouvelle produit le même effet qu’une bombe: Éric Lembembe, journaliste et militant des droits des homosexuels est retrouvé mort à son domicile de Yaoundé, la capitale du Cameroun, probablement après avoir été torturé. En effet, les amis du jeune activiste, fondateur d’une association de défense des lesbiennes, gay, bi et trans, ont décrit une scène macabre.

Éric Lembembe avait «le cou et les pieds brisés, ses mains et ses pieds avaient été brûlés avec un fer à repasser et son domicile saccagé», ont confié ses amis de la Camfaids, l’association qu’il dirigeait au Cameroun. Trois mois après, malgré l’insistance des ONG de défense des droits de l’homme, l’enquête piétine, les autorités camerounaises font l’autruche et personne ne sait toujours pas qui a tué Éric Lembembe ni pourquoi il a été tué.

Mais, de toute, évidence, il s’agit d’un crime homophobe. Le jeune homme était devenu, en très peu de temps, l’un des militants les plus en vue de la cause homosexuelle au Cameroun. Il avait reçu des menaces, et souvent de la part des autorités, confient encore aujourd’hui ses amis de la Camfaids.

Sentiment de révolte

La mort d’Éric Lembembe continue de provoquer un sentiment de révolte parce qu’il s’agit d’un meurtre et, vraisemblablement, d’un crime homophobe. Elle continue de choquer parce qu’elle confirme que les menaces de mort adressées aux homosexuels camerounais et à tous ceux qui les défendent là-bas n’ont rien d’une plaisanterie. Jusqu’ici, l’on risquait d’être jeté à prison. Désormais, l’on risque sa vie. Depuis la mort du journaliste et activiste Éric Lembembe, les gays camerounais savent qu’ils ont, plus que jamais, le couteau sur la gorge.

Or, rien n’indique que les choses vont s’améliorer. Bien au contraire, la chasse aux homosexuels risque bien de s’intensifier, avec des condamnations à tour de bras jusqu’à cinq ans de prison, des menaces à répétition, des dénonciations calomnieuses, des règlements de comptes et des assassinats de tous ceux qui se réclament ouvertement LGBT, ceux qui en parlent publiquement ou de ceux qui rencontrent des personnes LGBT. En quelques mots, et en les pesant, une sorte de «nettoyage gay» est en train de se mettre en place dans ce pays, dans le plus grand mépris du respect de la dignité humaine, et malgré la lutte acharnée que mènent les ONG, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Dans ces conditions, il n’ y a pas d’autre solution: il faut partir, si on peut, dès qu’on peut. Il faut partir parce que rien ne sert de se battre, sur place, contre un système verrouillé et haineux, qui semble avoir fait du respect des droits humains élémentaires un non-sujet. Rien ne sert se battre pour la justice et l’égalité dans ce pays, dont les autorités elles mêmes n’ont que faire. En lire plus »

Le Cameroun est bel et bien (PAS) gouverné

La bataille que se livrent Cameroon Tribune et Le Messager n’est que sémantique. Sur le fond, les deux quotidiens sont d’accord.

Kiosque à journaux, Yaoundé, novembre 2012 / AFPKiosque à journaux, Yaoundé, novembre 2012 / AFP

Rappelons les faits. Lundi 9 septembre 2013, le quotidien Le Messager, l’un des journaux les plus virulents à l’égard du régime de Paul Biya, au pouvoir au Cameroun depuis bientôt 31 ans, titre: «Le Cameroun est-il vraiment gouverné?» Objectif de la manœuvre, présenter l’incurie et l’inertie dans lesquelles est plongé le pays.

Pour illustrer son propos, Le Messager évoque les séjours répétés (et souvent longs) du chef de l’Etat à l’étranger, des conseils de ministres qui se tiennent (au mieux) une fois par an, une diplomatie inopérante, de nombreux autres projets laissés à l’abandon et enfin, la corruption. Bref, rien que le commun des Camerounais ne sache pas…

Le lendemain, 10 septembre, le quotidien Cameroon Tribune, une sorte d’antichambre du gouvernement, répond du tac au tac, sous la plume de sa directrice de publication: «Oui, le Cameroun est gouverné!»

Aussitôt, les réseaux sociaux s’enflamment. Les twittos camerounais se délectent de ce clash qui vient pimenter le débat politique, ce d’autant plus que dans son édition du mercredi, Le Messager contre-attaque et étrille son confrère, en évoquant «un éditorial fade et sans étoffe». En lire plus »

Églises de réveil, en finir avec les prophètes de malheur

 

Ces lieux de (faux) culte représentent une menace depuis longtemps. Et le Cameroun s’en aperçoit seulement maintenant.

Les églises de réveil. À Lagos comme à Yaoundé, c'est pareil. / Reuters

Il ne se passe pas une semaine depuis le mois d’août, où l’on n’apprend pas la fermeture d’une église dite de réveil au Cameroun. Ce sont d’obscurs endroits où de malheureuses personnes, fragilisées par toutes sortes de souffrances, viennent se faire raconter des balivernes par de tristes personnages qui se prennent tous pour des prophètes.

Une cinquantaine (sur un nombre total difficile à savoir) ont été fermées dans les deux grandes métropoles de Yaoundé et Douala et dans quelques villes de l’ouest du pays comme à Bafoussam et Bamenda.

Le motif de cette opération coup de poing, les dérives des églises néo-pentecôtistes qui ont essaimé dans le pays, comme dans de nombreux autres pays africains, lorsque la crise économique a commencé à faire des ravages au tout début des années 90. Divers témoignages évoquent des cas de viol, séquestration, escroquerie en tout genre, tentative de déstructuration des familles, harcèlement.

Pis encore, il aura fallu attendre la mort d’une fillette de 9 ans, en août dernier à Bamenda, dans le nord-ouest anglophone, lors d’une prétendue séance d’exorcisme, pour que le gouvernement décide de mettre un terme à la récréation qui durait depuis une vingtaine d’années. En lire plus »

Les filles de Douala ont le sang à l’œil

A Douala comme à Yaoundé, les jeunes femmes ont inventé de nouvelles techniques d’arnaque pour surmonter le chômage massif dans le pays et bien d’autres difficultés économiques.

Sorelle, by Daniel KAMENI via Flickr CC

L’histoire fait rire tout le monde, en ce moment, au Cameroun. C’est normal, c’est une bonne blague. Une blague comme seuls les Camerounais savent en inventer. Une blague qui décrit si bien les ressorts de cette société qui semble de plus en plus utiliser la dérision comme exutoire face à toutes les difficultés qu’elle traverse.

Tenez donc! Un gars est en visite chez sa copine, sa «petite», comme on dit là-bas. Le téléphone portable de cette dernière sonne pendant qu’elle est sous la douche. Le nom du correspondant qui s’affiche à l’écran du mobile est EAU. Le gars ne comprend pas bien.

Puis, arrive un second appel. Cette fois-ci, il est affiché ELECTRICITE… Le gars ne comprend toujours rien. Ou plutôt, il commence à se douter de quelque chose de pas très catholique. Et pour en avoir le cœur net, il compose son propre numéro. Et il voit alors s’afficher LOYER… Le gars s’évanouit aussitôt. En lire plus »

Ce héros perdu de mon enfance

Lapiro de Mbanga est un chanteur populaire au Cameroun. Il a forgé ma conscience politique, mais il constitue aujourd’hui l’une de mes plus grandes déceptions.

Enfant camerounais, un jour de fête nationale. © Akintunde Akinyele/Reuters

Enfant camerounais, un jour de fête nationale. © Akintunde Akinyele/Reuters

La chance que j’ai eue, c’est d’avoir été élevé dans la moyenne bourgeoisie camerounaise par des parents qui, eux-mêmes, ont toujours cherché à s’élever contre le statut social privilégié dans lequel ils avaient grandi. Très jeune adolescent, cela a fait de moi une sorte de «petit bourgeois rebelle», assoiffé de propos subversifs. Surtout dans ce Cameroun de la fin des années 80, où la liberté d’expression était pour beaucoup, si ce n’était pour tout le monde, un rêve inaccessible.

Dans cet environnement où personne n’osait jamais dire ce qu’il pense, un personnage a nourri mes fantasmes de «jeune révolutionnaire». C’est un chanteur, il s’appelle Lapiro de Mbanga. Je ne me souviens plus de comment j’arrivais à me procurer ses cassettes (oui, on en était encore là, à l’époque!).

Ce que je sais, en revanche, c’est que ses chansons étaient vite devenues, pour moi, de véritables hymnes de guerre, des cris de colère dont je me servais pour ne pas rentrer dans le moule dans lequel la société voulait m’enfermer (du moins, c’est ce que je croyais).

Pourtant, je ne comprenais pas forcément tout ce que Lapiro de Mbanga racontait dans ses tubes, à l’époque. Chanteur populaire, il se voulait la voix des sans-voix (ce que je n’étais pas vraiment), il parlait la langue du peuple, celle des quartiers populaires, le pidgin-english, une sorte de mélange hétéroclite entre l’anglais, le français et des langues nationales du Cameroun (une langue que les petits bourgeois qui fréquentent l’école française n’apprennent pas bien évidemment).

Mais de découvrir que des titres comme No make erreur, Na you go pay, Lèfam so, Kop Nié ou encore Pas argent, no love dénonçaient, chacun, les dérives du pouvoir en place et les injustices sociales, avait fini par faire de celui qui se faisait appeler Ndinga man (le guitariste) le héros de ma jeunesse. En lire plus »

Le capitaine Guérandi, celui qui rêve de renverser Biya

Le capitaine Guérandi Mbara, via Google images

Depuis son putsch raté en 1984, Guérandi Mbara n’a jamais baissé les armes. Mais, aujourd’hui, il fait surtout sourire les Camerounais.

Beaucoup de temps est passé. Pourtant, 28 ans après la tentative de coup d’Etat au Cameroun, le 6 avril 1984, la seule évocation de son nom continue de donner des frissons à quelques pontes du régime de Yaoundé, de la même façon que cela réveille des souvenirs pas toujours très agréables au sein de la population. L’ex-capitaine Guérandi Mbara est le meneur, et l’un des rares rescapés, de la période tumultueuse qui a suivi le putsch manqué contre Paul Biya.

Depuis son exil burkinabè, Guérandi Mbara n’a cessé de multiplier les sorties médiatiques, dans l’optique de se positionner en éventuel recours face à l’impopularité dont souffre le président camerounais. Il a, notamment, longtemps cherché à bénéficier de l’inertie de l’opposition. À tel point qu’un hebdomadaire panafricain n’a pas hésité à le qualifier de «principale figure de l’opposition camerounaise à l’étranger». En lire plus »

Il faut sauver les nuits folles de Yaoundé

Une centaine de débits de boisson fermés dans la capitale camerounaise. Pourtant, sur place, personne ne croit à la fin du Yaoundé by night.

Les bars, hauts lieux de vie au Cameroun, by elvissa via Flickr CC.

Voilà une affaire qui ne préoccupe que ceux qui en sont à l’origine. En quelques jours, Yaoundé, la capitale du Cameroun, a vu la fermeture en cascade d’une centaine de bars-dancings et autres débits de boissons. Une décision prise par les autorités administratives de la ville, après une série d’avertissements depuis fin 2011.

Pour justifier la fermeture de ces établissements, l’arrêté préfectoral se perd dans des formules toutes en circonvolutions. Le texte parle notamment du non-respect des heures réglementaires de fermeture, de trouble de voisinage, d’occupation intempestive de la voie publique, de tapage nocturne.

«Vous avez dans les quartiers, des gens qui se plaignent à la fois des bruits et d’autres désagréments qu’ils subissent à cause de la proximité avec les bars. De plus ces endroits sont devenus de hauts lieux de perdition», a expliqué dans les colonnes de toute la presse nationale, Jean-Claude Tsila, le préfet du Mfoundi (le département dont dépend Yaoundé). En lire plus »

Ces délestages qui plongent les Camerounais dans le noir

Des coupures d’électricité perturbent le quotidien des Camerounais, depuis bientôt dix ans. Et, là-bas, presque tout le monde trouve cela normal.

Quartier populaire de Douala, Cameroun, by Giardini Pensili via Flickr CC

L’histoire avait provoqué l’émoi des habitants de Douala, la capitale économique du Cameroun. L’affaire avait même failli prendre une vraie tournure politique. Au mois de mars, à la grande stupeur des familles, un hôpital de district demandait de bien vouloir retirer de la morgue le corps des défunts, afin d’éviter toute décomposition. Les raisons invoquées à cette demande pour le moins inhabituelle, les coupures ininterrompues d’électricité dans la ville et l’absence d’un groupe électrogène puissant.

A Douala comme dans tout le pays, les Camerounais vivent au rythme et dans l’angoisse de ce que l’on appelle là-bas, les «délestages». Un terme un peu barbare, qui ne désigne rien d’autre que des coupures intempestives et interminables d’électricité. En lire plus »

Paul Biya veut berner les chômeurs

Le président camerounais est le seul à penser que le retour du service national, qu’il propose, donnera du travail aux jeunes diplômés.

Une affiche de campagne de Biya en octobre 2011. © Akintunde Ankinleye/Reuters

Avant la présidentielle d’octobre 2011, le président camerounais avait multiplié les gestes et les promesses pour s’attirer les faveurs de la jeunesse de son pays. Parmi les projets annoncés dans un grand tapage médiatique, figurait le recrutement de 25.000 jeunes diplômés dans la Fonction publique.

Cette idée, bien que généreuse, n’en était pas moins utopique. Le Cameroun n’ayant de toute évidence pas les moyens d’augmenter les effectifs des fonctionnaires, alors qu’il est pressé par ses partenaires financiers internationaux de se serrer davantage la ceinture. De fait, la campagne passée, et Paul Biya réélu depuis lors à la tête de l’Etat, plusieurs des 300.000 jeunes qui ont postulé à l’offre présidentielle attendent toujours… Les autres ont du mal percevoir leur salaire.

Mais, cette promesse à moitié tenue visant à résorber le chômage massif qui frappe plus de 70% de la population dans ce pays, est loin d’être la seule. Une autre, datant d’encore plus longtemps, et tout aussi médiatisée à l’époque, vient d’être sortie des tiroirs. Il s’agit de la mise en place d’un service civique national. En lire plus »