Alexis Mohamed : le Président a échoué sur tous les plans

Alexis Mohamed, Franco-Djiboutien établi en France depuis de longues années et leader d’un mouvement d’opposition en exil nous a accordé une interview exclusive.

Le Temps : Bonjour Alexis Mohamed, le régime  voit en vous un franco-djiboutien de plus, un empêcheur de tourner en rond ayant une situation en France et qui s’occupe des choses qui ne le concernent pas. Que répondez-vous à ce dernier qui tente de vous exclure des débats politiques ?

AM : Dans une situation où les carences sont multiples, où l’anarchie et le chaos qui résultent de l’absence d’une gouvernance et créent une forte appréhension de l’avenir, la morale et la responsabilité politique nous imposent qu’il nous faut élever désormais, le débat politique, au niveau de l’espérance de nos compatriotes  et rétablir la politique dans sa juste valeur. Pensez-vous que ma double nationalité intéresse vraiment les djiboutiens, plus préoccupés par leur situation ô combien regrettable? Il faudrait peut-être s’offusquer sur les causes réelles qui contraignent les djiboutiens à l’exil, que de se délecter en les calomniant de conspirateurs.

En outre, je ne me détermine pas en fonction de ce que le régime pense de moi ou de l’idée que le régime peut se faire de moi. Comme natif, je me saisie de l’occasion de m’exprimer à chaque fois où cela me semble nécessaire.

De mon point de vue, le plus important pour nous, l’opposition, est de créer un lien fort avec le peuple, qui a perdu toute confiance en la politique afin qu’il puisse renouer avec l’espérance.

Ce qui m’importe, c’est la République pour tous et non celle du clan au mépris des règles et au détriment de la majorité, car il y va de l’héritage que nous voulons concéder aux générations futures.

Mes valeurs sont simples: l’équité, l’ordre, le mérite, le travail et la solidarité envers nos compatriotes qui sont dans une souffrance sociale, mais elles sont aussi l’innovation, la création, la lutte contre les injustices. Pensez-vous que je dois m’en excuser ?

Ce qui m’importe, dans la République, c’est la place qui revient à notre jeunesse, à nos forces  armées, nos enseignants, nos syndicats, nos magistrats, les personnels de la santé publique, la société civile un relai indispensable entre les pouvoirs publics et les citoyens.

Et tout ça, forcement me concerne comme elle concerne chaque citoyen épris des valeurs démocratiques et humaines.

Le Temps : Comment comptez-vous jouer un rôle politique, car en dehors de votre blog et des apparitions télévisées en France vous parlez peu ?

AM. : Vous savez, l’engagement politique se fait à toutes les échelles dans une société. Quand un citoyen mène des actions au sein d’une structure associative, il joue forcement un rôle politique, car il devient un apport dans cette synergie pour le construire ensemble.

Pour ce qui me concerne, je joue déjà un rôle politique à mon niveau, en prenant position quand il le faut sur ce qui se passe dans mon pays. Simplement, je regrette que la politique à Djibouti soit réduite à une forme de sectarisme encore très palpable.

Une tendance que réfute désormais la nouvelle génération plus instruite. Le RADD, est un exemple très révélateur d’une société émergeante, où les libertés des citoyens ont été spoliées durant des années.

Ayant été militant depuis des années dans une grande formation politique en France, avant d’être élu délégué régionale chargé de questions, de la citoyenneté, de l’intégration et du développement économique et social des quartiers dits « sensibles », je ne m’étais jamais reconnu dans cette conception que nous avions toujours eu de la politique à Djibouti.

Je me suis toujours placé au-dessus de petites guéguerre des clans. Ce décalage fait que parfois, des échanges m’exaspèrent. Pour autant, le MRS dont je suis le Président fait un travail  en permanence auprès des diplomaties étrangères sur la situation à Djibouti, parce que je me suis toujours refusé à l’idée de la démocratie à géométrie variable. Le changement arrivera plus vite que nous le pensons, car nous avons rendez-vous avec l’histoire à condition que nous arrivions par la suite, à la transcrire dignement et sans oublier personne.

Pour revenir à mon rôle politique à Djibouti, celui-ci avait déjà commencé en 2008, par la création du CNDES (Collectif National pour le Développement Economique et Social). Révolté de voir les carences criantes en matière des politiques économiques et sociales,  nous avions élaboré et suggéré certaines pistes pertinentes de politiques économiques et sociales, par exemple : l’idée de pôle de compétitivité au port de Djibouti, de la création du CES (Conseil Economique et Social) pourtant une urgence, la mise en place des zones d’éducation prioritaires, la suppression de la carte scolaire, pour plus de justice et mixité sociale, le POP (Parcours Obligatoire de Professionnalisation) pour les jeunes après leur cursus universitaire, les politiques solidaires, la formation, l’insertion et j’en passe.

Le Temps : Votre opposition au régime remonte à quelle année ?

AM. : Mon opposition face aux injustices remonte à mon plus jeune âge. Quand vous avez connu vous-mêmes, la pauvreté, la misère et  l’injustice sociale, vous avez pour  droit moral de ne pas être passif devant cette réalité macabre. Et je m’insurge, aujourd’hui comme hier, contre celles et ceux qui n’ont eu ou ont pour seule ambition, celle d’agiter et balloter cette République au gré de leurs absurdités afin de continuer à duper le peuple.

Mon opposition  est aussi celle du communautarisme clanique qui gangrène notre société, il faut se l’avouer, et réduit le djiboutien à sa seule appartenance ethnique. Je combats la loi des tribus parce que  de toute évidence, elle est un cancer et frein à notre émancipation comme à notre progrès social. Il nous faut sortir de cette tragédie qui  n’a pour tendance que la régression.

Il ne s’agit pour personne d’oublier sa propre histoire, mais  la République est notre histoire à tous, pour pouvoir mieux vivre une destinée commune. Pensez-vous que l’on pourra un jour vous faire aimer ce que l’on aura appris à vous faire détester ? C’est-à-dire l’autre.

Nous devons avoir pour seul but de vaincre l’injustice, de permettre à celui qui n’a rien d’être considéré, à celui qui travaille d’user du fruit de sa labeur, à celui qui commence tout en bas de l’échelle sociale de la gravir aussi haut que ses capacités le lui permettent, d’instaurer une vraie égalité de chance pour tous, que l’enfant soit éduqué, le malade soigné, le vieillard arraché à sa solitude, le travailleur respecté, la misère vaincue.

Si dans des pays pseudo démocratiques l’ascenseur social est grippé, il reste toujours la solution de l’escalier, mais à Djibouti, même celui-ci est inexistant. Voilà les réalités  que le régime fuit toujours.

Le Temps : Vous aviez des accointances avec le président Ismael Omar et vous êtes même proche de lui sur le plan familial, pourquoi ce divorce politique ?

AM. : Des accointances ? Non, vous n’êtes pas sérieux j’espère. Regardez autour de vous, et vous comprendrez, ce que génèrent comme avantage la soumission et l’appartenance à une basse-cour très représentative. Si je résume bien la question, appartenir à un même sous clan relève forcement d’accointance avec le régime, qui n’est d’ailleurs pas dans sa composition, que d’un seul sous clan. Vous êtes vous-même proche sur le plan familiale,  pour autant, vous êtes aussi une victime, parce que tout comme moi, vous allez à contre sens d’un mensonge. Donc, nous nous trouvons face à une vérité ou le régime ne représente que lui-même.

Quand on  aime son pays et qu’on a du respect pour ses compatriotes,  on ne peut pas se montrer complaisants avec la monstruosité d’un régime qui sape les fondements d’une nation.

Pour ce qui est d’un divorce politique, il faudrait d’abord qu’il y ait eu mariage, et ça, chacun le sait. Si je puis avoir du respect pour l’homme, puisqu’on a tendance à résumer le régime à un seul homme, je n’approuverai jamais la dérision politique qu’il sème.

Le Temps : Quel bilan faites-vous de la gouvernance du président de la république durant les treize années écoulées ?

AM. : Je dirais plutôt que le Président a échoué sur tous les plans : politique, économique et social et même du bon voisinage avec les pays limitrophes. Il a manqué une chance de laisser dans l’histoire nationale, l’empreinte d’une gouvernance juste et responsable,  pour le peuple et  par le peuple.

Nous vivons depuis 1999, un véritable déni de démocratie qui a fait place à une anarchie jamais égalée,  doublée d’un chao sociétal. Et c’est le peuple qui trinque, parce qu’il subit les conséquences d’un « néantisme » absolu. Jamais il n’a été au centre de tous les débats politiques. Il en a  toujours été absent.

Le Temps : Quelle solution préconisez-vous donc pour que notre pays s’en sorte ?

AM. : Sur ce point, la solution n’appartient pas qu’à moi, elle est ouverte à l’ensemble des djiboutiens, politiques ou pas. Il faut que la République de Djibouti devienne un Etat démocratique, un Etat de droit.

Les solutions exigent au préalable, des questions sincères auxquelles nous devons nous poser. Cherchons-nous une démocratie acceptable par tous, ou celle de la connivence et des amitiés où l’impartialité de l’Etat serait mise au placard. Cherchons-nous  une démocratie où l’exécutif est tout, et le Parlement rien, ou celle où le Parlement contrôle l’exécutif et a les moyens de le faire. Voulons-nous une démocratie où l’indépendance de la justice soit reconnue ou celle d’une démocratie où la justice est complaisante.

Nous avons besoin de mesurer d’abord la pertinence de ces quelques questions pour l’instant,  pour mieux être disposé à aborder le reste avec honnêteté. Mais qu’est-ce qu’également la démocratie, s’il n’y a point place à tous les sujets qui ont attraits à la réconciliation nationale pour arriver à fermer les plaies béantes dans notre histoire nationale. Aucune alternance aussi ne sera possible, si l’idée de la mémoire ne nous effleure point. Tout cela imbriqué, donnera naissance à une nation dont les fondements seront solides. C’est ce qui nous permettra de voir l’avenir avec beaucoup de sérénité.

Le Temps : Vous aviez soutenu le groupement des partis de l’opposition, regrettez-vous ce choix ou vous en êtes satisfait ?

AM. : Il est vrai que je me réjouis de la formation de l’USN, même si je regrette qu’elle ne soit pas encore une coalition politique comme l’exige le contexte politique actuel. Certes, elle a participé à des élections dont elle savait pertinemment l’issue, parce qu’aucune dictature ne rend jamais les armes par la voie démocratique. Malgré le refus du régime à procéder à un processus électoral libre et transparent, elle en a tout de même fait fi pour l’affronter avec si peu des moyens, et si peu de liberté. L’USN a réussi à braver à main nu l’UMP à l’image de la confrontation qui a opposé David et Goliath, le résultat dépasse toutes les espérances. Mon soutien s’inscrit  donc, dans la même énergie que  l’ensemble des djiboutiens.

Cependant, il ne faut pas réduire l’opposition uniquement à celle de l’intérieur. Il y a aussi l’opposition de l’extérieur. Il y a également la Diaspora qui fait un travail remarquable,  dont je salue le courage et l’énergie dont-elle déploie pour cette cause qui nous unie. Si l’une se fait l’écho du peuple à l’intérieur du pays, l’autre se fait du même écho à l’extérieur. Le résultat  de  cette  synergie  nous le voyons bien, a permis d’interpeller l’opinion publique internationale qui a poussé les diplomaties étrangères à prendre position sur la situation de la République de Djibouti.

 

Le Temps : Notre pays vit depuis le 23 février 2013 une crise post-électorale sans précèdent,  quelle est votre lecture de la situation,  pensez-vous que l’USN a gagné les élections ?

AM. : C’est sans conteste que je dirai oui, sinon le conseil constitutionnel n’aurait pas mis autant de temps pour proclamer les résultats de ses élections. Sa démocratie à 20%,  l’a mis dans une situation de l’arroseur arrosé, parce qu’à aucun moment, il ne s’attendait à ce que l’opposition prenne part à ces élections, mais également à ce qu’elle puisse se regrouper dans une coalition électorale.  Le peuple s’en était saisi pour inviter le régime à son départ. Ce qui suscite malheureusement, cette logique répressive dans laquelle il continue à s’enfermer.

Le Temps : Dans ce cas quel conseil donneriez-vous au chef de l’Etat ?

AM. :. Je n’aurais jamais la « prétention » de le conseiller. Je dirais tout simplement qu’il aurait dû accepter le verdict des urnes et respecter pour une fois, le choix des électeurs djiboutiens.   Une issue digne pour une sortie honorable. Si le régime a échoué sa gouvernance durant quatorze années, qu’il réussisse au moins, la sortie de fin de son règne.

Le Temps : L’homme de rue pense que pour des raisons  géostratégiques le président est soutenu par les puissances occidentales militairement  présentes à Djibouti,  êtes-vous de cet avis ?

AM. : On ne peut pas à chaque fois où nous échouons nous même dans l’idée de notre combat pour la démocratie, pointer du doigt la communauté internationale. Il ne faut pas oublier qu’un pays est d’abord un Etat souverain.

Certes, la communauté internationale, notamment la France et les Etats-Unis présents à Djibouti, peuvent contribuer davantage à notre émancipation face au régime, mais nous devons également nous pencher de façon cohérente sur l’alternance que nous proposons  comme gage de garantie à l’égard de nos futurs partenaires.

Nous sommes seuls décideurs de notre destiné rien de plus. Et je pense que le message est bien compris par la nouvelle coalition de l’opposition.

Le Temps : A la veille des dernières législatives, le chef de l’Etat avait déclaré qu’il ne se représenterait en 2016, et préparerait discrètement un successeur. Pensez-vous qu’il envisage de partir ou est-ce une manœuvre de plus pour endormir les  djiboutiens et la communauté internationale ?

AM. : Cette interview ne s’inscrit plus dans ce nouvel contexte politique. La donne a changé et l’appel au changement du peuple et de la communauté internationale est pressante. Et puis, la République de Djibouti n’est pas une principauté des Emirats où l’on nomme son successeur, il y a une constitution qui nous est propre, et le peuple la fera valoir à tout moment.

Le Temps : Quelques mots pour conclure ?

AM. : Soyons les bâtisseurs de la grandeur de notre Nation.

Entretien précédemment publié dans les pages du bimensuel Djiboutien  « Le Temps » n° 25 du 18 avril 2013, Djibouti. Avec l’aimable autorisation de la rédaction.


 

La candidature de Djibouti pour diriger l’Unesco? Une «indécence»

Un collectif d’hommes et de femmes de culture s’adresse au comité exécutif de l’Unesco, qui se réunit du 10 au 26 avril, pour dénoncer la candidature de Rachad Farah, ambassadeur de la République de Djibouti à Paris, au poste de directeur général de cette organisation des Nations unies : « Ce candidat est le porte-drapeau d’un régime patrimonial qui a ruiné le pays et qui l’éloigne chaque jour des objectifs de développement que l’Unesco s’efforce de promouvoir. »


Lettre ouverte aux membres du Comité exécutif de l’Unesco

Excellences,

Le Comité exécutif de l’Unesco dont vous êtes membres doit prochainement procéder à l’élection du directeur général de cette organisation. Son Excellence M. Rachad Farah, ambassadeur de la République de Djibouti à Paris, s’est porté candidat. Nous, artistes, écrivains, hommes et femmes de culture de Djibouti, d’Afrique et du monde, vous exprimons ici notre totale opposition à la candidature du représentant de la République de Djibouti.

Evacuons d’emblée l’aspect personnel : les Djiboutiens ne lui reconnaissent aucune contribution intellectuelle ou autre digne d’être citée. Certes, par son entregent, une université japonaise a décerné au chef de l’Etat djiboutien un titre de docteur honoris causa censé consacrer sa contribution au développement de la riziculture : du riz dans le désert, qui n’en rit ?

Plus sérieusement, ce candidat représente un régime qui est la négation de l’idée de progrès social : il n’existe à Djibouti aucune presse libre, aucune organisation libre, les syndicalistes sont harcelés, tous les artistes embrigadés ; même l’Armée a sa troupe artistique chantant les louanges du parti au pouvoir. Ce candidat est présenté et appuyé par un régime dictatorial qui figure parmi les derniers dans les classements internationaux en matière de liberté de la presse, de transparence budgétaire ou de développement humain. Ce régime bafoue tous les jours de manière éhontée les valeurs et les idéaux portés par l’Unesco. Les récents évènements l’ont amplement démontré.

Pour avoir pacifiquement manifesté avec d’autres collégiens le 30 décembre dernier à Obock, demandant juste un stade digne de ce nom, un adolescent a été tué par les forces de l’ordre sans que cela ne donne lieu à ouverture d’enquête. L’Education et la Culture sont les parents pauvres des efforts budgétaires de Djibouti, la priorité étant accordée aux forces de défense et de sécurité. Dans ces conditions, des Casques bleus de l’Unesco pour sécuriser sa mission éducative ? Oui, qu’ils soient d’abord envoyés en République de Djibouti protéger écoliers et collégiens protestant contre la dégradation continuelle du système éducatif et en butte à la répression féroce que leur opposent les pouvoirs publics.

Le 22 février 2013 ont eu lieu à Djibouti des élections législatives auxquelles concouraient trois formations politiques : l’UMP (Union pour la majorité présidentielle) parti du régime, le CDU (Parti centriste unifié) créé quelques mois plus tôt, et l’USN (Union pour le salut national) parti de l’opposition unifiée. L’opposition avait décidé de participer à ces élections tout en sachant que les conditions de tenue d’une élection libre et transparente n’étaient pas réunies, faisant confiance au peuple djiboutien pour contrecarrer les fraudes prévisibles.

Le régime a validé ces fraudes sans publier aucun résultat sorti des bureaux de vote. L’opposition et le peuple djiboutien ont rejeté ce hold-up électoral. Depuis, la répression du régime s’est abattue sur les personnalités de l’opposition et tous ceux qui refusent cette situation : tirs à balles réelles sur la foule qui manifeste chaque jour, rafles, emprisonnements massifs, tortures.

Par ailleurs, un grave recul démocratique a eu lieu lors du remaniement ministériel survenu le 31 mars dernier, à travers la création d’un ministère regroupant à la fois la Culture et les Affaires musulmanes.  Quel aveu !

Dans un tel contexte, la candidature du représentant de Djibouti au poste de directeur général de l’Unesco n’en est que plus indécente encore : il est intolérable que des régimes dictatoriaux cherchent (et trouvent) dans la consécration au sein de respectables organisations internationales une légitimité qu’ils n’ont pas chez eux, du fait de leur nature profondément attentatoire à la dignité humaine. Quelle image, quel message pour la jeunesse de notre pays, de l’Afrique, du monde arabe et au-delà du monde entier si le représentant d’une telle dictature accédait à cette notoriété ?

Nous avons trop de respect pour cette honorable institution pour ne pas réagir à une telle imposture. Ce candidat est le porte-drapeau d’un régime patrimonial qui a ruiné le pays et qui l’éloigne chaque jour des objectifs de développement que l’Unesco s’efforce de promouvoir. Il n’y a qu’à voir les statistiques du PNUD, de la Banque mondiale ou de la BAD pour constater les résultats catastrophiques de cette mauvaise gouvernance imposée à Djibouti depuis plus de vingt ans.

Enfin, nous référant au paragraphe VII, intitulé la culture de la paix (post-conflit et reconstruction), de l’article I de l’Accord paraphé le 24 janvier 2006, entre l’Union africaine et l’Unesco, rappelons que Djibouti a connu un conflit civil d’une décennie, dont ni les causes ni les conséquences n’ont à ce jour été traitées, notamment en matière de déficit démocratique.

Vous remerciant de l’attention que vous accorderez à notre démarche, les artistes, écrivains, hommes et femmes de culture de Djibouti, d’Afrique et du monde, signataires de la présente lettre vous prions d’agréer l’expression de notre haute considération.

 

Les 32 signataires (par ordre alphabétique)

Pierre Astier (agent littéraire, France)
Loïc Barrière (écrivain, France)
Thierry Bedard (metteur en scène, France)
Jean Bofane (écrivain, RDC)
Emmanuelle Collas (éditrice, Paris)
Catherine Coquio (professeur Paris-Diderot , France)
Ali Coubba (historien, Djibouti)
Francis Cransac (directeur du festival d’Aubrac, France)
Louis-Philippe Dalembert (écrivain, Haïti)
Ali Deberkaleh (directeur de l’ACP asbl, Djibouti)
Rokhaya Diallo (éditorialiste, France)
Cassim Ahmed Dini (politologue, Djibouti)
Boubacar Boris Diop (écrivain, Sénégal)
Sébastien Doubinsky (écrivain, France/Danemark)
Rodolf Etienne (écrivain/journaliste, Martinique)
Olivier Favier (traducteur, France)
Gilbert Gatoré (écrivain/publicitaire, Rwanda)
Marc de Gouvenain (écrivain/agent littéraire, France)
Jean-Luc Marty (écrivain, France)
Djama Amareh Meidal (ancien président du Conseil constitutionnel, Djibouti)
Laure Morali (écrivain, France/Québec)
Claude Mouchard (professeur émérite Paris VIII, France)
Patrice Nganang (écrivain, Cameroun)
Gabriel Okoundji (écrivain, Congo)
Laure Pécher (éditrice, France)
Eric Pessan (écrivain, France)
Jean-Luc Raharimanana (écrivain, Madagascar)
André Robèr (peintre, La Réunion)
Rodney Saint-Eloi (éditeur, Haïti)
Sami Tchak (écrivain, Togo)
Dimitri Verdonck (président de l’ACP asbl, Belgique)
Abdourahman A. Waberi (écrivain, Djibouti)

Lettre ouverte publiée par MEDIAPART le 8 avril 2013. Avec l’aimable autorisation de la rédaction.

NB : Les lecteurs peuvent suivre cette initiative lancée par les Djiboutiens démocrates du Canada en signant la pétition

ici : http://t.co/34PQ84nhMG

 

Djibouti : Dr Abbaté congédie la dictature

Dr Abbatté Ebo Adou, né en 1951 non loin des ruines de la ville historique Dakka, à une vingtaine de km à l’ouest de la ville de Dikhil. Il est issu d’une famille de pasteurs nomades originaires de la pleine de Gobaad. Il a commencé sa scolarité en 1960 à l’école primaire publique de Dikhil et l’a poursuivie à l`école primaire de Tadjourah. Il a obtenu son entrée en sixième en 1965. Il a poursuivi sa scolarité au Lycée d`Etat mixte de Djibouti jusqu`en classe de première D en 1971. Puis il s’est rendu en France pour continuer ses études  au Lycée de Chatenay Malabry, puis à la Faculté de médecine Broussais-Hôtel-Dieu (Université Paris VI Pierre et Marie-Curie). Il a terminé ses études médicales dans la même Université en 1980 et a  obtenu le titre de Docteur en médecine avec la distinction de Lauréat de la faculté de médecine de Paris à la faculté Pitié Salpêtrière après avoir soutenu une thèse sur la Tuberculose.

Le Temps : Pouvez-vous nous parler de votre  carrière professionnelle et de votre  parcours politique ?

Dr Abbatté Ebo Adou : Après avoir obtenu mon diplôme de médecin, je suis rentré en 1982 et j’ai débuté ma carrière de médecin au Ministère de la Santé. Durant mes années de service à ce ministère, j’ai occupé de nombreuses fonctions (médecin à Ali-Sabieh, Coordinateur des soins de Santé primaire, médecin responsable d`un service à l`Hôpital Peltier, Directeur Technique de la santé, Membre du Conseil Exécutif de l’OMS…). En 1989, suite à une divergence avec le Ministre de tutelle, j`ai démissionné et ainsi mis fin à ma contribution à la Santé Publique. Je me suis alors engagé dans l`exercice médical libéral auquel je continu à me livrer depuis, avec des périodes d`interruption plus ou moins longues, en fonction des aléas de la situation politique du pays. Pour ce qui est de mon parcours politique, il serait trop long de le détaillé ici parce qu`il s`étale sur 45 années. Pour synthétiser, je dirais qu`il a débuté en 1969 dans le cadre d`un mouvement associatif dénommé « Association pour l`avenir des jeunes du Territoire« . Depuis, il ne serait pas exagéré de dire qu`il n`est de mouvement politique de la jeunesse Afar dont je ne sois à l`origine, avec d`autre amis bien sûr ! Qu`il s’agisse du MPL, FDLD, FRUD et plus récemment l`USN.

Le Temps : Pourquoi avoir fait de la médicine pour faire ensuite de la politique ?

Dr AEA : Pour ma part j`estime que la médecine, la politique et la réflexion sociale font bon ménage. Quand j`examine une femme enceinte malnutrie avec des maladies infectieuses évitables, je pense à sa condition d`existence dans son milieu naturel et à ce qui lui a fait défaut pour qu`elle puisse en arriver là. Il se trouve que dans la quasi-totalité des cas, une meilleure politique aurait permis d`éviter cette catastrophe mettant en jeu la vie de deux personnes (la femme et son enfant). Ces cas se comptent par milliers en République de Djibouti.

Il faut savoir que ce qui a fait reculer les maladies infectieuses, dont la tuberculeuse, en Europe, c’est plus l’amélioration des conditions économiques (niveau de vie, habitat etc.) donc des politiques suivies, que l’usage des antibiotiques.

Notre population y a droit également ! C’est ma conviction profonde.

Le Temps : Est-ce que vous pouvez nous dire d’avantage sur le model, le régime l’accuse d’être une branche djiboutienne des frères musulmans égyptiens ?

Dr AEA : Jusqu’au MoDeL, mon engagement politique n’avait pu se matérialiser que dans le milieu militant afar. Mais, depuis l’échec de la transformation du FRUD en parti politique, et la récupération par le RPP de ses cadres et l’abandon par ces derniers des principes qui ont présidé à la fondation de cet organisation, j’ai pris du recul et cherché une base militante multicommunautaire capable de rejeter le régime et prendre le risque d’un affrontement politique avec le RPP afin de reconstruire une unité du peuple dans la lutte pour mieux envisager l’avenir. Pour ce qui est de l’islamisme du MoDeL, je voudrais citer une phrase d’un écrivain djiboutien, à qui je rends ici un hommage appuyé pour son engagement contre la dictature du RPP : « Nous les africains nous avons pris la fâcheuse habitude de nous regarder avec le regard d’autrui». Nous nous définissons par rapport à ce que les autres pensent de nous.

C’est dans l’air du temps que de qualifier tous ceux qu’on veut réprimer voire éliminer, d’islamistes. La connotation est devenue ces temps-ci beaucoup plus compromettante que l’était celle de l’impérialisme pendant ma jeunesse.

Au MoDeL il y a des musulmans pratiquants et d’autres non pratiquants. Leur point commun est de croire aussi bien aux valeurs islamiques qu’universelles de générosité, de justice, de liberté, d’honnêteté et de solidarité.

Le terrorisme dit islamique est une pratique d’importation, dans cette région, il n’a et n’aura sa place ni au MoDeL ni dans la République de Djibouti. Je ne connais pas de ramification régionale ni internationale au MoDeL. Il s’agit bien d’un mouvement national dont la préoccupation est le bien-être du peuple djiboutien.

Le Temps : Docteur pensez-vous que l’islam est compatible avec la politique.

Dr AEA : Pourquoi pose-t-on cette question aujourd’hui alors que la révision constitutionnelle qui a permis au président de maintenir au pouvoir prévoit en son article premier 1er “L’islam est la Religion de l’État.’’ Moi je ne pratique pas l’islam pour conquérir le pouvoir ou pour y rester. L’Islam est la religion de presque deux milliards d’individus dans le Monde. Les musulmans n’ont jamais constitués une menace pour qui que ça soit. L’Islam est une religion de paix ; une religion sociale soucieuse du bien-être non seulement des musulmans mais de toute l’humanité (la oumma).’’Cette humanité-là qui est la vôtre est unique ; et moi je suis votre Dieu adorez-moi’’ (coran). Revenons à votre question sur la compatibilité Islam-Politique : Si par politique on entend la domination de la majorité par une minorité ; l’opulence des uns et la misère des autres ou toute autre forme de domination de l’homme par l’homme ; Là il y a incompatibilité entre les valeurs de l’Islam et cette politique. Dans le cas contraire il ne peut y avoir conflit.

Il faut bien comprendre que personne n’a l’ambition de faire de Djibouti un état islamique. Il s’agit de sortir le pays de l’archaïsme de la dictature et ce qu’elle comporte comme obscurantisme et de s‘engager résolument sur la voix de la modernité.

Pour ce qui est de la tentative de la diabolisation des religieux par le régime il ne s’agit là que d’un subterfuge. Depuis qu’ils règnent en maitres  à la tête de Djibouti, les dirigeants du RPP ont maitrisé l’art de la « commission ». Ils saisissent chaque opportunité politique ou sécuritaire pour en tirer un profit matériel consistant. C’est ainsi qu’ils sont en train de digérer les avantages substantiels qu’ils tirent des facilités pour la lutte contre la « piraterie dans le Golfe d’Aden et l’océan Indien ». Ils veulent maintenant sauver leur régime en déclin en se faisant passer pour les garants de la sécurité des intérêts occidentaux dans cette région par une lutte sans merci contre l’islamisme. Mais personne n’est dupe, en premier lieu les principaux intéressés

Le Temps : Anatole de France disait que « Les femmes et les médecins savent  seuls combien le mensonge est nécessaire et bienfaisant aux hommes », est ce qu’il faut être un menteur pour faire la politique ?

Dr AEA : Je pense que la politique est d’abord une ambition pour le peuple et pour le pays.

L’Etat est l’instrument de l’exercice du pouvoir. Lequel n’est légitimé que par l’expression populaire. Le drame de nos dirigeants vient du fait qu’ils refusent de se soumettent à cette règle. Ils se croient au-dessus de la loi. Pour eux, ils ne sont pas comptables devant le peuple mais c’est au peuple d’être à leurs services. Ce que nous tentons d’enseigner aujourd’hui aux dirigeants du RPP c’est que le pouvoir n’est qu’une délégation à durée déterminée. C’est comme un médicament qui n’est utile que jusqu’à la date de péremption. Passé ce délai, ce produit devient nocif voire mortel. Mieux vaut s’en passer.

Le Temps : L’homme de la rue ignore tous des résultats des dernières législatives, qu’est-ce que l’USN a gagné et qu’est-ce qu’elle n’a pas gagné ?

Dr AEA : Depuis des dizaines d’années, le RPP se baladait seul sur l’espace politique djiboutien. Il organisait des élections qu’il gagnait haut-les-mains, puisque l’opposition les boycottaient. L’assurance avait atteint un point tel qu’on entendait dire : « Ou est l’opposition ? On aimerait bien qu’elle existe, parce que nous sommes des démocrates ! ».

La victoire du RADD aux élections communales a permis de prendre la mesure du rejet par le peuple de la politique suivie par le RPP.

A l’occasion des législatives du 22 février 2013, l’opposition a décidé de taire,  sans les abandonnées, ses exigences pour la transparence du scrutin. Ce qui lui a donné l’occasion  de défier le régime confiante qu’elle était dans l’adhésion du peuple à son projet.

L’Union de toute l’opposition dans le cadre de l’USN a pris de cours le RPP et ses alliés. Mais ce que je trouve le plus choquant dans l’exercice de cette répression c’est moins le rôle du gouvernement dont l’agressivité est à la mesure de la crainte de perdre le pouvoir, que la soumission de l’appareil judiciaire.

Ce dernier qui devait servir de filtre de la légalité semble lui emboiter  le pas dans toutes ses dérives. Voilà qui confirme le doute sur la compromission de la mission constitutionnelle des institutions de ce pays. On se trouve devant des tribunaux qui vous signifient : « Vous êtes accusés donc vous êtes coupables ! » J’espère qu’ils auront l’occasion de se racheter.

L’USN a rendu publique les résultats véridiques de ces législatives particulièrement dans la circonscription de Djibouti.

Ces documents font état de la victoire de l’USN à hauteur de 55,60%. Cela après bourrage des urnes par les votes multiples, les ordonnances et autres méthodes abusives.

Ce résultat donne à l’USN 28 députés (80%) des 35 sièges de Djibouti ville. Cela signifie qu’il n’y a que 7 (20 %) élus légitimes de l’UMP à l’Assemblée telle qu’elle siège aujourd’hui.

Le Temps : Comment faire valoir ce résultat ? Comment compter faire valoir les résultats de votre victoire électorale puisque sur la base de cette spoliation le régime a procédé lundi 18 mars dernier, comme si de rien n’était, à la séance inaugurale de l’assemblée ?

Dr AEA : Le peuple a été témoin du hold-up électoral dont la responsabilité se situe au plus haut niveau de l’Etat.  Toutes les mesures répressives consécutives à la victoire de l’USN ont pour but de dire au peuple : «  quel que soit votre choix, nous serons toujours au pouvoir ». Comme l’avait si clairement dit la tête de liste de l’UMP à Tadjourah pendant la campagne électorale (aujourd’hui nommé Ministre de l’Intérieur). Malheureusement pour le RPP, cela n’entame pas la détermination  du peuple qui maintient l’USN sous pression et le somme de matérialiser cette victoire. D’où la déclaration solennelle de la constitution d’une Assemblée d’Elus Légitimes qui porte le titre de résolution n°1 de l’USN rendue publique le jeudi 28 mars 2013. Ce n’est pas les entraves à l’expression  démocratique comme la dispersion des meetings populaires à coups de grenades, ou l’arrestation en masse de tous les dirigeants de l’USN, qui découragera ce valeureux peuple en marche. L’expérience en a été faite le vendredi 29 Mars 2013.

Le Temps : Quel regard portez-vous sur notre système de santé ?

Dr AEA : La santé publique est à l’image de ce qui se passe dans tout le pays lequel, comme un bateau sans gouvernail, navigue au gré du vent tantôt dans une direction tantôt dans une autre.

Non seulement, les deniers publiques y sont dilapidés mais les contributions parfois énormes des bailleurs de fond prennent des directions qui sont un déshonneur pour le pays (cité SIDA, etc.). Ce qu’on constate depuis des années, c’est que chaque fois qu’un ministre est nommé au département de la santé, il modifie l’organigramme, déplace les responsables et adapte l’organisation du ministère à des objectifs qui lui sont propres. La suite on ne la connait que trop bien. Et la santé publique peut attendre. L’égalité devant la maladie et la mort restera à ce rythme un objectif inaccessible. A moins qu’une autre politique voit le jour.

Le Temps : Avez-vous des conseils à donner aux étudiants qui souhaitent devenir médecins ?

DR AEA : Je conseille aux étudiants en médecine de bien réfléchir sur le choix qui a été le leur en choisissant ce métier. Ils doivent savoir que la médecine est un métier fatiguant, difficile mais Ô combien exaltant. Je leur conseille d’évoluer au plus près des malades ;  de ne jamais perdre de vue qu’ils seront des médecins non pour s’enrichir mais pour soulager toujours des souffrances, sauver parfois des vies d’hommes, de femmes et d’enfants ce qui fait le beauté de ce noble métier. Je leur conseille de mépriser l’argent et la vie facile.

Le Temps : Vous aviez abandonné la politique, qu’est ce qui a motivé votre come-back ?

Dr AEA : Je n’ai jamais abandonné la politique ; mais il a pu y avoir des périodes avec plus ou moins de visibilité publique en fonction du contexte politique national.

Entretien précédemment publié dans les pages du bimensuel Djiboutien  « Le Temps » n° 22 du o4 avril 2013, Djibouti. Avec l’aimable autorisation de la rédaction.

 

Torture à Djibouti, motus à l’Élysée (Charlie Hebdo)

Une intense répression après des élections truquées à Djibouti, l’Élysée et le Quai d’Orsay qui divergent à ce sujet… Paris ne sait pas comment traiter ce pays qui abrite la plus grande base française en Afrique.

Arrêté le 3 mai 2010. Placé en garde à vue le 26 juin de la même année. Voilà, comme en témoigne le dossier auquel Charlie a eu accès, comment est traité un cadre de l’opposition à Djibouti. Mohamed Ahmed Edou, surnommé Djabhad, appartient au Frud, un mouvement politico-militaire interdit, certes, mais qui prône une solution politique à l’opposition historique entre les Afars et les Issas, ces derniers étant minoritaires et à la tête du pays.
À Djibouti, ce confetti stratégique de la Corne de l’Afrique, où 2 000 soldats français et autant de militaires américains sont stationnés en permanence, le pouvoir ne se refuse rien. Djabhad est mis au secret pendant ces quelques semaines pendant lesquelles il a été soustrait à une procédure judiciaire, torturé, cassé ; il dort depuis en prison sans traitement ni soins, comme le souligne l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT). Quant à la justice locale, elle fait figure d’alibi plutôt qu’autre chose: celui qui ne parle quasiment qu’afar et somali a signé des aveux, devant les gendarmes, sans interprète et dans un français impeccable, mais est néanmoins reconnu ensuite, dans le procès-verbal de «première comparution» de la juge d’instruction, comme «ne sachant ni lire ni écrire le français». Une contradiction qui ne semble pas déranger la magistrate!
Depuis son transfert en les mains de la justice, Djabhad n’a pas été réinterrogé une seule fois, soumis à des faits d’enquêtes, confronté à des témoins, rien, tout en étant poursuivi pour «organisation d’un groupe de combat, attentat, intelligence avec une puissance étrangère». Ses avocats, le Français Bérenger Tourné et le Djiboutien Zakaria Abdillahi, réclament l’annulation de la procédure, viciée «par les manquements aussi graves que flagrants aux droits élémentaires de la défense», et bien entendu sa libération.
«Quand Djabhad a ouvert les yeux après avoir été torturé, raconte à Charlie Mohamed Kadamy, le responsable du Frud exilé à Paris, il a reconnu dans la même pièce que lui celui qui est aujourd’hui ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Hassan Omar. Il était alors l’un des responsables du ministère de l’Intérieur et a assisté aux séances de torture.» Quand des proches viennent rendre visite à Djabhad, ils sont arrêtés, grâce au zèle du procureur Maki.

Accord de défense, accord de silence

Pour Kadamy, même si le président Guelleh, en place depuis 1999, s’est assis sur les deux accords de paix signés, la solution doit être «politique et le rapport de force soutenu par les armes». «Nous avons joué un rôle important dans l’union de l’opposition avant les récentes législatives», ajoute celui qui, lui aussi, comme tant d’autres, a fait de la prison de 1997 à 2000.
Pour la première fois depuis 2003, appâtée par la promesse d’un scrutin plus proportionnel et par le renouvellement des générations, l’opposition a participé aux législatives de février, mais, déjà tendue par les violations des droits de l’homme et le simulacre de démocratie, l’ambiance à Djibouti a tourné à la répression massive. Grâce à des manœuvres et à quelques trucages, le pouvoir a évidemment remporté les élections, mais des manifestations ont éclaté un peu partout, immédiatement réprimées. Tous les responsables des mouvements d’opposition ont été arrêtés, ainsi que des imams et même le maire de Djibouti.
Pour une fois, le Quai d’Orsay a appelé à «la plus grande transparence» ainsi qu’à la «retenue». Une première, tant le silence de Paris, lié par un accord de défense et de sécurité avec Djibouti, une convention revue par Sarkozy en 2011, a longtemps été assourdissant sur les violations locales des droits de l’homme. Mais il y a encore du chemin à faire au sein même de l’appareil d’État français. À l’Élysée, où Mohamed Kadamy a été reçu par un conseiller de Hollande en décembre 2012, il a été signifié que «la France ne s’immisce pas dans les affaires de Djibouti». Rompez!
Plombée par sa base militaire sur place et son engagement aux côtés du président Guelleh, la France risque de plus en plus d’être éclaboussée par ses dérives.
Laurent Léger

Article paru le 29 mars 2013. Avec l’aimable autorisation de la rédaction. Photo: Djiboutiens manifestant à Bruxelles.


 

Djibouti : Cassim Ahmed Dini défie la dictature

Cassim Ahmed Dini est une personnalité politique à part. Ses écrits font référence et pour cause : d’une solide formation universitaire en science politique (IEP et CEAN de Bordeaux, Ecole Doctorale de ParisX-Nanterre), il allie le sérieux de la démonstration scientifique au franc-parler du militant démocrate. Fils de nul n’ignore qui, il regagna le maquis alors qu’il venait juste d’être nommé chef de service au ministère des Affaires Etrangères. Il a coprésidé la commission des Réformes Démocratiques lors des négociations qui ont conduit à l’accord de paix du 12 mai 2001. Enfin, il a été rédacteur en chef du journal Réalité, organe de l’Alliance Républicaine pour le Développement (ARD), dont il semble actuellement en rupture de banc, puisqu’il n’apparaît dans aucun organigramme. Il ne figure pas non plus dans l’état-major l’USN, qui aurait beaucoup gagné dans ses compétences unanimement reconnues, notamment en termes de stratégie et de communication politiques. D’un naturel plutôt discret et casanier, « Le Temps » est allé à sa rencontre à son domicile pour tenter de lever une partie du mystère qui l’entoure et solliciter son point de vue de « spectateur engagé » sur l’actuelle crise politique.

Le Temps : Bonjour et merci de nous accorder votre première interview à un journal paraissant à Djibouti. Vous occupez une place à part dans l’espace politique national. D`où la première question : êtes-vous un dissident de l’ARD ?

Cassim Ahmed Dini : Hola ! Hola ! Bismillahi ! comme Mamadou disait à Bineta dans nos manuels scolaires autrefois. Restons modestes : les dissidents, soviétiques par exemple, combattaient un ordre établi, pour ma part j’ai juste appelé à l’instauration de l’ordre au sein du parti. Pour lutter efficacement, on doit avoir la plus large base possible et toutes les composantes du pays doivent se sentir représentées au niveau d’une Direction exigeante d’abord vis-à-vis d’elle-même. Il y avait un sale boulot à faire et je l’ai fait, sans état d’âme, comme un infirmier nettoyant une plaie purulente. Cela a fini par produire ses effets bénéfiques. Maintenant, c’est le début de la guérison. Donc je n’ai jamais eu l’intention de quitter un parti dont je suis membre-fondateur.

Le Temps : vous semblez minimiser ; pourtant vous auriez appelé au boycott les élections législatives. Et aujourd’hui, vous soutenez l’appel à manifester de l’USN. Comment expliquez-vous ce revirement ?

CAD : Je vous reprends, si vous le permettez. Ecoutez tout ce que j’ai dit, relisez tout ce que j’ai écrit : je n’ai jamais appelé au boycott de ces législatives. Bien au contraire, j’ai regretté qu’elles n’aient pas été préparées, au moins en ce qui concerne mon parti, avec le sérieux et l’adhésion populaire sans lesquels aucune victoire ne peut être envisagée. Sans entrer dans les détails, cette divergence, grave, a finalement trouvé un début de règlement depuis samedi dernier. D’où désormais la nécessité absolue de nous rassembler dans un même combat : restituer au Peuple sa souveraineté et sa volonté, par tous les moyens pacifiques et légaux. Car, contrairement aux prétentions pharaoniques, aucun démocrate ne peut contester l’incontestable : les électrices et les électeurs se sont massivement prononcés en faveur du changement avec l’USN. Si tout s’était passé normalement, dans la transparence, ou si l’opposition avait accepté sa défaite, mes choix auraient été autres. Là, je ne pouvais pas me mettre dans la posture de ceux qui prétendent punir le Peuple palestinien pour avoir voté Hamas !

Le Temps : Vous respectez donc la volonté populaire qui, malgré votre distance affichée a dit estimer que le plus important était d’élire une nouvelle majorité parlementaire…

CAD : Relativisons : j’ai juste expliqué ma position aux militants de mon parti. Quelles qu’aient été mes réticences passées, nous sommes aujourd’hui dans une nouvelle phase de la lutte pour l’instauration de la Démocratie et il s’agit de mobiliser le plus grand nombre par l’apport massif de celles et ceux qui hésitent, pour diverses raisons, à descendre dans la rue. Il faut donc rattraper le temps perdu à cause des difficultés à la fois structurelles et conjoncturelles liées au fonctionnement chaotique des partis.

Le Temps : pouvez-vous être plus précis ?

CAD : Plus précisément, et pour ne parler que du structurel, un opposant ne rend aucun service à ses concitoyens s’il n’est qu’un marchand de sable ou un marchand de rêve. Le marchand de sable, c’est le petit ours qui passait à la télé il y a bien longtemps vers 20 heures en disant « Bonne nuit les petits » et on devait alors aller au lit. Ce que je veux dire par là, c’est qu’un parti politique ne doit pas dormir et endormir entre deux scrutins électoraux. A l’époque où je vivais à Mogadiscio, il y avait un slogan révolutionnaire qui disait : « Jaalle Siyaad, ma nasto, ma sexdo ». C’était pour renforcer le zèle du Gulwade de base qui se disait : « si le Chef ne dort ni ne se repose, moi non plus ». Le militant doit être mobilisé en permanence. Réveiller et se réveiller de loin en loin démotive : « si le chef se repose, moi aussi ». D’autant plus que l’interdiction faite à l’opposition d’avoir accès aux médias pourtant publics accentue son invisibilité.

Le Temps : Concédons une certaine léthargie, surtout entre 2005 et 2011 et passons à l’autre marchand…

CAD : En second lieu, le marchand de rêve donc, c’est l’opposant qui fait croire qu’il est possible de battre ce régime par la voie des urnes. Or, rien que le scrutin du 22 février dernier montre qu’il n’en est rien. Partant du postulat qu’il y aura inévitablement fraude, il aurait été plus judicieux d’avoir recours à une technologie de mobilisation capable de faire descendre la population dans la rue dès le lendemain du vote. Ce n’est pas l’euphorie qui fait gagner une bataille, mais la minutieuse préparation de la stratégie pour s’assurer la victoire, en ayant une parfaire connaissance de l’adversaire. Quand un état-major engage ses troupes dans un combat sans préparation sérieuse, la désillusion est garantie. Heureusement, il y avait non seulement un immense rejet du système en place, mais il y a eu aussi une erreur monumentale du général adverse pour rattraper le coup et assurer la victoire à l’opposition.

Le Temps : Comment cela ? Le chef de l’Etat aurai-il fait un cadeau à l’opposition ?

CAD : En un sens effectivement. Souvenez-vous de son interférence télévisée l’avant-veille du scrutin. Dans « L’art de la guerre », Sun Tsu dit que deux types généraux causent la perte de leurs troupes : celui qui est trop peureux pour s’engager quand il le faut et celui qui est trop imprudent en s’exposant inutilement. Dans le cas présent, le manque de confiance en sa liste, déjà affaiblie par les tripatouillages hors délai légal de dépôt, qui ont présidé à son établissement, a conduit le chef de l’Etat à monter maladroitement en première ligne. Ce faisant, il a transformé un simple scrutin législatif en référendum en faveur de sa personne, avec un seul bulletin disponible : « oui IOG ! ». Certes c’est lui qui a dressé la liste des candidats de sa majorité, ayant désavoué ses lieutenants auxquels il avait préalablement délégué ce travail. Mais cette montée au créneau a eu deux effets négatifs pour son camp. D’une part, il a démontré l’incompétence ou, à tout le moins, l’insuffisance de son équipe de campagne, de son gouvernement et de ses candidats à la députation.

Le Temps : Donc fini le temps de la « relève » associée au slogan « Nouvel Elan » ?

CAD : Pour quelque temps, car c’est toute sa prétendue politique de rajeunissement du parti unique qu’il a lui-même désavouée : Pharaon qui se croit Dieu se serait donc trompé. Surtout que le rappel des vétérans démobilisés a coûté très cher à sa trésorerie de guerre, pour des résultats qui laissent à désirer. D’autre part, c’est un véritable défi qu’il a lancé à ses concitoyens en disant à peu près : « Reconduisez ma majorité et de toutes les façons c’est elle qui sera élue car telle est ma volonté ; j’ai introduit la proportionnelle uniquement afin que l’opposition puisse avoir quelques députés. » Donc, le scrutin du surlendemain était fixé d’avance pour lui, qui allait utiliser tous les moyens légaux et illégaux à sa disposition pour y arriver. Il a par avance désavoué la volonté populaire. Mais le Peuple a relevé le défi et assuré la victoire de l’opposition, d’où le blocage actuel consécutif à l’émergence d’une société civile trop longtemps bâillonnée. Accessoirement, en décrétant qu’il était hors de question que sa majorité ne soit pas reconduite, il a par avance rendu inutiles les conclusions (j’allais dire falsafa) des « observateurs internationaux » et …

Le Temps : Vous me faites penser à son interview à la section somalie de VOA. A la question de savoir s’il était disposé à nommer des ministres de l’opposition, il a répondu : « Si vous me trouvez des gens responsables, présentez-les moi ». Qu’en pensez-vous ?

CAD : Ce n’est pas la réponse que l’on était en droit d’attendre du chef de l’Etat, parce qu’en croyant dégrader les opposants, c’est lui-même qu’il rabaisse, ainsi que sa fonction. Rappelons-lui simplement la sagesse nomade qui s’adresse à l’Ougas « Kolkad fiican tahay, Ugaas, kolka kalana, wiil yaro Wardiiq ». Essence de l’autorité : « Quand votre comportement est en phase avec votre fonction, vous êtes respecté ; dans le cas contraire, vous n’êtes que l’enfant de votre clan ». Qu’il s’élève donc au niveau de sa responsabilité et cesse de rabaisser le débat politique. Pour autant que je me souvienne, ni Hassan Gouled ni Aïcha Bogoreh n’avaient été visés par des attaques personnelles, pas plus qu’ils n’invectivaient. Autres temps, autres mœurs !

Le Temps : Revenons-en au blocage, si vous le voulez bien. Les deux protagonistes campent actuellement sur leurs positions : le  régime se proclame victorieux tout en reportant la proclamation des résultats, tandis que l’opposition s’estime volée et revendique par la mobilisation populaire la restitution de ce qui lui revient. Quelle issue Voyez-vous ?

CAD : Plusieurs considérations doivent être prises en compte. Tout d’abord, quelle perception les protagonistes ont-ils de la partie qui se déroule : jeu à somme nulle, où l’un perd tout et l’autre gagne tout, ou alors jeu à somme variable dans lequel chacun cherchera à maximiser ses gains et minimiser ses pertes ? Si le président de la République estime qu’il s’agit d’un jeu à somme nulle dans lequel il perd tout et il a tout à perdre, alors aucune solution négociée n’est envisageable et l’on s’achemine vers une issue fatale. Surtout que, pour sa part, l’opposition ne pouvant admettre sa défaite, refuse de baisser ses prétentions et revendique la majorité absolue, même abstraction faite du district d’Obock où il n’y a pas eu de vote à proprement parler. Plus gravement, ce serait pour elle courir le risque d’un discrédit durable, mais aussi d’un dégoût de toutes celles et tous ceux qui ont placé en elle leurs immenses espoirs de changement démocratique et pacifique. Cela pourrait conduire une minorité, organisée ou pas, au recours à la violence ; ce qui serait tout sauf gage de l’indispensable stabilité attendue de notre pays par les intérêts étrangers. Par contre, si le chef de l’Etat accepte le fait que l’on est dans un jeu à somme variable, puisqu’il peut continuer à gouverner même en cas de changement de majorité parlementaire, cela peut véritablement consolider la démocratie et conduire à une résolution de la crise.

Le Temps : Mais rien ne lui garantit que la nouvelle Assemblée le laissera travailler tranquillement…

CAD : Pas forcément, au moins dans un premier temps. Pourquoi cela ? Parce que, sous peine de passer pour irresponsable et uniquement motivée par une soif de vengeance personnelle, la coalition USN devra nécessairement composer avec le chef de l’Exécutif, même ce dernier nomme son gouvernement indépendamment de la nouvelle configuration parlementaire. Personne n’aura intérêt à provoquer un blocage institutionnel, conduisant à une nouvelle crise. Et chacun se préparera à la prochaine confrontation que sera la présidentielle. Le président alors sortant peut-il tout de suite autoriser ses futurs challengers à se constituer le capital politique qu’exige cette prétention à lui succéder ? Rien n’est moins sûr. Surtout que ce que l’on peut appeler « l’effet précédent », c’est-à-dire la possibilité de gagner contre le pouvoir en place, renforcera la croyance en une alternance démocratique au sommet de l’Etat. Et l’on retombe alors dans le premier cas de figure et, tel que fonctionne la structure mentale de M. Ismaël Omar, façonnée par un habitus de policier, donc puisant là ses options d’action, il préfèrera travailler à l’économie en gardant son actuelle posture jusqu’au-boutiste. En fin de compte, l’issue de la crise dépend de la capacité des forces en présence à mobiliser leurs ressources respectives et à optimiser leur utilisation. Pour le régime, c’est bien sûr le Conseil Constitutionnel qui devra, après un temps de latence dont il attend la démotivation populaire et la débandade, officiellement proclamer les résultats en reconduisant l’actuelle majorité. Et si l’opposition persiste, c’est l’inévitable recours à la répression : emprisonnements, arrestations, interdictions de manifester, militarisation des espaces publics, protection policière des autorités civiles et militaires, etc. l’Etat de siège en somme. Je ne vois pas d’autre issue : soit l’opposition cède et se discrédite, soit elle résiste et s’expose en exposant. Telle est la véritable nature de ce régime piégé par son cadeau empoisonné qu’est la proportionnelle.

Le Temps : dernière question, on vous présente comme un communautariste…

CAD : Chuuut, surtout que le régime ne l’entende pas. Sinon il risque de me jeter en prison car il prétend actuellement pourchasser tous les extrémistes. Ridicule, où irais-je avec l’extrémisme, sinon en Enfer ? Non, soyons sérieux car il y a en prison des citoyens exemplaires, je pense aux oulémas, aux dirigeants et à tous les militants de l’opposition qui eux, souffrent véritablement de cette accusation d’extrémisme et auxquels je rends hommage : leur engagement ne sera pas vain, j’en fais personnellement le serment.

Entretien précédemment publié dans les pages du bimensuel Djiboutien  « Le Temps » n° 20 du 7mars 2013, Djibouti. Avec l’aimable autorisation de la rédaction.

 

Djiboutiens, Djiboutiennes indignez-vous !

Il nous plaît énormément de remettre en circulation ce texte intelligent, clair et précis qui séduira tout autant les Djiboutiens en lutte depuis plusieurs mois contre la dictature et les amis démocrates de Djibouti. Pour le rendre plus actuel, nous avons pris la liberté – que M. Mohamed Ali Abdou nous pardonne – de lui donner un nouveau titre.

Pour un hiver Djiboutien

Mohamed Ali Abdou

Le conseil constitutionnel vient de proclamer les résultats officiels des Législatives du 22 février 2013. Ne l’accablons pas tout de suite ! Il a proclamé ces résultats à l’examen des documents fournis par le ministère de l’intérieur et conformément aux suggestions du chef de l’état dans son interview à la VOA…

Nous voudrions d’abord remercier ce brave peuple d’avoir toujours su, en toutes circonstances, garder patience malgré  le parti unique, la guerre civile, la violation de l’Accord de paix, les fraudes, les injustices et la pauvreté qui le frappent aujourd’hui partout sans distinction…pour préserver  son unité et sa dignité. Merci à cet énorme électorat spolié qui a raison de garder calme et patience malgré les provocations et la brutalité de la répression. Merci aussi à l’électorat de l’UMP qui ne constitue qu’une infime minorité sur l’ensemble du pays. Il existe et nous le respectons. Nous le respectons d’autant plus qu’il a eu la pudeur et l’intelligence de ne pas manifester la joie d’une victoire usurpée, ce qui aurait inutilement envenimé la situation. Merci aussi à tous nos compatriotes de la diaspora qui ont dès le début, compris et soutenu  le bienfondé  de notre démarche. Ce que nous cherchions à démontrer l’ayant déjà amplement été, Merci enfin et d’avance à tous ceux qui nous rejoindrons désormais dans l’ultime bataille qui reste à livrer et qui nous unira tous !

Les élections, son déroulement, son verdict et la crise post-électorale

Malgré une campagne mensongère, haineuse et déloyale menée par l’UMP et grâce au sens des responsabilités des dirigeants de l’USN, cette élection s’est déroulée dans le calme. De l’avis général des observateurs, il s’agissait de la plus importante élection, réunissant la plus grande coalition électorale contre le pouvoir en place depuis l’Indépendance ! L’attente (sans précédent) de trois semaines pour proclamer ces résultats  est en soi un aveu et une preuve par elle-même suffisante de fraudes. Les résultats annoncés sont faux et constituent une injure à l’électorat des circonscriptions du nord et du sud-ouest et sont tout simplement faux pour Djibouti-ville et Ali-sabieh. Nous ne nous étalerons pas ici sur  le caractère prémédité, sur la grande échelle des fraudes commises, leurs preuves… c’est l’affaire d’une compétente équipe de spécialistes. L’USN dispose d’un délai légal de dix jours pour introduire l’épais dossier de recours en annulation, lequel disposera d’un délai légal de deux mois pour instruire ce dossier. Attendons donc sereinement l’épilogue de la contestation légale des résultats proclamés ce 13 mars, sans troubler la quiétude de nos sages magistrats assermentés sur qui reposera désormais la lourde responsabilité soit de proclamer les vrais résultats et officialiser la transition parlementaire pacifique voulue par notre peuple ou de confirmer ces résultats imaginaires et ouvrir la plus grave crise politique qu’aura connu le pays depuis le conflit armé. ..

-Il n’y a pas de complot islamiste, mais des démocrates en prison. Depuis l’interdiction qui leur a été signifié de prêcher bien avant la tenue de ces élections, ce sont des membres ordinaires de la société civile,  des démocrates érudits qui ont soutenu une coalition qui se fait aujourd’hui un devoir moral et laïc de les soutenir à son tour. La condamnation à deux ans de prison ferme et cinq ans de privation de droits civiques contre Abdourahman Souleiman Bachir, journaliste, Abdourahman God, enseignant et chercheur et Guirreh Meidal, directeur d’une école privée est le verdict infamant d’un procès politique. Si complot il y a, c’est celui du RPP contre la Démocratie car ce procès, celui à venir contre DAF et celui qui menace tous les démocrates, n’est rien d’autre  qu’une vaine tentative  d’un pouvoir sorti, de masquer une défaite électorale, une manœuvre dilatoire d’une dictature pour écarter de son chemin tout démocrate représentant un danger contre sa pérennité en le privant de ses droits civiques.

Leur défense relève donc du devoir de tous les démocrates djiboutiens à qui s’adressent ces mots d’ordre.

Mots d’ordre

Pour mettre fin à cette diabolique et impudente danse du ventre à laquelle se livre la Justice Djiboutienne et ne pas nous laisser voler une victoire électorale et surtout préserver une Paix civile gravement menacée par la fuite en avant de cette dictature, et parce que nous ne saurions nous contenter de condamner ces procès et leurs verdicts, nous sommes légitimement fondés à lancer deux mots d’ordre.

Le pouvoir vous interdit de manifester votre solidarité avec les démocrates emprisonnés et d’écouter vos dirigeants ? Qu’à cela ne tienne ! Il y a un droit que cette dictature  méchante et injuste et surtout bête ne peut vous enlever : celui de vous indigner intelligemment, pacifiquement et le plus légalement du monde ! Regroupez-vous par milliers dans l’espace public mais sans le troubler, sur les terrains vagues, dans l’enceinte des lycées et universités… le temps de prendre une photo de groupe et enregistrer des vidéos, puis dispersez-vous dans l’ordre. Postez ces photos et vidéos à toutes les chaines d’information du monde. Partagées sur la toile ces photos et vidéos auront vite fait le tour d’une planète que vous convierez ainsi à partager votre indignation contre ces attentats permanents du RPP contre la démocratie. Faites-le dans tous les quartiers de la capitale, sur l’ensemble du territoire et tous les jours ! Rivalisez d’indignation sans montrer qui que ce soit du doigt, sans offenser qui que ce soit ! Cette indignation vous attirera la sympathie des démocrates du monde entier et même celle de la coalition à qui cette danse est destinée et qui loin d’être séduite est à juste titre inquiète des conséquences fâcheuses qu’elle risque d’entrainer…

Quant au second mot d’ordre, c’est celui d’une Mobilisation Générale sur l’ensemble du territoire dès samedi 16 mars pour la défense et la conquête des droits civiques !

-Que tous les nationaux sans-papiers revendiquent pacifiquement le droit à l’identité nationale devant la direction de la population dans la capitale et les préfectures des chefs-lieux des régions !

- Que tous les électeurs des communes de balbala et boulaos et Arhiba qui a massivement voté RADD, défendent devant leurs communes respectives le droit de leurs élus Abdourahman Mohamed Guelleh et Ali Mohamed Dato à terminer sans entraves à leurs fonctions, leur mandat d’élus locaux. C’est vital et légal ! Il faut le faire pacifiquement  avant que le pouvoir ne leur intente un procès en sorcellerie !

D’autres catégories de citoyens seront ainsi mobilisées en permanence !

Que cette dictature se le tienne pour dit !

En réponse à son acharnement contre les démocrates, nous ne lui laisserons en toute légalité, aucun répit !

Il en sera désormais ainsi jusqu’à la libération de tous les démocrates et la  reconnaissance du véritable verdict des urnes . Celui qui attribue la victoire électorale à l’USN !

Mohamed Ali Abdou

Secrétaire à la communication et porte-parole  de l’ARD (Alliance Républicaine pour le Développement), parti membre de la coalition de l’opposition djiboutienne USN (Union pour le Salut National) en lutte pour la démocratie.

Djibouti, vendredi 15 mars 2013.

 

Le PS belge, lui, soutient le peuple djiboutien

Le PS appelle au respect des droits de l’Homme à Djibouti

Depuis les élections législatives du 22 février 2013, la rue s’enflamme à Djibouti où les manifestations qui se succèdent sont durement réprimées par le régime. En dix jours de contestation populaire on compte déjà plusieurs centaines d’arrestations de militants et de personnalités politiques, dont le belgo-djiboutien, Daher Ahmed Farah, porte-parole de la coalition des partis de l’opposition, emprisonné depuis hier.

Le PS réitère son attachement inconditionnel aux principes démocratiques dans le processus électoral, en ce compris la liberté d’expression, d’association et le droit de manifester.

Pour le PS, il est regrettable que l’espoir d’une embellie démocratique suscitée par la participation  à ces élections de l’opposition, pour la première depuis 10 ans, soit ternie par le manque de transparence du processus et surtout la répression actuelle.

 

Le Parti Europe Ecologie-Les Verts soutient, lui, le peuple djiboutien

Dans un silence médiatique impressionnant, des élections législatives ont lieu aujourd’hui même à Djibouti. Ce petit pays de 23 000 km2 occupe pourtant une position stratégique : il accueille sur son sol des bases militaires française, étasunienne, japonaise, allemande et italienne, destinées à surveiller le trafic pétrolier de la Mer Rouge et le Sahel, actuellement sous tension.

Avec la bénédiction de la France, ancienne puissance coloniale, Djibouti vit depuis son indépendance en 1977 sous le régime autoritaire d’une même famille : l’actuel président Ismaïl Omar Guelleh a succédé en 1999 à son oncle Hassan Gouled Aptidon.

Europe Ecologie-Les Verts s’inquiète de l’organisation chaotique du vote lors de ces élections : listes électorales incomplètes, cartes électorales distribuées à l’emporte-pièce… ainsi que de l’intimidation dont font l’objet plusieurs leaders de l’opposition rassemblée sous le nom d’Union pour le salut national (USN).

Alors que les meetings de l’USN, pourtant interdits, suscitent un engouement sans précédent, le pouvoir a prépositionné des éléments militaires et policiers afin de se maintenir, si nécessaire par la force. Il entend continuer à profiter des dizaines de millions d’euros que rapportent annuellement les concessions des bases militaires étrangères.

Dans cette situation, EELV :

- assure le peuple djiboutien de son total soutien pour exiger et obtenir un scrutin libre et transparent ;

- demande aux parlementaires français et européens d’exiger la transparence sur la politique de coopération militaire que l’Union européenne et certains Etats européens mènent avec Djibouti – à ce titre, une commission d’enquête parlementaire en France sur les circonstances précises de l’assassinat du juge Bernard Borrel en 1995 pourrait être envisagée ;

- demande au gouvernement français de se coordonner avec les gouvernements allemand et italien, voire étasunien et japonais, pour établir des exigences démocratiques en matière de coopération militaire avec Djibouti ;

- demande au gouvernement français et à l’Union européenne de sortir du silence et de s’engager pour soutenir la population djiboutienne dans son combat pour la démocratie.

Elise LOWY, Jean-Philippe MAGNEN, porte-parole

 

Le Parti de Gauche, lui, soutient le peuple djiboutien

LE PARTI DE GAUCHE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Djibouti

Comme ailleurs, la présence militaire française ne doit plus servir les dictatures !

Mardi 5 Mars 2013

Patrice Finel

Pour la première fois depuis 2003 des élections législatives se sont tenues à Djibouti le 22 février. Les résultats officiels provisoires font état d’une victoire du parti au pouvoir, l’Union pour la Majorité Présidentielle, alors que l’opposition ferait une progression significative.

La possibilité pour l’opposition de participer au scrutin, si elle est un signe encourageant, ne gomme pas pour autant la répression brutale qui a entaché les élections, les nombreuses arrestations arbitraires de personnalités et leur mise en résidence surveillée.

Le Parti de Gauche s’inquiète du manque de transparence et de l’absence de résultats officiels et vérifiés de ces élections.

Le Parti de Gauche interpelle le gouvernement français, qui paie un loyer conséquent au gouvernement djiboutien pour une forte présence militaire, sur l’exigence impérieuse de respect de la démocratie et des droits de l’homme à Djibouti.

Le Parti de Gauche rappelle avec force que les aventures militaires françaises, ou la présence de bases pérennes, ne doivent en aucun cas servir de caution aux dictatures en place, et rappelle à M. Hollande , Président de la République Française , ses promesses de candidat en la matière.

 

Djibouti : Silence, on tue !

Une tribune dans la revue La REGLE DU JEU signée par Abdourahman WABERI, Ali DEBERKALE, Dimitri VERDONCK