Les filles de Douala ont le sang à l’œil

A Douala comme à Yaoundé, les jeunes femmes ont inventé de nouvelles techniques d’arnaque pour surmonter le chômage massif dans le pays et bien d’autres difficultés économiques.

Sorelle, by Daniel KAMENI via Flickr CC

L’histoire fait rire tout le monde, en ce moment, au Cameroun. C’est normal, c’est une bonne blague. Une blague comme seuls les Camerounais savent en inventer. Une blague qui décrit si bien les ressorts de cette société qui semble de plus en plus utiliser la dérision comme exutoire face à toutes les difficultés qu’elle traverse.

Tenez donc! Un gars est en visite chez sa copine, sa «petite», comme on dit là-bas. Le téléphone portable de cette dernière sonne pendant qu’elle est sous la douche. Le nom du correspondant qui s’affiche à l’écran du mobile est EAU. Le gars ne comprend pas bien.

Puis, arrive un second appel. Cette fois-ci, il est affiché ELECTRICITE… Le gars ne comprend toujours rien. Ou plutôt, il commence à se douter de quelque chose de pas très catholique. Et pour en avoir le cœur net, il compose son propre numéro. Et il voit alors s’afficher LOYER… Le gars s’évanouit aussitôt. En lire plus »

Ce héros perdu de mon enfance

Lapiro de Mbanga est un chanteur populaire au Cameroun. Il a forgé ma conscience politique, mais il constitue aujourd’hui l’une de mes plus grandes déceptions.

Enfant camerounais, un jour de fête nationale. © Akintunde Akinyele/Reuters

Enfant camerounais, un jour de fête nationale. © Akintunde Akinyele/Reuters

La chance que j’ai eue, c’est d’avoir été élevé dans la moyenne bourgeoisie camerounaise par des parents qui, eux-mêmes, ont toujours cherché à s’élever contre le statut social privilégié dans lequel ils avaient grandi. Très jeune adolescent, cela a fait de moi une sorte de «petit bourgeois rebelle», assoiffé de propos subversifs. Surtout dans ce Cameroun de la fin des années 80, où la liberté d’expression était pour beaucoup, si ce n’était pour tout le monde, un rêve inaccessible.

Dans cet environnement où personne n’osait jamais dire ce qu’il pense, un personnage a nourri mes fantasmes de «jeune révolutionnaire». C’est un chanteur, il s’appelle Lapiro de Mbanga. Je ne me souviens plus de comment j’arrivais à me procurer ses cassettes (oui, on en était encore là, à l’époque!).

Ce que je sais, en revanche, c’est que ses chansons étaient vite devenues, pour moi, de véritables hymnes de guerre, des cris de colère dont je me servais pour ne pas rentrer dans le moule dans lequel la société voulait m’enfermer (du moins, c’est ce que je croyais).

Pourtant, je ne comprenais pas forcément tout ce que Lapiro de Mbanga racontait dans ses tubes, à l’époque. Chanteur populaire, il se voulait la voix des sans-voix (ce que je n’étais pas vraiment), il parlait la langue du peuple, celle des quartiers populaires, le pidgin-english, une sorte de mélange hétéroclite entre l’anglais, le français et des langues nationales du Cameroun (une langue que les petits bourgeois qui fréquentent l’école française n’apprennent pas bien évidemment).

Mais de découvrir que des titres comme No make erreur, Na you go pay, Lèfam so, Kop Nié ou encore Pas argent, no love dénonçaient, chacun, les dérives du pouvoir en place et les injustices sociales, avait fini par faire de celui qui se faisait appeler Ndinga man (le guitariste) le héros de ma jeunesse. En lire plus »

Le capitaine Guérandi, celui qui rêve de renverser Biya

Le capitaine Guérandi Mbara, via Google images

Depuis son putsch raté en 1984, Guérandi Mbara n’a jamais baissé les armes. Mais, aujourd’hui, il fait surtout sourire les Camerounais.

Beaucoup de temps est passé. Pourtant, 28 ans après la tentative de coup d’Etat au Cameroun, le 6 avril 1984, la seule évocation de son nom continue de donner des frissons à quelques pontes du régime de Yaoundé, de la même façon que cela réveille des souvenirs pas toujours très agréables au sein de la population. L’ex-capitaine Guérandi Mbara est le meneur, et l’un des rares rescapés, de la période tumultueuse qui a suivi le putsch manqué contre Paul Biya.

Depuis son exil burkinabè, Guérandi Mbara n’a cessé de multiplier les sorties médiatiques, dans l’optique de se positionner en éventuel recours face à l’impopularité dont souffre le président camerounais. Il a, notamment, longtemps cherché à bénéficier de l’inertie de l’opposition. À tel point qu’un hebdomadaire panafricain n’a pas hésité à le qualifier de «principale figure de l’opposition camerounaise à l’étranger». En lire plus »

Il faut sauver les nuits folles de Yaoundé

Une centaine de débits de boisson fermés dans la capitale camerounaise. Pourtant, sur place, personne ne croit à la fin du Yaoundé by night.

Les bars, hauts lieux de vie au Cameroun, by elvissa via Flickr CC.

Voilà une affaire qui ne préoccupe que ceux qui en sont à l’origine. En quelques jours, Yaoundé, la capitale du Cameroun, a vu la fermeture en cascade d’une centaine de bars-dancings et autres débits de boissons. Une décision prise par les autorités administratives de la ville, après une série d’avertissements depuis fin 2011.

Pour justifier la fermeture de ces établissements, l’arrêté préfectoral se perd dans des formules toutes en circonvolutions. Le texte parle notamment du non-respect des heures réglementaires de fermeture, de trouble de voisinage, d’occupation intempestive de la voie publique, de tapage nocturne.

«Vous avez dans les quartiers, des gens qui se plaignent à la fois des bruits et d’autres désagréments qu’ils subissent à cause de la proximité avec les bars. De plus ces endroits sont devenus de hauts lieux de perdition», a expliqué dans les colonnes de toute la presse nationale, Jean-Claude Tsila, le préfet du Mfoundi (le département dont dépend Yaoundé). En lire plus »

Ces délestages qui plongent les Camerounais dans le noir

Des coupures d’électricité perturbent le quotidien des Camerounais, depuis bientôt dix ans. Et, là-bas, presque tout le monde trouve cela normal.

Quartier populaire de Douala, Cameroun, by Giardini Pensili via Flickr CC

L’histoire avait provoqué l’émoi des habitants de Douala, la capitale économique du Cameroun. L’affaire avait même failli prendre une vraie tournure politique. Au mois de mars, à la grande stupeur des familles, un hôpital de district demandait de bien vouloir retirer de la morgue le corps des défunts, afin d’éviter toute décomposition. Les raisons invoquées à cette demande pour le moins inhabituelle, les coupures ininterrompues d’électricité dans la ville et l’absence d’un groupe électrogène puissant.

A Douala comme dans tout le pays, les Camerounais vivent au rythme et dans l’angoisse de ce que l’on appelle là-bas, les «délestages». Un terme un peu barbare, qui ne désigne rien d’autre que des coupures intempestives et interminables d’électricité. En lire plus »

Paul Biya veut berner les chômeurs

Le président camerounais est le seul à penser que le retour du service national, qu’il propose, donnera du travail aux jeunes diplômés.

Une affiche de campagne de Biya en octobre 2011. © Akintunde Ankinleye/Reuters

Avant la présidentielle d’octobre 2011, le président camerounais avait multiplié les gestes et les promesses pour s’attirer les faveurs de la jeunesse de son pays. Parmi les projets annoncés dans un grand tapage médiatique, figurait le recrutement de 25.000 jeunes diplômés dans la Fonction publique.

Cette idée, bien que généreuse, n’en était pas moins utopique. Le Cameroun n’ayant de toute évidence pas les moyens d’augmenter les effectifs des fonctionnaires, alors qu’il est pressé par ses partenaires financiers internationaux de se serrer davantage la ceinture. De fait, la campagne passée, et Paul Biya réélu depuis lors à la tête de l’Etat, plusieurs des 300.000 jeunes qui ont postulé à l’offre présidentielle attendent toujours… Les autres ont du mal percevoir leur salaire.

Mais, cette promesse à moitié tenue visant à résorber le chômage massif qui frappe plus de 70% de la population dans ce pays, est loin d’être la seule. Une autre, datant d’encore plus longtemps, et tout aussi médiatisée à l’époque, vient d’être sortie des tiroirs. Il s’agit de la mise en place d’un service civique national. En lire plus »

Quand Roger Milla se prend une belle gifle

Le vieux lion du football camerounais vient de se faire dompter par ceux dont ils dénoncent les turpitudes depuis plus de deux ans.

L'ancien footballeur Roger Milla, mai 2010. © Noor Khamis / Reuters

Ce n’était peut-être pas le meilleur cadeau dont il rêvait pour son soixantième anniversaire, le 20 mai 2012. Roger Milla, le vieux lion indomptable, élu footballeur africain du siècle dernier, vient de se prendre un véritable camouflet. Un vent dont la virulence n’a d’égale que celui qui souffle en permanence sur les collines de Yaoundé, la capitale du Cameroun.

Jusqu’ici, il était le président d’honneur de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot). Mais il a tout bonnement été mis sur la touche par le président de l’instance, le très sulfureux et controversé Iya Mohammed. A l’origine du clash, les critiques à répétition de Roger Milla sur la situation du football camerounais. En lire plus »

Parlez-vous le camerounais?

La moiteur qui fouette le visage lorsque vous atterrissez à l’aéroport international de Yaoundé, la capitale du Cameroun, en dit long sur le choc thermique qui vous accompagnera pendant votre séjour.

 

Un marché de Yaoundé en pleine saison des pluies. © Gspira via Flickr CC

En cette période de juillet-août, la saison des pluies est à son apogée, mais il fait une chaleur intenable dans les couloirs qui mènent aux formalités de police. Et vous transpirez à grosses gouttes malgré votre belle tenue d’été, qui d’ailleurs vous attirera, une fois sorti de l’aérogare, des commentaires envieux de jeunes filles venues accueillir quelque parent ou ami:

«Le mbenguiste là est chaud hein!», entendrez-vous par exemple. Mais n’y voyez aucune allusion à la chaleur tropicale de Yaoundé, comprenez-y plutôt que les jeunes filles admirent votre style vestimentaire de mbenguiste, c’est-à-dire de mec vivant en Mbèng (terme générique pour parler de la France ou de l’Europe).

Ce petit compliment —oui, c’en est un— ne manquera d’ailleurs pas de vous faire plaisir après les tracasseries que vous aurez dû surmonter depuis votre arrivée. Il vous fera oublier le parcours du combattant que représentent les formalités d’entrée dans le pays, pour un touriste français d’origine camerounaise qui aura eu le malheur de ne pas se munir d’un visa au départ de Paris. En lire plus »