Djibouti: journal d’un ancien détenu qui veut rester anonyme

Les pages que vous lirez ont été écrites par un opposant politique passé par Gabode, un ancien détenu qui tient à rester anonyme. Il m’a demandé de donner, selon ses termes, de la visibilité à son récit de détention. Voici les deux premiers volets. Archive donc.

1ère partie : La prison, une école
Elle m’a appris, certes, à patienter pour mieux supporter la monotonie des lieux. Toujours le même espace, les mêmes murs, les mêmes coins, inchangés et résistants. Résistant car le regard s’en lasse. Seuls les yeux, détachés de l’esprit, se figeaient sur un endroit de l’enclos qui m’étouffait sans pour autant y prêter une attention particulière.
C’était un chez soi qui m’est étranger.
Pourtant, l’injustice a décidé que je passe ici des mois et des mois. Lents, ils s’écoulaient très lentement. Malgré tout, l’enfermement m’a petit à petit appris à accepter les conditions carcérales telles qu’elles étaient. A la longue, la cellule est devenue un espace à moi. Nous devenions deux complices car je lui ai dit beaucoup des choses et elle m’a promis de les conserver à jamais et sans souci.
Elle m’a appris également à voir toujours les mêmes personnes, aux mêmes moments, aux mêmes lieux. Une monotonie sociale que seule l’expérience carcérale permet la digestion. C’est la durée de l’isolement qui rend acceptable la fréquentation des mêmes personnes.
Elle m’a appris aussi à gérer des longues journées. Un défilé d’heures interminables. Heureusement, je me suis imposé un rythme de travail à l’issue duquel j’ai tiré la patience comme valeur.
Elle m’a appris la modestie de ma peine. Quelques années, seulement. En fait, pendant ma détention, des grands de la République ont disparu. Des gens auxquels beaucoup des Djiboutiens accordaient respect et reconnaissance. Ce sont des longues vies éteintes mais bientôt oubliées, et enfin ignorées. Seul, dans ma cellule, je me suis dit que tout finira un jour. Or, quelques années passé en prison, c’est nul. Au fil du temps, la prison m’a appris à relativiser la vie toute entière. Tout le monde finira par disparaître.
Elle m’a appris à positiver ma peine lorsque je l’ai comparée à celle écopée par certains détenus à Gabode. Il y a des condamnés à vingt ans voire trente ans de réclusion criminelle. Pis ! Certains, par désespoir, meurent après une grève de la faim très sévère. Catégoriquement, ils décident de disparaître sans rien laisser derrière eux. C’est affreux ! Moi, j’ai essayé de contribuer, avec le peu que je possède, à l’édification, certes, lente mais sûre, d’une vraie démocratie dans le pays. C’est à ce moment là que je me suis rappelé du sens noble de mon incarcération. C’est vrai, dès le début, je savais la valeur du sacrifice que j’ai fait. Hélas, l’oubli, caractéristique inhérente à l’homme ne cesse d’influencer mes comportements et réactions. En réalité, les détenus ayant des peines lourdes à purger m’ont appris à nouveau que j’étais un prisonnier d’opinion.
Elle m’a appris à s’évader autrement afin de mieux gérer l’enfermement. Notamment, la lecture était, malgré l’isolement, une manière de rencontrer d’autres expériences. J’ai lu des auteurs des différentes nationalités, des différentes cultures, de différents horizons. Chaque ouvrage que j’ai lu me permettait de sortir de la cellule, de Djibouti même et d’aller à la rencontre de celui avec qui je discute à travers ses écrits. Par conséquent, j’ai fait le tour du monde. C’était une évasion, un voyage sans passeport ni vision ni ticket. C’était le moment où mon exaltation se situait à son apogée. C’était merveilleux ! Dans ma détention, j’ai fait beaucoup des connaissances, beaucoup des découvertes. C’est une contradiction ! Mais c’est une réalité. C’est la lecture. Ecrire c’est aussi s’évader autrement. Dès que je prenais la plume, je quittais le monde et plongeais dans le monde des idées, de la création, de l’innovation. J’étais face à un défi plus grand que ma détention. Laisser quelque chose d’utile, d’historique à la progéniture. Je visais demain, je me rendais au futur, je bâtissais l’avenir. J’ai appris en écrivant. J’ai appris à réfléchir profondément. J’ai appris à écrire quelque chose qui m’appartient. J’ai appris à rester moi-même. Loin de l’influence de la technologie, dont internet est le chef de fil, je suis resté original. Méditer, c’est encore s’évader. C’était pour moi un exercice de sérénité. Méditer, c’est répondre à des questions monumentales : existentielles et pourquoi pas politiques.
Elle m’a appris à me connaître encore mieux. Connaître mes limites. Connaître mes faiblesses. Pour moi la détention était un face à face avec moi-même. C’était un point final à la fuite vers l’avant. C’était un arrêt net. L’occasion m’a été donnée de revisiter mes années de vie, de m’auto-évaluer. Je me suis engagé à visionner mon passé avec ses fautes, ses imperfections et ses maladresses. J’ai appris ce que je suis. J’ai appris que je suis un être très imparfait. L’essentiel, me semble-t-il, était de tirer des enseignements qu’il faut. Je me suis engagé de réparer les dégâts que j’ai causés tant que faire se peut.
Elle m’a appris la complexité de l’être humain j’ai parfois croisé des criminels, très sympathiques dans leur détention, mais horribles une fois les pieds à l’extérieur de la prison. Des récidivistes. C’est une contradiction. C’est la réalité.
Elle m’a appris la valeur de l’information. Les premiers jours de ma détention, avant de m’accommoder à la réalité retranchée qu’est celle de Gabode, je suis devenu comme coupé du monde. Le passage du réel auquel je me suis habitué au réel qui m’était imposé s’est opéré difficilement. Pour moi le monde a cessé d’exister. La pire des faims, c’est celle de l’information, dit-on. C’est exactement ce que j’ai ressenti en profondeur tout au début. Finalement, l’information a trouvé son chemin par le biais des visites et par le biais des moyens légalement autorisés par l’administration pénitentiaire.
Enfin, l’école qu’est la prison m’a appris encore d’autres choses qui vous seront communiqués dans le futur. C’est dans l’optique de partager cette expérience très modeste que j’ai pris la plume. A vous de juger
Fin de la 1ère partie.

2ème partie : La prison, une école.

Elle m’a appris à donner de l’importance à un geste quotidiennement banal.
Ordinairement, lorsque quelqu’un frappe à la porte de ton appartement, cela ne crée en toi aucun engouement. Parfois, on est las de l’ouvrir parce que les visiteurs se multiplient. C’est avec regain qu’on répond : « Qui est-ce ? ». En revanche, en prison, lorsque l’agent pénitencier commence à tourner la clé dans le cadenas de ma cellule, j’étais sans cesse pris par une immense joie. Le bruit engendré par le contact de ces deux objets, contradictoire dans leur fonction(le premier libère et le second enferme) faisait naître, en moi à chaque fois, un nouvel espoir. Parce que la clé, la libération, annonçait la visite de l’avocat, ou celle d’un proche, ou rarement, celle des membres d’une organisation internationale. En vérité, l’ouverture de la porte de ma cellule devenait pour moi un évènement qui était doté d’un caractère sacré parce qu’elle apportait comme nouvelle.

Elle m’a appris à (re)devenir un auditeur attentionné parce que l’autre dit dans le but de m’orienter ou de me consoler. En fait, le vendredi, lors des visites, j’écoutais avec intérêt ce que j’ai toujours dit moi-même. Les valeurs que j’ai tant prononcées, tant défendues, tant diffusées me sortaient de la bouche des autres. Je réapprenais ce que je savais, autrement dit, autrement conçu. C’est, me disaient les visiteurs, un rappel. Oui, c’était un rappel. Mais, c’est aussi un apprentissage. Je (re)devenais un enfant. Je tendais les oreilles. J’ouvrais mon cœur. Je cachais mes sentiments et privilégiais la discrétion. Certains, en pleurant, me serraient entièrement très fort. Ils me disaient tout bas des mots très profonds, très sincères, touchant mon être le plus abyssal. J’ai (re)appris à écouter. Ecouter est une faculté.

Elle m’a appris à (re)devenir un homme social. En effet, dans la prison, la misère sévit la population carcérale, elle manque de tout. La plupart d’entre elle est livrée à elle-même. De temps en temps, je croisais quelques un des détenus à qui j’adressais la parole pour connaître les conditions de leur détention. Ils racontaient tous leur dénuement. Personne ne les rend visite. Pas d’avocat. Souvent, ils attendent des années durant, un jugement qui ne vient pas.
Ce sont les damnés de la terre. J’étais profondément touché par leur sort. Ils me demandaient si j’ai quelque chose à leur offrir, surtout du lait. Je répondais très chaleureusement à leur doléance. En réalité, je savais que le désœuvrement touchait une large frange du peuple mais la prison m’a appris qu’elle gardait dans ses entrailles le pire désœuvrement.

Elle m’a appris à m’organiser dans ma vie carcérale, tant sur le plan culturel et matériel. C’est-à-dire lire, adorer et travailler. Je travaillais car je faisais le ménage pour entretenir ma cellule. Apparemment, chez moi, j’étais gâté. Comme un prince, j’étais servi par ma famille. La prison m’a appris à être autonome.

A travers les visites, elle m’a appris que je me suis engagé pour conquérir une cause nationale. Le vendredi, jour de rassemblement dans la culture musulmane, continuait pour moi une rencontre avec le peuple. Je voyais passer presque toute la population. Je veux dire un échantillon. Toutes les classes et tous les âges étaient représentés dans le rendez-vous hebdomadaire. La prison, Gabode, étant distante par rapport à la ville, beaucoup venaient à pied pour soutenir ceux qui sont incarcérés pour l’intérêt de la République. Je me suis rendu compte que le peuple s’est engagé en même temps que moi.

C’est un réveil. Il était là dans les cœurs de nos citoyens. Il avait besoin d’une étincelle pour le propulser. Elle y est, faisant ensemble le reste du chemin.

Elle m’a appris à savourer le dehors, l’espace au-delà de la cellule. Chaque sortie donnant l’occasion de renouer avec l’extérieur, la cour de la prison, me procurait un sentiment de liberté. J’appréciais de nouveau les éléments de la nature qui, antérieurement, avaient rentré dans l’ordre de l’habitude. Le soleil, le ciel, l’espace et le courant d’air (re)devenaient pour moi un monde qui s’est rajeuni durant mon absence. En même temps, je me rajeunissais. Je retrouvais de la chaleur, de la vivacité. Je regrettais de ne pas avoir profité de ce milieu avant ma détention.

Elle m’a appris que j’étais libre car je l’ai choisie. Oui, je l’ai choisie. Personne ne me l’a choisie. Je savais que le mouvement auquel j’ai adhéré débouchait sur elle. Je savais que la dictature bannit toutes les œuvres libératrices. J’accuse la domination. Je rejette la soumission. J’étais adepte de la liberté et je la suis. J’étais détenu dans un enclos, mais à vrai dire, j’étais libre. J’étais enfermé parce que j’avais dit librement ce que je pense. Point de regret. Je suis fier de ma liberté. Pour moi, la prison était un choix. Non une erreur. Pas une surprise.
La vraie liberté est celle du cœur et de l’esprit.

Enfin, je vous laisse sur ces mots et vous promet la suite de ma petite expérience dans les jours qui viennent.

Fin de la 2ème partie

 

NB: Je ne suis pas l’auteur de ces lignes, seulement le passeur honoré de la confiance qu’on lui témoigne.

Djibouti : ville propre?

OPÉRATION VILLE PROPRE : UNE MANŒUVRE ORCHESTRÉE PAR LE RÉGIME POUR PUNIR LES SYMPATHISANTS DE L’USN.

 

A l’initiative du Ministre de l’Intérieur, une opération baptisée ville propre destinée à faire déguerpir les petits commerces en centre-ville a été déclenchée le 17 août 2013.

Des centaines de personnes vivant du secteur informel se retrouvent subitement sans ressources car leur moyen de subsistance a été détruit par les forces de l’ordre.

Que cache cette opération sur-médiatisée et quelles en sont les conséquences sur la vie de cette population à majorité très modeste ?

Décryptage.

Djibouti est l’un des pays les plus pauvres au monde. Dépourvu de ressources naturelles, l’une de ses principales sources de revenus est constituée par les redevances des installations militaires.

De récentes études diligentées par des organismes indépendants révèlent que 80% de la population Djiboutienne vit dans la pauvreté dont plus de 40% relevant de l’extrême pauvreté. Les gens sans emploi, ne trouvant point de moyens de subsistance pour nourrir leurs familles, se tournent alors vers le commerce informel. Celui-ci augmente sans cesse car il permet de nourrir un nombre important de personnes (approximativement entre 50 000 et 100 000) et il arrange tout le monde car chacun y trouve son compte

Puis soudain, une décision hâtive du ministre de l’intérieur tombe comme un couperet. Celle-ci vise à déloger ces pauvres citoyens honnêtes sans leur proposer d’alternative efficace.

L’opération commence, tôt le matin, en ce jour du 17 août 2013. Les forces de l’ordre détruisent leurs biens, devant ces pauvres gens impuissants.

Cela constitue tout bonnement une atteinte grave à la dignité humaine. Les initiateurs de ce projet cherchent à détourner l’attention de la communauté internationale sur la faillite du système. Lequel a appauvri la population et continue à l’asservir par la mise en place de programmes stupides. Cela dure depuis 36 ans.

La réalité est que nos dirigeants sont incapables de faire face aux vraies difficultés de la population. On peut citer parmi tant d’autres : le problème de l’électricité, le manque d’eau potable dans les robinets, la cherté de la vie devenant de plus en plus insupportable et la liste n’est pas exhaustive.

Impuissants, au lieu de s’attaquer aux vrais maux, les tenants du pouvoir privilégient la violence et préfèrent s’attaquer aux plus faibles en anéantissant leurs maigres sources de revenus. Ceci est tout simplement scandaleux !

Cette décision inhumaine cache vraisemblablement des motivations politiques. Il faut savoir que les personnes touchées par cette mesure sont largement des sympathisants de l’USN, coalition politique de l’opposition ayant remporté les dernières élections législatives.

Il est évident que cet acharnement vise notamment à punir les supporteurs de l’opposition qui ont sanctionné le régime lors du dernier scrutin législatif. Mais, force est de constater que cette voie est périlleuse et risquerait de précipiter le pays dans un chaos indescriptible. Il apparaît d’ores et déjà que ces braves gens injustement privés de leur gagne-pain s’organisent pour manifester contre les forces de l’ordre qui occupent sans ménagement en ce moment même leurs lieux de négoce.

Dans ces conditions, il faut s’attendre à un embrasement avec son  corollaire d’instabilité.

Le dialogue politique entamé ces derniers temps entre l’opposition et le gouvernement a redonné un peu d’espoir à la population qui attend un règlement définitif de la crise politique à Djibouti.

Les petits commerçants victimes de cette mesure ministérielle inique qui vient de les viser fondent aussi beaucoup d’espoir sur l’issue de ces pourparlers et la fin de leur calvaire.

En conclusion, nous pensons qu’il serait judicieux que les autorités publiques reconsidèrent leur décision de s’en prendre aux personnes démunies. En ce qui concerne ces petits commerces, la distribution de terrains leur permettant d’écouler leurs marchandises sans craindre la violence des forces de l’ordre parait la voie la plus raisonnable. Il y va de l’intérêt du pays et de sa stabilité

MANSOULE ALI GABA

 

Djibouti : les chacals chargent

 

par Warehayee Hadjinabad, notre correspondant à Djibouti

L’un des feuilletons phare de ce mois béni du ramadan est la tournée entamée par les deux coalitions politiques, USN et UMP.

L’USN ouvre le bal et entame sa tournée dès le début du Ramadan, ce qui n’a pas fait que des heureux dans le milieu politique. En effet, pour ne pas perdre du terrain face à l’USN qui a littéralement tracé son chemin, le régime en place, pour exister et occuper l’espace médiatique, s’est lancé dans une folle poursuite baptisée « TOURNEE RPP ».

Il est malheureux tout d’abord de constater que dans notre pays, une presse à l’affût, qui passe tout au crible et qui ne laisse rien passer de la moindre anicroche qui concerne fut-il au fin fond du pays, est inexistante. Ce qui amènent les Djiboutiens et surtout les jeunes à se tourner naturellement vers les réseaux sociaux comme source d’informations à l’ère d’internet, boudant ainsi la RTD honnie par cette nouvelle génération qu’elle n’arrive plus à intéresser.

Que montrent ces images et vidéos circulant sur le Net et particulièrement sur Facebook et Youtube ? Quelles lectures peut-on en faire ?

 

L’UMP est morte. Vive le RPP !

La république de Djibouti connait des partis à foison qui se sont regroupés en deux grandes coalitions lors de la dernière élection législative du 22 février 2013.

D’un côté, l’USN, coalition de l’opposition dans laquelle on y trouve 4 partis légalisés (ARD, UDJ, CDU, PDD), un parti dissout par le pouvoir en place (MRD) et deux partis en attente de légalisation (RADD, MoDeL). De l’autre, l’UMP, coalition du gouvernement, composée du RPP, du PSD, du FRUD et de l’UPR.

 

Dans ses tournées, l’USN répond au complet. Tous les leaders de chaque parti sont présents et prennent la parole à chaque tournée et à tour de rôle, dégageant ainsi, une unité, une cohésion et une force impressionnante dans leurs différentes interventions. L’USN se présente comme un bloc compact. Pour l’UMP s’en est tout le contraire. Dans ces tournées, à l’exception du RPP, tous les autres partis composants cette coalition reconduite pour un mandat de cinq ans aux forceps par IOG brillent par leur absence. Cette façon du RPP de faire cavalier seul pose l’hypothèse qu’il y a aux yeux de la population une rupture au sein de l’UMP. Une rupture entre le RPP et les autres partis. Particulièrement le FRUD avec le refus de Jean-Marie et de Ougouré Kifleh de venir siéger à l’assemblée nationale autoproclamée (ANA) depuis qu’ils se sont fait coiffer par tonton Arnaoud à la présidence de l’ANA (une énième promesse non tenue d’IOG). Le PSD et l’UPR n’étant que des partis-fantômes pour combler les meubles.

Une chose est certaine ! Ces tournées montrent que le pacte électoral scellé officiellement par les partis membres de l’UMP n’est plus d’actualité. L’UMP n’ayant plus aucun sens du collectif devrait plutôt être amené à réfléchir sur son propre fonctionnement politique et institutionnel. L’UMP est morte ! Vive le RPP !

 

2. Les trublions du RPP

Fidèle à lui-même, Hassan Omar dit « Gacanlo » prend la parole, la bouche grande ouverte, laissant poindre l’effet secondaire du MIRGANE, et par conséquent empêtré dans la nuit « mirganesque » qui l’inhibe dans sa perplexité face aux événements qui le dépassent ; et s’aventure dans un tissu d’inepties malveillantes et infondé, à la référence religieuse absurde à l’endroit du MoDeL.

Abdoulkader Kamil, le premier d’entre-eux, ne maîtrisant ni l’afar, ni le français et ni le somali (ce qu’on peut comprendre !) enchaîne les bastons et montre plus qu’une ferveur religieuse, une ferveur subversive.

Ilyas Moussa Dawaleh, tête de liste UMP, déchu depuis de son piédestal, refait surface et se refait une belle virginité dans ces tournées. Ilyas au somali infantilisant (qui ne se rappelle pas des « reer djiboutoooooooooooow »), ne fait pas avancer le schmilblick et commence à défourailler ses fines gâchettes.

Ali-Sheraton, au regard fuyant et aux référentiels glauques (qui ne se souvient pas de sa célèbre intervention aux micros de la voa, je cite : « les mosquées sont peace and love »), flirte avec une croisade qui prête à rire.

Zahra Youssouf au discours fielleux, astique la langue de bois sur les distributions de vivres, pourtant généreusement bien accordé par le PAM et utilisé à des fins politiques. Ces distributions faites à la tête du client au su et au vu des pauvres (j’y reviendrais sur un article en attendant de collecter toutes les informations !).

Pendant que tout ce beau monde discutent entre-eux, se comprennent, se méprennent, se terrent dans des annexes RPP ressemblant davantage à des mabraz feutrés, s’enferment derrière des volets baissés, loin de la masse, l’USN, quant à elle, part en goguette devant une population blasée et vaccinée du parti unique et qui, contrairement, suit, observe et acclame, souvent agenouillée et loyalement les leader et députés de l’USN.

 

Voici nos ministres, ces hommes et femmes aux discours oniriques, aux yeux torves, jamais rassasiés, malencontreusement hissés en haut de l’affiche ; des leaders pour certains, des dealers pour beaucoup, vendant des invectives âpres et déjouant la carte de l’apaisement. Des tribuns dont ne sait comment se comporter avec : en pleurer ou en rire ? Et comme Jean Pierre Chevènement l’a si bien dit : « Un ministre ça ferme sa gueule ou ça se casse ». A vous de choisir messieurs, mesdames. Dans tous les cas, il en faudra beaucoup plus au RPP pour retrouver un semblant d’âme.

3. MoDeL, le bouc émissaire

La logique du bouc émissaire est le quatrième des sept subterfuges de l’insécurité développé par Pierre Tevanian dans «le mythe de l’insécurité»qui est selon l’auteur «l’un des mensonges le plus répandus et le plus pervers ». C’est ainsi que le MoDeL est victime, depuis le début du ramadan, d’une campagne de calomnies laissant entendre un financement occulte venu de l’extérieur et plus précisément du moyent-orient.

Cette thèse ridicule, n’est autre qu’une méthode iconoclaste de la théorie du complot qui s’est avérée être depuis un écran de fumée qui n’a pas réussi à faire mouche. Orchestrée par les

agents du SDS avec la torture de l’intellectuel Mohamed Daher Robleh à qui on a bien voulu faire dire qu’il était un maillon fort de ce financement, développée publiquement en premier par Hassan Gacanlo, relayée par les autres trublions du RPP tel une effusion de feu comme seul un dragon sait en dégager, qui ont préféré adopté le suivisme aveugle et le proverbe de Beaumarchais : «Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose », agitant le spectre du printemps arabe, espérant ainsi que les foudres de la condamnation occidentale tombent sur le MoDeL.

La réalité plus romancée que cette stratégie de diabolisation du MoDeL où les amalgames flagrants se mêlent et s’entremêlent est totalement différente. Le MoDeL est avant tout un parti populaire dont les membres fondateurs sont majoritairement des jeunes, tous trentenaires, cadres, enseignants des lycées, de l’université, principalement formés dans les universités occidentales, encadrés par l’inamovible et chevronné docteur Abbatté Ebbo Adou, par le tout premier philosophe du pays en la personne de Abdillahi Adaweh et de l’infatiguable Sougueh Ahmed Robleh, sous la bénédiction de trois oulémas connus de toute la population pour leur sagesse et pour avoir été inlassablement des boucliers contre l’intégrisme et les mouvements tel Al-Shebbab qui ont mis à feu et à sang les pays limitrophes.

Cette vision apocalyptique présentée par le RPP, qui veut qu’on comprenne le MoDeL comme un parti intégriste, et qui se refuse toute autre conception, fait voler en éclats des éventuelles négociations dès l’instant où l’ont pointe du doigt un des composantes de l’USN comme l’a si bien dit Ahmed Youssouf, président de l’USN au ministre de l’intérieur : « Ecarter le MoDeL, c’est écarter l’USN de la table des négociations».

Le régime se trouve d’un côté sous la poigne de fer des occidentaux, l’UE et les USA en tête, qui leur imposent vaille que vaille l’ouverture des négociations transparentes, de l’autre, tenaillé par la crainte d’une explosion sociale d’une population déjà garrottée.

Ces salves contre le MoDeL visent à poursuivre trois objectifs :

a)        La reconquête et la rédemption du cœur des djiboutiens qui sont restés peu ou prou saint d’esprit tout en se drapant du voile des défenseurs de la démocratie.

b) Créer une diversion pour gagner du temps tout en continuant la politique prédatrice et criminelle.

c)        Museler cette nouvelle force qu’est le MoDeL avec l’immixtion des occidentaux : la redoutable machine du régime de « clonage » et de destruction, à broyer les partis, habituée à tirer les ficelles dans l’opposition traditionnelle et à monter les uns contre les autres s’est enrayée et cassée les dents face aux MODELISTES, traduisant ipso facto une faiblesse définitive. Agiter le spectre des frères musulmans et du printemps arabe a été pour le régime le démarreur à emballer la machine conflictuelle. Heureusement, personne n’est dupe !

Ces déclarations rocambolesques ne donnent-elles pas de la légitimité au MoDeL, plus que la légalisation qui lui a été refusée ?

La lutte contre cette dictature ne fait que commencer. Elle sera longue.

 

Warehayee Hadjinabad, Djibouti, 30 juillet 2013.

 

 

 

 

 

 

Daher Ahmed Farah de nouveau embastillé

Maître Djama Amareh Meidal, avocat djiboutien, dénonce l’arrestation de Daher Ahmed Farah, porte-parole de l’USN, (Union pour le Salut National, coalition de l’opposition)

En dehors des conséquences, qui n’échappent à personne, qu’elle aura nécessairement sur le dialogue politique annoncé, l’incarcération de Daher Ahmed Farah (DAF) intervenue ce matin constitue juridiquement un abus de pouvoir et d’autorité caractérisé et partant une détention arbitraire.

En effet cette détention fait suite à un ordre d’incarcération délivré par le procureur général Djama Souleiman se fondant sur un arrêt de la Cour d’appel de Djibouti du 26.06.2013 condamnant DAF à 2 mois d’emprisonnement dans l’affaire l’opposant au général Zakaria Cheich Ibrahim et à des membres de la troupe Harbi.

Or le 30.06.2013 DAF et son avocat ont introduit un pourvoi devant la Cour suprême contre cette décision de condamnation.
Sans entrer dans les détails de ce dossier de fond controversé, la question est de savoir quel est l’effet du pourvoi de DAF? Autrement dit la peine de 2 mois de prison est elle exécutoire en présence d’un pourvoi?

La réponse à cette question juridique est clairement énoncée par l’article 424,alinéa 1
du Code de procédure pénale.

Ce texte est rédigé comme suit :

« Pendant les délais du recours en cassation et, s’il y a eu recours, jusqu’au prononcé de l’arrêt de la Cour suprême, il est sursis à l’exécution de l’arrêt de la Cour d’appel, sauf en ce qui concerne les condamnations civiles, et à moins que la cour d’appel ne confirme le mandat décerné par le tribunal en application de l’article 357 ou ne décerne elle-même mandat sous les mêmes conditions et selon les mêmes règles ».

En application de ce texte, au vu du recours en cassation déposé par DAF et en l’absence d’un mandat la peine prononcée à son encontre n’est pas exécutoire.

Il s’en suit, qu’en dépit des apparences, la détention actuelle de DAF est purement et simplement arbitraire.
Qu’elle obéit à des basses considerations politiciennes est indéniable.

Je me devais d’apporter cet éclairage à l’opinion publique nationale et internationale.

 

 

Djibouti : la balle dans le camp présidentiel

A l’heure actuelle, il est certainement le Djiboutien le plus connu de par le vaste monde : Abdourahman Waberi n’est plus à présenter. Il n’a jamais vraiment quitté son Djibouti natal, comme le prouve la place que notre pays occupe dans son œuvre. Mais aujourd’hui, ce n’est pas de sa riche production littéraire qu’il nous entretient : la dégradation de sa situation le préoccupe, à tel point qu’il a mis toute son énergie à se faire le héraut de ces héros ordinaires qui font la contestation quotidienne du régime en place. Lequel ne n’y est pas trompé, qui a dés le début, vainement cherché à étouffer ce porte-voix à l’extérieur des aspirations démocratiques. Parce que l’issue de la confrontation entre le pouvoir et l’opposition le préoccupe, « Le Temps » est allé à la rencontre d’Abdourahman Waberi, pour lui demander si, comme il l’écrivait dans ses Etats-Unis d’Afrique, « Tous attendent une paix qui n’est pas de ce jour. ».

Le Temps : Bonjour Abdourahman Waberi, quelques mots de votre enfance si vous le voulez bien…

Abdourahman Waberi : Je suis un enfant de Djibouti Ville. J’ai grandi dans un coin de Quartier 6 qui n’existe plus vraiment – du moins dans mes souvenirs – car il a été réaménagé au début des années 1990. La maison natale se trouvait sur la rue 22 qui coupe l’Avenue Nasser à hauteur de la mosquée appelé Ali Guelleh du nom d’un de son principal imam au temps de mon enfance.

 

Le Temps : qu’en est-il de vos études ?

A.W. : Après l’école primaire de Q6, j’ai intégré le CES de Boulaos puis le tout nouveau CES d’Ambouli et le Lycée d’Etat de Djibouti avant de poursuivre des études d’anglais à Caen (jusqu’à la Maîtrise), à Dijon (DEA) et enfin à Paris Ouest Nanterre pour un doctorat obtenu tout récemment soit près de 20 ans après ma première année d’études entamée à l’université de Caen en Basse Normandie. Il se trouve que je n’ai jamais quitté les bancs de l’école puisque j’enseigne aujourd’hui les études françaises et francophones et la création littéraire à George Washington University, fleuron de la capitale américaine Washington DC.

Le Temps : c’est donc tout naturellement que vous êtes passé de l’enseignement de l’écriture à l’écriture elle-même ?

A.W. : Parallèlement à l’enseignement, je remercie Dieu pour m’avoir ouvert aussi le chemin de la création. De 1994 à 2010, j’ai publié 10 ouvrages, des romans et des recueils de nouvelles pour l’essentiel, sans compter les articles de presse ou les essais à caractère universitaire. Cette œuvre encore en cours est un cadeau du Ciel, je n’en suis que l’agent, le porte-plume Sur le plan thématique, mon travail porte essentiellement sur le terreau fertile qu’est notre pays, j’essaie d’interroger le passé, le présent et le devenir de ce pays de manière assez subjective. Il s’agit d’un regard artistique et personnel aussi libre que possible. Si ma vie artistique et professionnelle s’est déroulée jusqu’aujourd’hui en exil c’est pour sauvegarder cette liberté et dans le regard et dans l’expression. La liberté ça se prend et ça se garde vaille que vaille.

 

Le Temps : De liberté, ou plutôt de son exigence, il en est beaucoup question depuis les élections législatives du 22 février dernier lorsque, refusant la fatalité de cette misère croissante, nos compatriotes ont sévèrement sanctionné le régime en place. Depuis, les manifestations populaires se succèdent, exigeant la restitution de la vox populi détournée et l’on vous sait gré de ne ménager aucun effort pour amplifier cette légitime colère. Quel regard portez-vous sur l’actuelle conjoncture ?

A.W. : Depuis le scrutin du 22 février 2013 Djibouti traverse une période de turbulence qui est tout à la fois épuisante qu’exaltante. Le bras de fer entre la dictature usée et l’opposition éclectique et dynamique se joue sur plusieurs terrains tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. De nouveaux acteurs ont fait irruption sur la scène publique, une société civile est en cours d’émergence. La gente féminine est au cœur de la révolte qui a cours dans les quartiers les plus pauvres. Des jeunes gens sont en train de parfaire leur parcours de militant actif et assoiffé. En un mot, la société djiboutienne n’a jamais été aussi mobilisée d’une part et, je le regrette, aussi divisée d’autre part. De cette période turbulente sortira le Djibouti de demain qui sera, et nous sommes nombreux à se battre pour cette deuxième indépendance, un état plus juste, plus démocratique, réconcilié avec lui-même et en parfaite synergie avec ses partenaires (Ethiopie, France, EU, pays du Golfe etc).

 

Le Temps : L’on vous sait gré de ne ménager aucun effort pour amplifier cette légitime colère. Est-ce enfin le retour durable chez lui  de l’intellectuel exilé?

A.W. : Mon engagement est inscrit dans ce combat. Comme je l’ai dit ailleurs, je ne pouvais pas regarder mon pays s’abîmer sous mes yeux. J’accompagne ce mouvement de fond pour l’avènement de la deuxième indépendance et je me suis juré d’apporter, avec le concours de Dieu, ma petite contribution aussi longtemps que possible. Je ne me bats pas pour gagner des galons ou pour convoiter un poste, je me bats contre la dictature et pour l’état de droit. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est une lubie occidentale. La liberté, la justice et l’égalité sont des valeurs universelles, défendues par tous les grands esprits. Du reste, nombreux sont les états africains engagés dans cette voie démocratique. Le Sénégal, le Botswana ont été par l’Afrique du Sud, le Ghana, le Cap-Vert ou le Somaliland qui vient d’effectuer quatre transitions sans éclats. Je ne vois pas pourquoi ce qui serait bon pour les Sénégalais et les Somalilandais s’avérerait nocif pour les Djiboutiens.

 

Le Temps : En marge de la table ronde de Nantes du 25 mai dernier, l’idée d’un collectif des intellectuels djiboutiens démocrates aurait été lancée et l’on imagine la place prépondérante qui sera la vôtre. Pouvez-vous nous en dire un peu plus là-dessus et où en êtes-vous dans sa concrétisation ?

A.W. : Il faut se défaire d’une illusion. Tous les intellectuels ne sont pas dans le camp du progrès, nombre d’intellectuels mettent leur talent au service des tyranneaux. Il est plus tentant d’assurer sa place au soleil que de servir avec humilité ses concitoyens. Il y a une longue lignée d’intellectuels fourvoyés en Afrique, du Cameroun à l’Algérie et de la Tunisie au Mozambique. Les intellectuels qui restent du bon côté de la barrière ne sont pas les nombreux mais s’ils sont souvent plus connus et plus vertueux que les autres. La ligne de démarcation n’est pas une affaire de savoir-faire mais de conscience. De cœur comme il est dit dans le Coran.

Si en soulignant encore et toujours l’exigence éthique, des valeurs morales telles que la solidarité, la modération ou la compassion, les intellectuels peuvent constituer une force d’indignation nécessaire, ils doivent aussi se muer en force de proposition. Force de proposition sur le plan politique et institutionnel, fer de lance de la société civile, pédagogue au service de la jeunesse, architecte de futures configurations, bref l’intellectuel a un immense chantier qui l’attend.

Pour rester dans le concret, d’inscrire nos gestes dans la pratique, il me plaît d’annoncer à mes compatriotes deux actions sorties de ce mouvement de fond dont on parlait un instant. Il s’agit d’abord d’un collectif qui va accueillir toutes les bonnes volontés et qui se propose de mener un travail intellectuel sur nos outils et cadres institutionnels. Cette réflexion se matérialiserait ensuite sous la forme d’un livre blanc accueillant les contributions de tous les Djiboutiens de bonne volonté afin de dresser un état des lieux pour redresser notre société et la mettre dans les sens de l’Histoire.

Le Temps : Terminons avec l’actuelle crise politique et plus exactement les chances de sa résolution pacifique. Certains exigent le départ pur et simple du chef de l’Etat comme solution. Pensez-vous que cela soit une solution réaliste ? En d’autres termes et pour vous reprendre, la paix est-elle de ce jour ?

A.W : Il ne peut y avoir de solutions que politique. La sortie de crise ne peut prendre que la forme d’une issue négociée et constructive. Je dirais même qu’il est temps de faire preuve de courage et d’imagination de la part du pouvoir. Je profite de cet entretien pour lancer un appel solennel au président de la République, son Excellence Ismaël Omar Guelleh, pour le supplier de libérer les prisonniers politiques et d’ouvrir des négociations sincères et sincères avec l’opposition. Je me sens d’autant plus libre pour lancer cet appel à l’endroit de son Excellence Mr le Président que je n’appartiens à aucun parti politique et ne convoite rien. Dois-je clarifier enfin qu’il ne s’agit pas ici d’une affaire de personne mais de projet et de vision politique. Nous n’avons pas besoin d’homme fort ou providentiel mais bel et bien d’institutions fortes. Partout dans le monde on observe le recul des régimes autoritaires au profit des projets audacieux, participatifs et soucieux de bonne gouvernance. Seul un sursaut de son Excellence, Monsieur le président de la République, nous remettrait à l’heure qu’il est sur le bon chemin.

 

Entretien précédemment publié dans les pages du bimensuel Djiboutien  « Le Temps » n°27 du jeudi 13 juin 2013, Djibouti. Avec l’aimable autorisation de la rédaction.

 

Daher Ahmed Farah: message aux Djiboutiens

A l’heure où les leaders de l’opposition sont jetés en prison par la dictature comme des vulgaires voyous, il nous a semblé opportun, encore une fois, de leur donner la parole [Ndr].

Mes très chers compatriotes,

Je voudrais à nouveau m’adresser à vous tous, sœurs et frères, que j’aime tant, au sujet de ce qui nous regarde, c’est-à-dire la situation de notre cher pays. Je félicite d’abord, et du plus profond, celles et ceux d’entre vous, je veux dire l’immense majorité des Djiboutiens, qui ont affirmé ou réaffirmé leur choix d’un changement démocratique autour de l’Union pour le Salut National (USN), coalition de tous les partis djiboutiens d’opposition. C’est le choix de la raison et du cœur parce que voie du salut et de la dignité. C’est le choix qui, depuis des années, nous anime, mes camarades et moi, qui a présidé à la création du PRD devenu MRD. C’est le choix des autres organisations et personnalités politiques d’opposition. C’est, en un mot, le choix de tous les démocrates djiboutiens, qu’ils soient opposants ou membres de la société civile. Je félicite les jeunes comme les moins jeunes, les filles comme les garçons, les mères comme les pères de famille. Je félicite tous les quartiers, toutes les localités et toutes les villes. Je félicite la diaspora djiboutienne, avec une mention particulière pour celle d’Europe et d’Amérique du Nord, qui a su se montrer à la hauteur de son devoir citoyen.

Je souligne ensuite la portée historique du moment que nous vivons. Moment historique, dis-je. Il l’est en effet. Par l’ampleur de la mobilisation populaire. Par le triomphe électoral que, en dépit des fraudes massives, le peuple a accordé à la liste USN aux législatives du 22 février 2013. Par la détermination de ce même peuple à faire respecter son choix démocratique de l’USN en disant Non au hold-up électoral perpétré par le régime. Trois mois après ce jour du 22 février 2013, le peuple demeure debout, mobilisé et décidé à faire advenir le changement démocratique : à l’USN, il a donné 80% des sièges, soit 52 députés; par l’USN, il entend être représenté à l’Assemblée nationale. D’où la proclamation de la victoire USN et l’installation de l’Assemblée nationale légitime (ANL). ANL contre ANA (Assemblée nationale auto-proclamée). La vérité des urnes contre la volonté du prince. La démocratie contre la dictature. Le peuple contre le prince. C’est un phénomène sans précédent dans l’histoire de la République de Djibouti dont l’issue doit être le triomphe de la vérité puisque telle est la volonté du peuple souverain et source de tout pouvoir dans ce pays (Article 4 de notre Constitution).

J’observe que ce combat entre vérité et vol, entre légitimité et auto-proclamation, prend le régime et son chef au dépourvu. En 36 ans d’exercice autoritaire du pouvoir d’État, ces gouvernants ont développé une culture de facilité fondée sur le maniement de la répression et de la peur. De sorte qu’ils n’ont pas pris la mesure du mouvement de fond qui, après le 18 février 2011, s’est à nouveau exprimé le 22 février 2013. Aussi ont-ils appuyé, comme d’ordinaire, sur le bouton répressif, empli geôles et prisons. Ils ont arrêté dirigeants et non-dirigeants dont plusieurs (parmi lesquels les cheiks Abdourahman Souleiman Bachir, Abdourhaman Barkad God et Guireh Meidal Guelleh) croupissent encore à la prison centrale de Gabode où moi-même ai croupi trois fois depuis mon retour d’exil le 13 janvier 2013. Ils ont attendu que la mobilisation s’essouffle comme après le 18 février 2011. En vain. Si le mois de février entre dans l’histoire nationale comme celui de l’expression populaire contre la dictature et pour la démocratie, ses effets se révèlent plus durables en 2013 qu’en 2011. Et pour cause, puisque le peuple et l’Opposition ont tiré les leçons d’un février à l’autre. L’un de ces effets marquants est la place dominante des jeunes et des femmes dans la mobilisation populaire. Désormais, la mère et sa progéniture, largement majoritaires dans ce pays, puisque les jeunes représentent à eux seuls plus de 70% de la population générale, communient dans la lutte pour le changement démocratique. C’est une évolution notable qui en rappelle une autre, celle qui a abouti à la conquête de l’Indépendance. Il y a un parfum des années 1974, 1975 et 1976 qui ont accéléré la fin de la période coloniale et permis la proclamation de l’Indépendance le 27 Juin 1977. Je ne peux me retenir de dire BRAVO aux jeunes et aux mères de famille pour leur rôle décisif dans la mobilisation nationale en cours. Sans oublier les pères qui ne déméritent pas, loin s’en faut.

Mes très chers concitoyens, ce qui se joue, je ne vous apprends rien, ce n’est pas une simple lutte pour le pouvoir, il ne s’agit pas de remplacer Ali ou Madina par Omar ou Fatouma. Ce qui se joue, c’est notre salut national. Il s’agit de reconquérir la maitrise de notre destin collectif pour co-construire une vie nationale harmonieuse. Dès lors, toutes les Djiboutiennes et tous les Djiboutiens sont concernés par le combat en cours. C’est leur combat. D’où notre appel à celles et ceux qui n’ont pas encore franchi le pas, qu’ils se situent en dehors de la sphère politique, ou du côté du pouvoir en place, qu’ils soient en uniforme ou civils : nous les exhortons à ne pas manquer l’histoire en marche et à rejoindre la mobilisation nationale, chacun à sa manière, chacun selon ses possibilités. N’hésitez pas. N’ayez pas peur. Ne pensez pas qu’il soit trop tard pour vous d’agir. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. A cet égard, je lance un appel appuyé aux chefs policiers, gendarmes et militaires afin qu’ils prennent la mesure de ce moment historique. Hissez-vous hors de la routine quotidienne, des réflexes d’obéissance aveugle que l’on a ancrés en vous et des petits calculs personnels. Prenez du recul. Réfléchissez à tête reposée. Apprenez de l’Histoire et de ses nécessités. Préférez l’éternel (le bien) à l’éphémère (les éventuelles petites faveurs du prince). Préférez la dignité à l’humiliation. Relevez la tête. Vous ne le regretterez pas.

Très chers compatriotes, nous avons beaucoup accompli. A l’horizon, point la lueur d’une nouvelle ère, celle que nous attendons depuis si longtemps. Continuons d’avancer, unis, inébranlables et imaginativement combatifs.

Je voudrais clore ce modeste mot par une pensée pour nos détenus politiques de Gabode, pour Bachir, God, Guireh et tous les autres, ainsi que pour tous les humains (d’ici et d’ailleurs) qui souffrent de maladie, de malheur ou de misère. Je leur souhaite une prompte fin de l’épreuve endurée. Du reste, je renouvelle notre exigence de libération de tous nos détenus politiques.

La lutte continue. Le peuple vaincra.

Daher Ahmed Farah (DAF), président du MRD et porte-parole de l’USN

Djibouti, le 19 mai 2013.

 

 

Djibouti: Répression et profanation de mosquées

Par notre correspondant à Djibouti Warehayee Hadjinabaad

Répression d’une marche de protestation pacifique à Djibouti

Fort de l’appui de la police du zélé Abdillahi Abdi et de son acolyte Hassan Gacanlo, le régime a fini par adopter la méthode forte.

IOG et sa clique semblent, bel et bien décider d’en finir, et très vite avec ce mouvement de protestation qui dure depuis maintenant plus de 3 mois.

Aujourd’hui, vendredi 31 Mai 2013, des centaines de policiers ont pris le contrôle de la mosquée AL-RAHMA (quartier Gachamaleh), épicentre du mouvement de contestation comme en témoigne les photos et vidéos publiées sur les réseaux sociaux (https://www.facebook.com/pages/Union-pour-le-Salut-National-USN/160093767475493).

A l‘instant même où les manifestants se sont regroupés et aux premiers chants classiques de « CADAALAD BAN DONEYNA DOULMIKA DIDEYNA », les forces de l’ordre chargent et les tirs se font entendre.

Les policiers venus à bord de véhicules de transports de troupes et des bus, ont lancé des dizaines de grenades lacrymogènes (buckshots) sur les manifestants qui, tous les vendredis se retrouvent à Gachamaleh pour faire entendre leurs voix depuis le 22 février 2013.

Les explosions des bombes lacrymogènes ont provoqué irritations des yeux, écoulement du nez, sensation d’étouffement et c’est ainsi que les scènes de panique n’ont pas tardé à se manifester suite à l’attitude menaçante de la police qui n’a cessé d’intimider, d’harceler armes aux poings, et de passer à tabac les manifestants.

Non loin de la mosquée, un haut gradé de la police à la moustache « horizontale», taillée et coupée épais, coordonnait et dirigeait la répression depuis une voiture Terracan grise immatriculée 4707B tout fier de son talkie-walkie nouvelle génération.

Dans le mouvement de fuite qui s’en est déclenché, plusieurs personnes, surtout des femmes se sont retrouvées à terre, laissant tomber leurs châles, d’autres, les larmes aux yeux se sont retranchées dans la mosquée, espérant trouver refuge dans ce lieu sacré. Mais c’est méconnaître les « hommes en verts » sous les ordres et aux ordres de Abdillahi Abdi.

Ces hommes qui ne connaissent ni la sacralité des lieux de culte, ni le respect à leurs concitoyens entrent dans la mosquée, bottes aux pieds (voir les photos et vidéos dans les réseaux sociaux) et interpellent plusieurs manifestants au sein même de la même mosquée.

Parmi les personnalités arrêtées, se trouvent Sougueh Ahmed Robleh, député et Président du MoDeL (parti affilié à l’USN), et mis en garde à vue pour le troisième vendredi consécutif au poste de police du quartier HAYABLEH (commune de Balbala).

Cette force déployée aux abords de la mosquée et cette façon d’agir n’est autre qu’un bras de fer entamé avec le peuple. Cela ne fait que durcir la répression et acculer les manifestants dans leur dernier retranchement.

Les Djiboutiens ont rendez-vous avec l’histoire pour exclure définitivement ce régime et ces institutions corrompus (à l’image du conseil constitutionnel qui a validé ce hold-up électoral du 22 février 2013). L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs et c’est au peuple Djiboutien d’écrire la sienne.

Warehayee Hadjinabaad

 

Regain de violence à Djibouti

Sieurs Hassan Gacanlo et Abdillahi Abdi, un couple suicidaire

Les manœuvres de Hassan Gacanlo et de Abdillahi Abdi d’hier après-midi [vendredi 24 mai 2012, Ndr] à Arhiba ne laissent plus guère entrevoir une issue favorable à court terme de cette situation explosive postélectorale.

En effet, après que ce régime réactionnaire ait estimé que ce mouvement populaire finirait par s’essouffler, s’épuiser et peut-être même disparaître avec le temps ;

Après que l’USN ait gagné la guerre de communication à travers ces campagnes d’informations, à travers les sorties médiatiques en grandes pompes de la diaspora djiboutienne (France, Belgique, Suède, UK, Canada, …) qui ne cessent de s’intensifier ;

Après que les initiatives solidaires aient fleuri un peu partout, ici ou ailleurs, et cela, malgré la propagande de la RTD [radio/télédiffusion de la dictature, Ndr], qui en permanence, continue d’abreuver la population d’une campagne anti USN déguisée, tel un disque rayé mais qui n’accroche aucun Djiboutien à l’ère du high-tech ;

Après voir proposé des pourparlers « bidons » sur les antennes de la BBC somali, voici que IOG vient de trancher en lançant ces hommes de mains derrière les leaders de l’USN et leurs militants. Ces mêmes hommes qui ont toujours et depuis longtemps effectué « le sale boulot ».

Point de discussions, point de sortie de crise et point d’apaisement ! Au contraire, les vieilles méthodes lapidaires refont surface et les hommes pour les exécuter avec.

Ces Messieurs, en l’occurrence, sieurs Hassan Gacanlo et Abdillahi Abdi, au passé sulfureux, et au regard de la carrière trouble de ces gugusse formés aux méthodes crapuleuses du SDS, ne pouvaient proposer rien d’autre comme stratégie que la basse besogne à laquelle ils nous ont toujours habitués.

S’infiltrer, désinformer, armer, soulever les paisibles citoyens les uns contre les autres, attiser la haine tribale au moyen de liasses de billets, de promesses jamais tenues ; voilà ce à quoi ils excellent par excellence. C’est pourquoi, d’ailleurs, nous avons aujourd’hui, une puissante élite à tous les niveaux, qui fonctionne comme une mafia organisée.

Les faits sont là ! Aussi concrètes que l’on ne peut d’aucune façon en faire abstraction. Les événements d’hier après-midi sont le dernier avatar d’une série d’assauts sans précédents pour tenter de casser l’élan donné par les députés et les leaders de l’USN au travail de proximité effectué avec les différents quartiers de la ville.

Ce «baltagia » d’un nouveau genre (il s’agit de l’utilisation d’une seule et même famille composée de 7 personnes) témoigne de la peur et de la cacophonie qui règnent aux plus hautes instances de ce pays mais consolide aussi l’idée selon laquelle aucune stratégie de sortie de crise n’a été élaborée si ce n’est le tâtonnement et le copié-collé de ces méthodes qui n’ont malheureusement (enfin, heureusement pour nous) pas portées leur fruits.

Demandez sieurs Gacanlo et Abdillahi Abdi à Moubarack et à Ben Ali, les idoles de votre gourou ! Ils vous en conteront de bien belles choses ! Et il serait instructif pour vous de connaître l’histoire.

Quant à nos leaders et députés USN, il est de votre devoir de renforcer la détermination des masses populaires afin qu’elle reste intact et inébranlable en dépit de toutes les manipulations, toutes les terreurs et toutes les atrocités de tout genre planifiés par ces deux énergumènes et exécutés par ces hommes et femmes en mission, telle la famille « BISSASSE » hier à Arhiba.

Restez solidaire car c’est la seule arme et faites-en bon usage !

La lutte continue.

Warehayee Hadjinabad.

 

Abdillahi Adaweh Mireh trucide la dictature djiboutienne

Entretien M. Abdillahi Adaweh Mireh, secrétaire général de Model

Doctorant et titulaire d’un DEA de philosophie, il a été professeur de philosophie. Abdillahi Adaweh un homme discret, connu et apprécié de tous a acquis une vaste expérience dans le secteur de la formation et de l’Education nationale, respectivement comme enseignant du primaire puis du secondaire et enfin comme inspecteur. Directeur de l’Institut National d’Administration publique… il avait décidé de s’engager en politique en contribuant à la création du parti Model non légalisé mais membre de la coalition de l’opposition USN. Nous l’avons interrogé en sa qualité de secrétaire général de ce jeune et dynamique parti qui suscite beaucoup de questionnements.

Le Temps : En quoi la crise actuelle que traverse notre pays rappelle-t-elle précisément celle au début des années 90 après la chute du mur de Berlin ?

Abdillahi  Adaweh  Mireh (AAM) : Il me semble que beaucoup de choses ont changé ces dernières années, la démocratie et l’Etat de droit gagne du terrain, je pense que nous sommes  à un tournant dans l’histoire de notre pays. Notre pays doit changer, et doit changer dans le sens de plus de démocratie, plus de transparence et plus de respect des partis politique d’opposition. Il faut comprendre que les opposants sont utiles au pays, contrairement à ce que l’on dit, ce sont avant tout des citoyens qui désirent servir leur pays avec loyauté et abnégation, je pense qu’ils méritent un meilleur traitement.

Le Temps : Pourquoi un parti aussi structuré que le Model et jouissant au moins d’une base populaire n’a pas été légalisé ?

AAM : MoDel est un parti comme vous le dites si bien,  structuré avec une base solide, le 30 novembre 2012 nous avons déposé le dossier de légalisation. Ce dossier a été rejeté par le ministère sur la base en gros d’une enquête diligentée par la police et le refus de reconnaitre unilatéralement aux personnalités qui ont parrainé le parti la qualité de caution morale.  Après ce rejet nous avons fait appel devant  la cour suprême, qui à son tour a rejeté notre demande pour un motif lié dit-on à une question de dépôt de mémoire ampliatif à l’appui de la requête. Nous ne sommes naturellement pas satisfaits de ces rejets et nous continuerons à épuiser toutes les voies légales de recours pour faire valoir notre droit constitutionnel de fonder librement un parti politique. La liberté d’association étant un droit garanti par la constitution nous laissons l’histoire et le peuple  djiboutien juger ce refus qui n’est pas justifié et justifiable.

Le Temps : Pour expliquer son refus de légalisation le gouvernement a laissé courir des rumeurs selon lesquelles le Model compose avec la donne salafiste régionale voire même internationale, qu’est ce qui explique une telle diabolisation ?

AAM : (Rire) Sincèrement est-ce que j’ai « une gueule » de salafiste ou de terroriste ?

Le Temps : Non on sait qu’il faut juste trouver un argument pour rejeter votre demande.

AAM : Bon dans ce cas pourquoi créer un problème qui n’existe pas pour justifier cet abus d’autorité ? C’est pourquoi l’idéal serait de poser cette question au gouvernement, mais model n’a jamais composé avec aucune force extérieur qu’elle soit régional ou international, model désire servir avec loyauté et justice les citoyens  Djiboutiens quel que soit leur religion et leur appartenance politique, pour notre parti l’intérêt du peuple djiboutien passe avant toute autre chose.

Le Temps : Aujourd’hui, on dirait que le Model est tiraillé entre son adhésion au processus démocratique et la rumeur de son attachement à ses dogmes, est ce que vous pouvez nous dire davantage sur ce que le philosophe croit et quels sont  les fondamentaux auxquels le Model est cramponnés ?

AAM : Vous savez, il y’a ce que vous êtes réellement et ce que les autres croient que vous êtes, le parti model n’a jamais dit qu’il était un parti islamiste, dans aucun de nos documents il n’est mentionné que nous allons instaurer la charia, d’ailleurs, la Constitution l’interdit, on ne peut pas crée un parti qui représente une confession, qu’il s’agissent de l’islam ou des autres religions, donc nous n’avons jamais compris pourquoi cette étiquette d’islam nous colle à la peau.   Il est vrai que des religieux connus et respectés dans le pays font partie des  fondateurs du parti, mais je pense que les religieux sont des citoyens comme nous tous, ils ont le droit d’adhérer à un parti comme nous tous, pourquoi n’auraient-ils  pas ce droit ? Est-ce que cela veut dire que si un religieux ou deux sont membres d’un parti, alors tout le parti est islamiste.  Si par islamiste, on entend que la grande majorité des membres fondateurs du parti sont musulmans, c’est tout à fait vrai, nous sommes musulmans et nous le revendiquons, nous n’avons pas honte de notre religion, mais en revanche si par islamiste on entend mouvement radical, ce n’est pas vrai nous n’avons jamais été des radicaux, et nous ne le serons jamais. Je comprends pourquoi les gens ont une certaine crainte, vu tout ce qui se passe dans le monde et à coté de nous en somali, il y a une forte crainte des mouvements radicaux, mais notre parti n’a rien à voir avec ces mouvements radicaux.  Nous pensons que les  3 oulémas, considérés comme des extrémistes, font partie des religieux qui ont toujours combattus l’intégrisme et le radicalisme islamiste.  Nous pensons même que si notre pays a échappé au radicalisme de tout bord, c’est grâce à eux, d’ailleurs nous leur rendons hommage pour leur engagement en faveur de la modération et le refus de tomber dans l’extrémisme.  Il me semble que si  l’on désire comprendre réellement la philosophie d’un parti politique, il faut s’intéresser à ces documents fondamentaux comme le statut, c’est sur ce document qu’il faut juger un parti et non sur ce que l’on dit.  Et pour finir, je crois devoir rappeler que ce n’est pas le Model mais l’UMP qui a rajouté à l’article premier de la Constitution que l’Islam est la Religion de l’État. Est-ce que pour autant on dit de l’UMP que c’est une coalition islamiste, salafiste ou de je ne sais quelle autre idéologie radicale. Non alors que tout le monde sait que ce rajout visait à aguicher les voies des citoyens sensibles aux questions religieuses.  Pour fermer cette petite parenthèse, je pense qu’il faut que ceux qui ont vocation à faire de la politique acceptent que l’engagement politique mérite sincérité et honnête intellectuelle.

Le Temps : Est-ce que votre mouvement se revendique de l’islam politique en comparaison à ceux de la démocratie chrétienne dans l’Europe de la fin du XIXe et début du XXe siècle et à ceux de la Turquie, d’Indonésie, du Maroc… et à ce titre vous souhaiteriez vous soumettre à la dialectique électorale de la victoire et de l’échec ?

AAM : La population Djiboutienne se revendique dans sa grande majorité de la religion islamique, nous faisons parti de cette grande majorité, qui appartient à l’islam et notre appartenance à cette grande religion qu’est l’islam est profonde. Cependant, nous sommes avant tout,  un parti politique qui se veut républicain et laïque, nous n’avons aucunement l’intention d’instaurer la Charia, ni de couper la main aux voleurs, et d’ailleurs la diversité des membres fondateurs en témoigne, dans notre parti vous trouver   des personnes cultivés formé en occident, les  cadres de la fonction publique et établissements publics et privés, mais aussi, des simples agents, des mères de famille, des jeunes et des plus âgés. Tout cette diversité est réuni pour une seule et unique raison, défendre la justice, la liberté et maintenir la stabilité de ce merveilleux pays envié par tous les habitants de notre sous-région.  Les membres fondateurs de notre parti est composé, de citoyens épris de justice, de liberté et de patriotisme.  Nous voulons instaurer une République démocratique, laïque  et respectueuse des droits humains et des valeurs profondes de notre société. Une République qui permet à tous ses enfants de s’épanouir, quel que soit sa religion, et son appartenance politique.

Le Temps : En vous posant la même question autrement, est-ce que vous pouvez succinctement nous dire le plus clairement possible ce qui peut être compris comme une divergence idéologique du Model avec la pensée traduisant les fondements basiques des Frères musulmans ?

AAM : Les frères musulmans ont fait un choix clair, celui d’un parti dont la mission première est d’instaurer un système politique basé sur l’islam, nous respectons ce choix. Mais nous ce que nous désirons c’est une république, une, indivisible, solidaire et respectueuse des droits fondamentaux de chacun.

Le Temps : En analysant les traits saillants de la crise post-électorale force est de constater qu’au sortir des élections le régime a fait du démantèlement du Model la première de ses priorités, qu’est-ce que le Model a bien pu faire de plus que les autres partis de la coalition USN ?

AAM : Nous nous posons tous cette question, mais nous n’avons malheureusement pas la réponse. Nous pensons avoir  cependant quelques idées sur cet acharnement contre le model :   Est-ce l’assise populaire, l’intégrité de ses membres, son rôle dans l’unification de l’USN ou la nouvelle vision politique véhiculé par le MoDeL à Djibouti qui est prit en menace par le régime. Autant d’interrogations, mais nous n’avons malheureusement pas la réponse.

Le Temps : Si la crise perdure et qu’aucune sortie n’est trouvée, la question est de savoir jusqu’où l’USN va-t-elle aller et peut-t-elle aller ?

AAM : Je suis un homme  optimiste par nature, je crois qu’une solution va être trouvé, nous avons confiance à l’intelligence de nos dirigeants quel que soit leur appartenance politique. Il faut comprendre qu’un pays ne peut pas fonctionner si les béligérants ne font pas preuve d’un minimum du sens du compromis. En politique, il faut savoir négocier, la négociation est un moyen de sortir de l’impasse politique, de redonner de l’espoir au peuple djiboutien, loin de dégrader l’ouverture d’un dialogue grandi. Nul n’a intérêt à une dégradation de la situation.

Le Temps : Pensez-vous que le traitement violent du gouvernement de l’impasse succédant aux élections soit susceptible de changer le rapport de force en faveur de l’UMP ?

AAM : Les élections dans presque tous les pays en voie de développement sont des périodes à haut risque, il y’ a souvent beaucoup de violence. Ces élections à Djibouti n’ont pas fait exception, les forces de l’ordre justifiait les multiples répressions qui ont eu lieu par le maintien de la sécurité et la stabilité, est-ce vraiment pour cette raison ou est ce qu’il y a des raisons politiques ? Je pose la question, je n’ai pas la réponse.

Le Temps : Aujourd’hui ou demain, il y aura inévitablement un courant politique, pas force lié au Model, qui ira vers la pensée salafiste et un autre de religieux qui choisira de s’inscrire dans la démocratie et le modernisme, comme cela s’est passé en Turquie entre Erdogan et Erbakan, le Model quant à lui ira vers quelle direction ?

AAM : Model refuse par principe tout ce qui est extrémisme, notre parti désire servir les intérêts du peuple djiboutien. Nous sommes profondément démocrates et républicain et le peuple djiboutien l’a très bien compris, ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le peuple de Djibouti a beaucoup d’estime pour notre parti ; nous sommes l’avenir, nous représentons une autre façon de faire de la politique, nous représentons une nouvelle génération d’homme politique, loyaux et des grands serviteurs de la république. Nous pensons  que désormais il faut aborder la politique avec une nouvelle approche, une conception  qui place le citoyen au cœur des décisions de l’Etat.

Le Temps : Quelle est selon vous le but de la stratégie du gouvernement qui consiste à marginaliser les religieux de votre parti, c’est un clin d’œil aux non religieux pour les appeler à quitter le mouvement ?

AAM : Personnellement, je pense que model  a été créé à une période qui n’était pas la bonne, une période électorale, une période de tension, une période où les passions étaient    à leur comble. Je pense que si model était née, une année auparavant, la situation serait différente et le sort  qui a été réservé à notre parti serait aussi différent. Je pense que c’est plus la période plutôt que les idées véhiculés par le Model qui est en cause.

Entretien précédemment publié dans les pages du bimensuel Djiboutien  « Le Temps » n° 27 du 16 mai 2013, Djibouti. Avec l’aimable autorisation de la rédaction.

Abdourahman TX brave la dictature djiboutienne

L’actualité étant riche en événements politiques, Le Temps a eu un entretien exclusif avec le secrétaire général de la coalition de l’opposition ABDOURAHMAN MOHAMED GUELLEH (Abdourahman TX). L’entretien porte sur la crise politique, sur le parlement parallèle, sur le l’échec de l’esprit du dialogue politique proposé par l’USN.

Le Temps : Avant d’entamer le fil de l’interview exclusivement consacré sur l’état de l’opposition, un mot sur le coup de force du régime contre les élus locaux intervenu en mars 2013 ?

A.M.G : L’opinion nationale et le monde entier ont observé avec stupéfaction  les coups de force et le putsch du régime contre les institutions démocratiquement élus, contre le maire et son équipe, contre les présidents et les exécutifs des communes , contre la majorité du conseil de Djibouti remplacés, tous, par des marionnettes du régime. Pour sanctionner la pluralité et la liberté politique, la démocratie et l’alternance mal vécue en février 2012, le régime a jugé bon d’organiser des coups de force.  Mes amis et moi avons tiré de ce dictat un capital politique inimaginable parce que les fonctions que nous occupions sont des fonctions électives donc politiques. Je mesure, aujourd’hui, le cadeau du régime à mon action et  à ma personnalité politique. D’ailleurs, nous n’avions nullement l’intention de passer cinq  années sans aider la population, en restant les bras croisés et en s’offrant uniquement des sorties télévisées en compagnie des membres du gouvernement qui aiment s’afficher au petit écran pour faire semblant de travailler, de montrer à leur patron.

Et, je profite de votre tribune pour remercier la population Djiboutienne qui partage avec nous cette joie d’avoir honoré nos engagements politiques. En rejoignant les forces du changement et de la démocratie, nous avons pris position contre le mensonge, la démagogie, l’appauvrissement du peuple, l’injustice et le népotisme. Bref, nous avons librement choisi notre camp, celui du peuple et de la sincérité politique.

Le Temps : Quel est votre esprit en ces moments de crise politique postélectorale sans précédent ?

A.M.G : Inquiet pour le pays. Comme l’ensemble de l’opposition et de tous les Djiboutiens, je suis très inquiet de la grave situation politique, économique et sociale sans précédent que traverse notre pays. La Nation Djiboutienne est au bord de l’implosion parce que rien ne va plus. On a l’impression que l’avion n’a plus de pilote, que la conduite du pays est en pilotage automatique, que la raison et la conscience politique font énormément défaut. Des réelles inquiétudes partagées par tout le monde y compris par des proches et des collaborateurs du régime. Il faut être insensé pour ne pas tirer cette conclusion politique.

Le Temps : L’opposition a publié des résolutions relatives à une assemblée nationale parallèle ? Sa séance inaugurale s’est tenue lundi 30 avril 2013. Cet acte politique n’est-il pas un danger pour l’avenir et l’existence du pays ?

A.M.G : A ma connaissance, le peuple a massivement voté pour la coalition de l’opposition qui a présenté des candidats sous la bannière de l’Union pour le Salut National. Là où RADD avait fait ses preuves face à l’UMP aux récentes élections municipales de 2012, le contraire avec l’USN, en défaite, n’est que de la poudre aux yeux. Personne n’est dupe pour confirmer une victoire de l’UMP. Le peuple a sévèrement sanctionné la politique de la prétendue majorité au pouvoir. Le danger vient du régime et de sa méthode de gérer la crise politique postélectorale. L’USN mène une lutte non violente  et pacifique contrairement au régime qui utilise la force, la répression et la violence politique.

Le Temps : L’opposition a proposé le 24 avril 2013 une offre de dialogue politique au pouvoir. Vous affirmez que le régime l’aurait rejeté alors que le porte-parole du gouvernement, ministre des affaires étrangères, avance le contraire.

A.M.G : Les Djiboutiens et l’opinion internationale sont surpris par cette attitude et cette intransigeance du président de la république qui se fait passer pour un homme de dialogue, d’ouverture et de l’unité. Par ce rejet de l’offre de dialogue politique de l’opposition en vue de sauver ensemble un pays plongé dans une grave crise politique postélectorale, le président de la république, à travers son porte-parole, vient de démentir ce dont il a inlassablement revendiqué : favoriser le dialogue national inconditionnel qui puise ses valeurs dans nos cultures traditionnelles et  musulmanes. Est-ce l’usure du pouvoir ou  un orgueil déplacé ? Est-ce un aveu d’impuissance ou de manque de courage  politique ? Ou simplement, le président de la république prend à la légère la conséquence d’une  crise politique   considérant qu’elle ne l’interpelle pas du tout?

Quel que soit la raison avancée, et malgré le désaccord publiquement affiché de certaines personnalités éminentes du  régime à la réaction de leur chef, aucune force politique et aucune personnalité politique ne peut ignorer une offre de dialogue politique du moment que la situation du pays l’exige. La preuve, le ministre des affaires étrangères et porte-parole du gouvernement MAHAMOUD ALI YOUSSOUF a personnalisé le National, l’offre du dialogue national en tentant de contourner l’opinion nationale et la communauté internationale en s’adressant non pas à l’Union de l’opposition mais à un seul homme au demeurant fort respectable, AHMED YOUSSOUF HOUMED. C’est une manière de fuir la vérité et la réalité. Chose révolue à l’heure d’internet et des nouvelles technologies. Autre temps, autre mœurs. Tout le monde a compris. Aujourd’hui, le président de l’USN AHMED YOUSSOUF HOUMED incarne l’unité nationale et le changement pour lesquels  a massivement voté le peuple djiboutien.

Dans cette offre de dialogue, l’USN  a assumé ses responsabilités politiques. Le régime privilégie à tort  la force et la répression, la fuite en avant. Mais faut-il rappeler, dans l’Histoire, ici et ailleurs, que ni la volonté du peuple ni la résistance pacifique n’ont jamais abdiqué face aux pressions et aux répressions des régimes autoritaires.

Le Temps : Le pouvoir a accepté le dialogue politique à condition que les élus USN siègent à l’assemblée nationale….et en considérant ces élus comme seuls partenaires au dialogue.

A.M.G : Il ne s’agit pas de confrontations d’arguments et de points de vue subjectifs sur une banale histoire ou un quelconque fais divers.  Il est question de sauver un pays au bord de l’abime politique, économique et sociale. Ce n’est pas au gouvernement de dicter la feuille de route du dialogue avec des conditions préétablies. Et il n’est ni question de siéger ni de reconnaitre l’assemblée fantôme non élue par le peuple. L’USN, en proposant l’offre de dialogue, a décidé de faire preuve de courage, de responsabilité, de maturité politique, de sagesse et en plaçant les intérêts du pays au-dessus de toute autre considération et sans conditions préalables. C’est une preuve de sincérité et de patriotisme de la part de l’opposition  face à l’autisme du régime qui  reste prisonnier d’un carcan politique dépassé.

Le Temps : L’opposition a entamé une tournée auprès des chancelleries étrangères .Quelle est l’objectif  de cette tournée ?

A.M.G : L’opposition Djiboutienne unie sous la bannière de l’USN  est une organisation politique légalement constituée, ayant gagné les dernières élections législatives du 22 février 2013 et  engagée à la conquête du pouvoir par les urnes en vue de proposer un programme crédible et une alternance démocratique. Elle joue pleinement le rôle qui est le sien. Cette prise de contact et cette tournée auprès des organisations internationales accréditées en république de Djibouti  n’est qu’une action parmi  les actions politiques quotidiennes de l’USN.

Le Temps : Selon la rumeur publique, la délégation de l’opposition dont vous faisiez parties a été arrêtée et fouillée à la fin de votre entrevue avec l’ambassadrice américaine. Qu’en est-il ?

A.M.G : J’ai honte pour mon pays. Et c’est très grave. Effectivement, en plein parking, dans le périmètre de l’ambassade, nous avons croisé un important dispositif policier. C’était impressionnant à voir, avec une caméra vidéo qui filmait la sortie de la délégation. La police nous a arrêtés et fouillés. Notre activité n’avait rien d’illégale. Je le répète, l’opposition est une organisation politique légalement engagée pour la conquête du pouvoir. Elle peut être, demain, par alternance pacifique et démocratique, aux commandes du pays. Il est tout à fait normal qu’elle expose ses points de vue aux amis de Djibouti. Pourquoi cette panique ?

Le Temps : DAHER AHMED FARAH, le porte-parole de l’USN et président du MRD vient  d’être arrêté de nouveau et emprisonné à Gabode. Comment expliquez-vous cette énième  détention.

A.M.G : Nous  dénonçons fortement cet acharnement politique contre un leader politique de l’opposition parce que, tout simplement, il dérange le pouvoir. Nous observons une situation inédite de déni de  justice en république de Djibouti. C’est la plus grave affaire judiciaire jamais observée. L’arrêt de la cour d’appel  cassée et annulé par la cour suprême est foulé aux pieds par le régime pour la simple raison de mettre un leader politique qui dérange le pouvoir derrière les barreaux. C’est la preuve d’un acharnement politique mesquin, une flagrante injustice, une violation des droits humains. Mais DAF n’est pas prêt à renoncer, fidèle à ses principes,  à son engagement politique au service du pays et du peuple.

Je salue, également, le moral d’acier des autres démocrates et oulémas injustement détenus à la sinistre prison de Gabode à savoir ABDOURAHMAN BACHIR, ABDOURAHMAN GOD et GUIRREH MEIDAL. Nos courageux détenus politiques expriment leur attachement au changement et à l’idéal démocratiques. Ils continuent sereinement à dénoncer, à l’intérieur de la prison, par des méditations, des prières, des veillées nocturnes, des Dou ’A  la souffrance du peuple et  l’injustice.

Le Temps : L’opposition Djiboutienne a nommé ABDOURAHMAN BOREH, représentant itinérant auprès des organisations internationales. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

A.M.G : ABDOURAHMAN BOREH est un homme politique djiboutien en exil, un membre de l’opposition Djiboutienne. Tout le monde le connait. Il a beaucoup fait pour ce pays contrairement à ce que racontent ses détracteurs politiques. Ce sont  ses qualités et son engagement politique qui ont motivé sa nomination au poste hautement important d’ambassadeur itinérant de l’USN à l’extérieur. Et, je suis convaincu qu’il pourra aisément les mettre au service du changement et de l’alternance démocratique  engagés par la coalition de l’opposition.

A l’instar d’ABDOURAHMAN BOREH, L’opposition Djiboutienne se réjouit de compter parmi ses rangs toutes les personnalités politiques éprises de changement et  de progrès. D’ailleurs, toute la diaspora Djiboutienne, sans aucune distinction, est mobilisée pour la lutte pacifique que mène le peuple djiboutien contre le régime autoritaire. Je leur rends un hommage.

Le Temps : Un dernier mot ou un message ?

A.M.G : J’appelle tous les Djiboutiens engagés en politiques se sentant toujours utiles pour le pays et pour l’avenir de la nation Djiboutienne de nous rejoindre pour le combat politique démocratique et pour la résistance pacifique.  Qu’ils nous rejoignent dans ce combat qu’ils ont toujours mené avec force et conviction.

Quant aux autres qui s’apprêtent à s’engager en politique, nous les encourageons à rejoindre les forces libres et démocratiques, l’opposition Djiboutienne.

Enfin, je salue le travail  de presse libre de votre journal qui intervient dans un paysage médiatique verrouillé par le pouvoir. La preuve, le ministre des affaires étrangères a jugé utile de faire lire, lundi 30 avril 2013, par les medias du régime uniquement la  lettre gouvernementale et non celle de l’opposition. Un pouvoir allergique à la liberté d’expression et politique.

Le Temps : Nous vous remercions pour l’interview.

A.M.G : C’est moi qui vous remercie.

Entretien précédemment publié dans les pages du bimensuel Djiboutien  « Le Temps » n° 26 du 2 mai 2013, Djibouti. Avec l’aimable autorisation de la rédaction.