Akua Naru, c’est du lourd !

L'Auteur

Abdourahman Waberi


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Il nous arrive de tomber par hasard sur un album qui nous séduit sur-le-champ. Un coup de foudre donc. Et pas seulement pour une ou deux chansons, le plus souvent passées en boucle. Non, c’est l’album tout entier qui sollicite nos sens et tient ses promesses. J’ai eu récemment cette impression en entendant pour la première fois Akua Naru. L’impression qu’une voix amie me susurrait à l’oreille des secrets dont j’étais l’unique destinataire.

Enquête.

Nom de baptème : Latanya Hinton. Enfance et adolescence à New Haven, dans l’état du Connecticut  aux USA, une ville aux allures de ghetto qui est connue surtout pour abriter la riche université Yale. Nom d’artiste : Akua Naru. C’est dit comme ça, sans respiration. C’est court, tonique et musical. Plus facile à retenir. Bien plus africain qu’américain. Profession : musicienne, poétesse serait plus juste. Genre de prédilection : hip-hop. Résidence : Cologne, Allemagne.

Deux notes, un refrain, juste la sensation d’une présence et l’envie de regarder le monde passer. Pas de doute, nous voilà conquis par une voix tout à la fois fortifiante et caressante, tonique et mélodique. Akua Naru nous renvoie au meilleur du rap nord-américain; elle occupe un territoire tendu entre la proverbiale exigence éthique de Yasin Bey (ex-Mos Def) et le lyrisme félin de Lauren Hill (des Fugees). Un territoire miraculeusement épargné par la folie et la vulgarité du rap commun, c’est à dire commercial. Un terrain politique se coulant dans la tradition critique des musiques noires dont les derniers héritiers seraient les Last Poets. Ce n’est pas un pur hasard si Akua Naru s’est choisi des ancêtres aussi responsables que Nina Simone et Fela.

« Je n’ai jamais découvert la musique, la musique et la rime m’ont découvert. Elles m’habitent depuis toujours ».

Par ses incessants déplacements aussi, Akua Naru nous rappelle ces grands artistes africains américains rompus au voyage, acharnés à trouver ailleurs ce que’on leur refusait dans leur pays. De Philadelphie à la Chine, du Ghana à l’Allemagne, de Paris à Harare, Akua Naru pose sa voix et son corps dans leur  sillage.
Son second album « The Journey … A Flame » (11 titres, Djakarta Records, mai 2012) en témoigne. Une profondeur rare, une musicalité étonnante et une honnêteté non feinte, c’est par ses mots que la critique, souvent élogieuse, continue de le décrire.

Cet accueil enthousiaste dépasse le milieu hip-hop. Le monde académique, si l’on en croit à ses ténors Tricia Rose et de Marc Lamont Hill, n’est pas insensible aux prouesses poétiques de la jeune compositrice, chanteuse et interprète. Sur scène, seule ou en compagnie de DIGFLO, son sextet (basse, batterie, synthé, saxophone / flûte, guitare et platines), Akua Naru met le feu dans les salles comme ce fut le cas lors de son concert à Paris, le mois dernier à La Sottise. La native de New Haven a la réputation de cajoler son public, mieux de le captiver. Pionnière certes mais pas prisonnière de son statut d’artiste femme. Akua Naru va, à coup sûr, s’installer durablement dans notre paysage musical. Elle contribue à ouvrir les oreilles de notre coeur. Grâces lui soient rendues.

 

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