Pourquoi John Numbi ne comparaîtra pas?

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jacquesmatand


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Malgré l’insistance des avocats des parties civiles dans le procès en appel de Floribert Chebeya, défenseur des droits de l’homme assassiné en juin 2010, l’ancien chef de la police congolaise, le général John Numbi ne comparaîtra pas devant la Haute Cour militaire. Pressenti comme l’un de principal suspect dans cette affaire, il ne sera pas entendu comme témoin ni comme suspect. Une décision qui surprend malgré le fait que la Haute Cour militaire avait compétence de le juger.

Le général John Numbi, ancien inspecteur général de la police nationale congolaise ne sera pas jugé dans l’affaire Floribert Chebeya. Ce défenseur congolais des droits de l’homme et président de l’association de défense des droits de l’homme la Voix des sans voix (VSV) a été assassiné en 2010. Le 23 octobre, la Haute cour militaire de République démocratique du Congo, qui avait pourtant les qualités pour juger un général 3 étoiles a décidé de ne pas voir le général John Numbi à la barre.

En première instance il avait été entendu comme simple renseignant. Les parties civiles voulaient qu’il soit entendu comme prévenu ou comme suspect. Elles devront encore attendre. Et cette décision de la justice congolaise ressemble à un coup de massue.

Dans les dédales de la justice congolaise, il est difficile d’entrevoir en ce moment une issue dans cette affaire qui a tout d’une affaire d’Etat.

Ils ne seront jamais en paix

Cette décision tombe bien évidemment après le témoignage accablant d’un policier en fuite.

Pour l’épouse de Floribert Chebeya, l’esprit de son mari tourmenterait encore ceux qui seraient impliqués dans son assassinat.

«Celui qui a été dans la complicité de la mort de mon mari, ne connaîtra jamais la paix. Celui qui a été impliqué dans l’assassinat de mon mari Floribert Chebeya, son esprit ne laissera aucune de ces personnes tranquilles», déclare Annie Chebeya, la veuve de Floribert Chebeya.

Après le procès en première instance ouvert en novembre 2010 et le procès en appel de juin 2012, le témoignage du policier en fuite Paul Mwilambwe en ce mois d’octobre semble relever d’un cas de conscience et relance les interrogations sur ce procès qui piétine.

En appel, les membres de l’ONG VSV et la famille de Floribert Chebeya s’attendaient à voir le général John Numbi, inspecteur général de la police au moment des faits, suspendu depuis, se présenter à la barre pour être jugé conformément à la loi, confie la VSV. Il n’en sera rien.

Floribert Chebeya cagoulé

Dans un entretien accordé à RFI, «Paul Mwilambwe, le policier congolais, affirme avoir assisté au meurtre de Floribert Chebeya». «Il affirme également que le commanditaire de l’assassinat était le général John Numbi, chef de la police à l’époque».

Depuis son lieu de refuge, Paul Mwilambwe, décrit la scène d’étouffement à laquelle il a assisté grâce aux caméras de vidéo surveillance de son bureau.

«…Chebeya a été cagoulé, au niveau de la réception, a-t-il raconté à Rfi. Sous mon bureau, il y a une caméra de surveillance et cette caméra capte à partir de mon bureau jusqu’à 50, 100 mètres. Alors lorsqu’on a fait le mouvement de prendre Chebeya brusquement, la caméra a sonné.

En regardant cette caméra, je vois le major Christian et quelques éléments de la police cagouler Chebeya avec les sachets Viva (ndlr: des sacs plastiques de la marque Viva). Et on a commencé à les scotcher. Et c’est ce qui m’a incité à quitter mon bureau et à descendre voir ce qui se passe», affirme le policier en fuite.

Une déclaration très mal accueillie par les autorités de Kinshasa, d’autant qu’elle est tombée quelques jours après la tenue du XIV sommet de la Francophonie qui s’est tenu à dans la capitale congolaise du 12 au 14 octobre. Une coïncidence qui fait croire au pouvoir de la République démocratique du Congo que c’est un récit arrangé, surtout qu’il met en cause Joseph Kabila, Président de la RDC.

Pour Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais et ministre de la Communication, ce fameux témoin gênant qui ne se confie pas à la justice, qui fuit la justice de son pays, qui ne se confie qu’à des médias français, est assez suspect après ce qui s’est passé au sommet de la Francophonie. Il n’a pas entendu le général donner des ordres. Il n’a pas vu le général Numbi. Il aurait vu quelqu’un qui aurait vu le général Numbi, qui aurait dit que le président Kabila aurait donné les ordres», a réagi le Ministre congolais.

Curieusement, dans le film L’affaire Chebeya, Un crime d’Etat, du réalisateur belge Thierry Michel, l’avocat général qui parlait au nom du Ministère public a décrit la même scène que le policier en fuite.

Une source proche du dossier raconte que, «vu le déroulement de ce procès, les personnes impliquées dans cette affaire de l’assassinat de Floribert Chebeya, bénéficie des protections en haut lieu».

Madame Annie Chebeya a aussi la même lecture. «Lorsque je pense à ce qui s’est passé dans le procès en première instance et les réponses des prévenus, ils s’étaient comportés comme si de rien n’était. On dirait qu’ils se savaient protégés par le Président de la République. Si tel n’était pas le cas, pourquoi John Numbi n’a pas été arrêté en ce moment-là et qu’il ne comparait pas aujourd’hui?» s’interroge la veuve de Floribert Chebeya.

Jacques Matand’

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