Assassinat de Laurent-Désiré Kabila: Calvaire d’un condamné à mort!

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jacquesmatand


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Douze ans après la mort du président Laurent-Désiré Kabila, assassiné le 16 janvier 2001 par son garde du corps dans son bureau à Kinshasa, République démocratique du Congo, des zones d’ombres persistent sur cette affaire d’état qui n’a pas encore révélé tout ses secrets. Les années s’écoulent et le mystère reste entier sur les vrais initiateurs de l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila et qui en tire profit.

Juste après cet assassinat, une vague d’arrestations et rafles s’en est suivie. Militaires, agents de renseignement et civils se sont retrouvés dans le grand filet sécuritaire déployé pour traquer les complices. Au total, il y aura plus d’une centaine de prévenus, parmi eux, près de 80 condamnés et une cinquantaine des condamnés à mort. Certains sont toujours au Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK). Marc Antoine Vumilia était parmi les condamnés à mort, incarcéré dix jours après l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, soit le 26 janvier 2001.

Depuis son exil, il nous a accordé une interview poignante sur ses conditions de détention et les tortures subies. Il n’a rien perdu des souvenirs de cette parenthèse douloureuse de sa vie. Dix ans d’emprisonnement.

Pourquoi vous a-t-on arrêté?

Je travaillais dans le renseignement au moment de l’assassinat du président Laurent-Désiré Kabila. Bien avant, des rumeurs circulaient sur un éventuel assassinat du Président. Cela créait un climat malsain et une suspicion entre les Katangais (les ressortissants de la province du Katanga autour de LD Kabila) et les Kivutiens (ressortissants des provinces du Kivu). Après la mort du Président, les doutes se sont tournés vers les Kivutiens. Selon le procureur de la République, il allait de soi qu’après la mise à mort de Masasu, le compagnon d’armes de Kabila, ses proches, ressortissants du Kivu se seraient vengés à titre posthume. C’est comme ça que je me suis retrouvé dans le lot. Aussi, le pouvoir qui manquait des personnes à se mettre sous la main avait une certaine pression. Il devait faire de son mieux pour calmer l’opinion nationale et dire que: voilà, nous avons arrêté les assassins du Président. Il fallait que le pouvoir en place prouve qu’il faisait quelque chose.

Vous n’avez pas eu peur d’être présenté au procès comme l’un de ceux qui avaient attenté à la vie de Laurent-Désiré Kabila?

J’étais et je suis innocent dans cette affaire. Je n’en savais rien. J’avais confiance en la justice et croyais en ma libération. Mais cela n’a pas été le cas. On a assisté à une parodie de justice. Pendant le procès, le rôle de chacun dans cet assassinat n’a pas été défini. Qui avait fait quoi? Cela n’a pas été dit. Jusqu’à aujourd’hui, je ne sais pas dire ce qui m’a été reproché et pourquoi j’ai été arrêté. Selon l’acte d’accusation présenté par la Procureur Alamba, moi et d’autres codétenus étions accusés d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Voilà ce que je sais.

Qui a alors tué Laurent-Désiré Kabila?

Je ne le sais toujours pas après toutes ces années de détention. Si je le savais, je l’aurais dit franchement pour épargner aux autres les tortures. Même parmi mes anciens codétenus, personne ne le sait.

Quelles ont été vos conditions de détention, parce que vous parlez de torture?

Des conditions inhumaines, infrahumaines. Des conditions que je ne peux pas souhaiter, même, à mon pire ennemi. Nous vivions dans ces cellules exigües et dans la promiscuité. Nous faisions nos besoins sur place (urine et matière fécale). Imaginez l’odeur, sans hygiène et les transpirations. Horrible! Imaginez que nous sommes restés pendant une année sans voir la lumière. On nous torturait avec des pinces mécaniques qui tenaient vos pénis, certaines personnes avaient les tendons tailladés. D’autres étaient jetées contre les murs en ayant les mains et les pieds attachés dans le dos. Tout cela, pour que nous puissions dire la vérité. Ne sachant rien de la vérité sur qui a tué LD Kabila, certaines personnes qui n’ont pas résisté et supporté la torture sont mortes. J’en ai vu entre quatre et cinq, de ceux qui étaient dans ma cellule. D’autres prisonniers se trouvaient dans d’autres cellules.

Quelles idées vous traversaient l’esprit pendant votre détention?

(Marc Antoine Vumilia retient son souffle, silence. Sa voix tremble avant qu’il ne réponde, tout ému, au bord des larmes.) N’oubliez pas que vous parler à un condamné à mort! J’ai tenté de me suicider plusieurs fois. Mais, j’ai aussi pensé à mes deux enfants qui risquaient de grandir sans leur père. Je me suis dit que je ne devais pas leur priver de ma présence. J’ai pensé à Dieu. Et c’est cette foi qui m’a permis de garder le moral, même quand le désespoir me prenait. Je me disais qu’il me fallait vivre pour raconter ce que j’ai vécu. En prison ou en liberté, je voulais témoigner. C’est comme ça que j’ai pris le risque de témoigner dans le documentaire Meurtre à Kinshasa. Qui a tué Laurent-Désiré Kabila. Depuis ma cellule, je racontais ce que je savais et vivais. Tout en sachant que l’on me surprenait, c’était fini pour moi.

Et après toutes ces années de privation de liberté et tout ce que j’ai vécu, on n’est plus la même personne à sa sortie. Mon couple a été brisé. Je venais à peine de me marier.

Avec le recul quelle lecture faites-vous du meurtre de Laurent-Désiré Kabila?

Je crois qu’il y a eu un complot dans lequel il y aurait probablement l’ombre du Rwanda, du Rassemblement congolais pour la démocratie (parti politique d’opposition), des Etats-unis et de l’homme d’affaire Bilal Héritier. De manière vraisemblable, Rachidi aurait été la main agissante. Seulement, Eddy Kapend n’était pas attendu dans cette affaire. Le fait qu’il ait abattu Rachidi a changé la donne et les complices de Rachidi ont été perturbées par cet incident.

Les doutes planent toujours, même au sujet de la version officielle de l’assassinat du président LD Kabila. Certains éléments de l’enquête remettraient en cause la thèse de tirs à bout portant. Selon le médecin légiste, il n’est pas exclu que Rachidi eût tiré sur un homme déjà mort. D’après l’expert en balistique, un corps atteint par trois balles de 9 mm à bout portant ne pouvait pas se retrouver dans la position «tranquillement» assise tel qu’on a trouvé M’zée.

Déguisé en femme, Marc-Antoine Vumulia s’évade de la prison de Makala (le Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK) le 1er août 2010. Depuis son exil, il tente de se reconstruire et d’exorciser ses peines. Il se consacre au théâtre et à l’écriture. Je suis comme un enfant qui apprend tout et découvre tout. Je réapprends à vivre et à faire confiance, conclut-il.

Jacques Matand’

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