La chronique foot (4) : Mario Balotelli, la saga continue…

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Que serait le football européen sans Mario Balotelli? Ah, ce monde peuplé de joueurs policés, spécialisés en communication à deux sous, incapables de laisser transparaître la moindre opinion? Ah, ces propos insipides d’après-match ou ces tweets à l’eau tiède. Tout va bien, on va essayer de faire mieux, je crois qu’on a tout essayé, tout va bien avec le coach, On a eu des ‘opportchunités’…

Avec Mario, c’est autre chose. Esclandres, excentricités, débordements (sur et hors du terrain…), buts immanquables ratés, buts impossibles marqués, jets de fléchettes contres les jeunes de son club, virée dans un club de strip-tease, : on ne s’ennuie jamais avec l’enfant de Brescia. Avec lui, le footballeur redevient homme et vivant, loin de l’uniformisation en place depuis le début des années 1990.

Certes, les choses se gâtent pour lui. Expulsé dimanche dernier pendant le match contre Arsenal (vainqueur 1 à 0), Mario Balotelli devrait ne plus jouer d’ici la fin de la saison. Son entraîneur, Roberto Mancini, qui en a vu de belles et des pas mûres depuis le début de la saison (on pense à Balotelli face aux buts vides, qui préfère se retourner et essayer de marquer du talon – ce qui lui a valu d’être remplacé immédiatement…), a décidé de se passer de lui. Plus grave encore, Balotelli pourrait ne pas participer à l’Euro 2012 alors que la planète foot se faisait une joie de le voir évoluer à haut niveau. La décision n’est pas encore prise mais les anti-Balotelli sont nombreux en Italie et mettent en garde le sélectionneur Cesare Prandelli (lui-même très sourcilleux sur les questions de discipline) sur ce que pourrait coûter un carton rouge à la Squadra.

A suivre donc. En attendant d’en savoir plus, on peut lire l’excellent portrait de Balotelli publié par le mensuel So Foot d’avril 2012. On y découvre l’histoire d’un enfant né dans une famille ghanéenne, confié à une famille italienne (qui ne l’a pas adopté, Mario ayant pris le nom de Balotelli à ses dix-huit ans), et effrayé à l’idée de devoir partir en Afrique. Un enfant mal dans sa peau, en quête de reconnaissance dès son plus jeune âge avec un « sens exacerbé de la compétition« . Un surdoué qui n’a jamais cessé de mettre le souk dans le vestiaire et de s’empoigner avec ses partenaires ou entraîneurs dont son coéquipier Yaya Touré ou encore son compatriote-boucher Materazzi ou le très spécial Mourinho. Un joueur persuadé qu’il marquera un jour un but en finale de la Coupe du monde et qui risque de manquer aux supporters de Manchester City, toujours prompts à adopter « les personnalités rebelles et charismatiques« .

Terminons par cette anecdote rapportée par So Foot. Extrait :

« A Noël dernier, plutôt que de se payer un réveillon de nouveau riche, Mario Balotelli s’est rendu dans la petite église de Saint John, à Chorlton, un quartier de Manchester. Assis dans sa nef, deux mois plus tard, le father Mac Mahon confirme la rencontre. « Il était au fond, sage, avec sa copine et un autre couple.  Je crois qu’avec lui, ce n’est pas ce que tu reçois mais ce que tu donnes », dit le prêtre. Balotelli a-t-il profité de l’occasion pour se confesser ? « Non, non. » Une pause. « Il faut qu’il garde le diable en lui. »

No comment…

Akram Belkaïd

 

 

Quand Ben Ali refusait la grâce à des islamistes condamnés à mort

Voici un article datant d’octobre 1991 à propos de la Tunisie. C’est la période où le régime de Ben Ali applique les premières exécutions de militants islamistes d’Ennahdha.

 

Tunisie

Le Quotidien d’Algérie, 21 octobre 1991

La récente décision prise par le président Benali de ne pas gracier les trois condamnés à mort appartenant à la mouvance islamiste prouve à souhait que le gouvernement tunisien entend ne céder ni aux pressions ni à la violence. Mais, plus que tout, c’est une nouvelle étape qui a été franchie dans la lutte, désormais sans merci, entre autorités et mouvements intégristes. Pour l’heure, l’avantage semble être du côté du pouvoir en place. Emprisonnés ou en exil, obligés de vivre dans la clandestinité, les militants d’Ennahdha adoptent un profil bas, laissant passer la tornade des arrestations consécutives à la découverte d’un complot contre le président Benali. Les détails concernant la préparation de l’attentat ont, semble-t-il tout autant ému l’opinion publique que lorsque les locaux du RCD (parti au pouvoir) avaient été incendiés en février dernier, incendie au cours duquel, rappelons-le, un gardien avait été brulé vif. C’est d’ailleurs cet acte condamnable qui a valu la peine de mort aux islamistes. De nombreuses manifestations de soutien ont donc été organisées à travers tout le pays et la quasi-totalité des partis politiques d’opposition ont fait bloc derrière le président.
Une unanimité totale mais qui n’en reste pas moins sans grand impact sur la vie réelle de la société. Car, à l’image des autres nations maghrébines, voire même arabes, la Tunisie traverse l’une des plus difficiles périodes depuis son indépendance. Régression de l’agriculture, baisse des réserves hydrauliques, problèmes énergétiques et chutes des revenus liés au tourisme (Guerre du Golfe oblige !) sont autant de poids qui font craquer le pays de toutes parts, lézardant ainsi un édifice que Bourguiba avait de son temps réussi tant bien que mal à stabiliser. De nombreuses voix commencent à s’élever en dehors de l’activisme religieux, pour dénoncer pêle-mêle la bureaucratie régnante, les inégalités sociales et la cherté de la vie. Au milieu estudiantin, éternel contestataire, s’ajoute la grogne des travailleurs agricoles et d’une bonne partie de la classe moyenne désireuse d’améliorer son train de vie.
Cette perte du pouvoir d’achat, les abus constatés ça et là font que la Tunisie vit sur une poudrière même si l’explosion ne peut-être envisagée qu’à longue échéance. Encore faudrait-il que s’installe une véritable ouverture démocratique réclamée sans cesse par la ligue locale des droits de l’homme. Il appartient donc au gouvernement Benali de démocratiser. D’ouvrir afin de prendre de vitesse tous les types d’activisme. C’est là un scénario presque dicté par la logique que nous Algériens connaissons bien. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que nos deux pays font l’objet d’une attention particulière de la part d’observateurs étrangers, notamment d’Europe du Sud, pour qui en règle générale, l’islamisme est un danger. Tous, en fait, attendent de savoir laquelle des deux politiques sera payante. En premier lieu, l’ouverture démocratique totale, du moins officielle, avec autorisation des partis politiques islamiques (cas de l’Algérie qui a donné son agrément au FIS et cela au grand dam de la Tunisie). La seconde alternative consistant quant à elle à adopter la stratégie qui a toujours été celle de Bourguiba et que Benali a reprise à son compte, semble-t-il de manière forcée comme en témoigne ses gestes de clémence (à l’égard des islamistes) à son arrivée au pouvoir. Aucun dialogue donc et guerre totale jusqu’à ce que, la croissance économique aidant, les problèmes sociaux disparaissent en grande partie vidant du même coup les rangs des islamistes.
Les démarches sont, on le voit, totalement différentes mais le risque à terme est exactement le même pour toutes les deux. Que le scénario catastrophe, récession-crise-chômage, se perpétue et le Maghreb, du moins l’Algérie et la Tunisie, risquent à nouveau d’avoir à payer le prix du sang et du feu.
Belkaïd Akram

Journal d’une campagne (1) : Quand Merkel, Monti, Rajoy et Cameron défendent le statu quo en France

Les dirigeants allemands et ceux d’autres pays européens ont-ils décidé d’interférer dans la campagne électorale française ? Selon une information parue dans le Spiegel du 3 mars, la chancelière Angela Merkel se serait entendue avec le Président du conseil italien Mario Monti, le Chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy et le Premier ministre britannique David Cameron pour ne pas recevoir François Hollande, principal adversaire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle française. Certes, l’information a été démentie par le porte-parole de la chancellerie à Berlin mais de nombreux indices concordants tendent à confirmer qu’il n’y a pas de fumée sans feu. En effet, à ce jour, le candidat socialiste n’a été reçu par aucun de ces quatre dirigeants. De quoi faire jubiler le camp de Nicolas Sarkozy qui y voit la preuve du manque de stature internationale de François Hollande.

Une conclusion un peu légère (quelle était donc la stature internationale de Sarkozy en 2007 ?) qui élude l’essentiel à savoir que c’est bien la première fois depuis longtemps que des pays européens se mêlent de politique intérieure française. Même la perspective d’une élection de François Mitterrand en 1981 n’avait pas provoqué une telle position hostile. En forçant le trait, on pourrait même avancer que le quatuor Merkel-Monti-Rajoy-Cameron (MMRC) nous rejoue la grande coalition européenne contre la Révolution française ou contre Napoléon Bonaparte…

Bien sûr, ces quatre dirigeants peuvent arguer que Nicolas Sarkozy fait partie de leur famille politique et qu’ils n’ont aucune envie de soutenir ou d’aider son adversaire. Mais cela ne saurait excuser un parti-pris qui pourrait de peser lourd dans les relations de leurs pays avec la France si jamais Hollande est élu. Le moins que l’on puisse dire c’est que les MMRC ont pris le risque d’insulter l’avenir car il est évident que le socialiste, quoiqu’il prétende, n’oubliera pas facilement cette humiliation.

Le plus étonnant dans l’affaire, c’est qu’elle ne déclenche guère les passions en France. Il est vrai que la campagne électorale y est d’un niveau affligeant (halal, pas halal…) mais on aurait pu penser que ce genre d’interférence aurait passionné un pays qui est toujours attentif à ce que l’on pense de lui à l’étranger. Surtout, on se rend compte de l’absence d’analyses qui pourraient mieux éclairer la position des quatre dirigeants européens. Pourquoi un tel boycottage qui ne dit pas son nom ? Par solidarité conservatrice comme expliqué dans ce qui précède ? Parce que Sarkozy l’aurait demandé ? Par souci de ne pas faciliter une nouvelle révision des Traités européens que François Hollande veut modifier ? Ou bien, et c’est là où l’on aimerait que nos chers éditorialistes prennent quelques risques, parce que l’Allemagne comme l’Italie, l’Espagne ou la Grande-Bretagne ont tout intérêt à ce que Sarkozy soit réélu. Qu’il soit réélu parce que c’est là l’intérêt de ces pays qui – oublions un instant les discours lénifiant sur les solidarités entre Européens – ont tout à gagner de l’enlisement, pour ne pas dire de la régression, de la France depuis 2007.

Rappelons donc quelques vérités qui dérangent : l’Allemagne a renforcé son essor commercial au cours des dernières années en prenant des parts de marché à la France y compris en Europe. Pour elle, une France faible n’est pas une mauvaise nouvelle, bien au contraire. De son côté, l’Italie a tiré profit du marasme économique français pour redéployer ses exportations et trouver de nouveau débouchés à son industrie du nord. Quand à l’Espagne, elle est engagée dans une lutte d’influence importante avec la France au sud de la Méditerranée et sa diplomatie n’est pas fâchée de devoir relancer un dialogue euro-méditerranéen profondément altéré par les errements d’une Union pour la Méditerranée (UpM) pour le résultat (catastrophique) que l’on sait. Enfin, la Grande-Bretagne entend bien continuer à profiter de sa position à la fois « in » et « out » au sein de l’Union européenne (UE). Une position que ne cherche pas à lui contester Nicolas Sarkozy. Au final, on peut donc se demander si le boycottage de François Hollande ne relève pas d’un calcul plus subtil : faire en sorte que Sarkozy soit réélu pour que les choses continuent d’empirer en France. Au grand bénéfice des concurrents, pardon, des partenaires européens de la France…

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Etre Algérien Aujourd’hui

Humour :

C’est un document qui circule sur le net et qui se moque, gentiment des travers des Algériens. Le voici, légèrement remanié, avec quelques précisions.

 

- Tu es Algérien quand tu te crois plus intelligent que tout le monde, plus professionnel que Capello, plus beau que Tom Cruise, plus classe que Clooney, plus politicien que Mandela, et meilleur conducteur que  Schumacher !!!

Ce n’est pas tout, tu es Algérien (ne) si :

- Tu as une cicatrice de vaccin au bras gauche (BCG).

- Tu vérifies une bouteille de gaz avec la flamme d’un briquet sans  trouver cela dangereux.

- Il y a toujours un verre de plus sur le plateau pour thé ou café.

- Le  » lendemain  » est toujours le jour où tu veux tout faire.

- Tu arrêtes ta voiture 3 mètres après le feu rouge pour être sûr que tu  vas démarrer le premier, alors que tu démarres le dernier car tu ne  vois pas le feu passer au vert.

- Tu sors tes pulls et vestes dès que la température descend à moins de 25°.

- Tu dis ‘Chkoun’ (c’est qui ?) quand quelqu’un frappe chez toi et cela bien avant de te lever pour aller ouvrir.

- Et, si  quelqu’un te pose cette même question, tu réponds « Ana » (c’est moi).

- Il te faut trois ou quatre personnes pour te convaincre de rejoindre (lors d’un mariage)  la piste de danse, en te tirant les bras et en invoquant tous les saints et Lawlya (walis) du Maghreb,

- Et tu es Algérien, si, une fois sur la piste, tu ne veux plus t’ arrêter de danser, et que tu y restes jusqu’à la fin de la fête.

- Tu te mets au régime  en mettant de la saccharine dans le café tout en  engloutissant 3 millefeuilles.

- Ce n’est jamais de ta faute… mais celle des autres : le  train est parti sans toi, le bijou qui s’est « égaré », le vase qui est  tombé, Le PC qui a planté…

- Tu traverses la route en Superman, en plein feu vert, tout doucement, en fixant droit dans les yeux l’automobiliste… Une manière de lui dire : « si tu veux bousiller ta voiture, vas-y, rentre moi dedans».

- Tu es Algérien aussi quand tu trouves normal d’appeler à minuit et  dire à ton interlocuteur : « J’espère que je ne t’ai pas réveillé ? »

- Mais tu sais aussi que tu es Algérien(ne) quand tu ne tiens pas debout facilement, et qu’il te faut un mur, une voiture ou  n’importe quoi pour t’y adosser.

 

Tu es Algérien ou Algérienne si :

- Tu peux reconnaître tous les accents du pays. Si tu es de l’est, tu te moques des gens de l’ouest et  vice-versa, si tu es d’Alger, tu te moques de tout le monde.

- Tu appelles les amis de tes parents, ou les parents de tes amis, «  tonton » ou « tata » même s’ils ne sont pas de ta famille.

- Pour toi, Mohamed se dit Moh ou Moha et s’il y’en a 2, alors c’est Moha k’bir (le grand) et Moha s’ghir (le petit). Et s’il y en a un troisième, c’est Moha lakhor (l’autre).

- Tu manges TOUT avec du pain y compris le pain !

- Tu es trop fier pour accepter quelque chose sans payer ou être payé après avoir rendu service.

- Tu négocies jamais, tellement t’as du nif (du nez, fierté).

- Tu as algérianisé la langue française.

- Quand tu es en Algérie, tu dis « Quel pays! », mais quand tu es de retour au Canada (ou ailleurs notamment en France), tu pleures de nostalgie pendant 3 mois !

- Tu dis « ça va?!! » au moins 8 fois dans la même conversation

- A la fin  de la conversation, tu es au courant de tout ce qui se passe chez ton ami.

- Quand tu entends « one two three », tu ne peux pas t’empêcher de crier  « VIVA L’ALGERIE » !

- Même sans avoir vu le match en 1982, tu sais que l’Algérie a battu l’Allemagne tellement ton père t’a raconté ce match.

- Tu as toujours des frissons dans le dos lorsque tu écoutes pour la  centième fois Dahmen Elharachi chanter « Ya Rayah »

- Quand tu parles au téléphone, tu hurles dans le combiné, parce que ton  interlocuteur est loin.

- Tu passes ton temps à te plaindre de l’Algérie quand tu es avec des Algériens, mais tu ne supportes pas qu’un étranger fasse une remarque sur ton bled même si elle est vraie.

 

Enfin, (ma préférée) :

- Tu es Algérien aussi quand vous êtes plusieurs en voiture et que tout le monde se retourne lorsque le conducteur fait une marche arrière.

 

 

Algérie, janvier 1992 : Hocine Aït Ahmed dénonce le coup d’Etat et appelle à préserver la paix civile

Le contexte :

Fin janvier 1992. Les élections législatives qui ont vu la victoire du Front islamique du salut (FIS) au premier tour ont été annulées. Le président Chadli tandis que l’Assemblée sortante a été dissoute. Pour diriger le pays, un Haut Comité d’Etat (HCE) a été formé avec à sa tête Mohamed Boudiaf de retour au pays après un exil de près de vingt-neuf ans. Le pays commence à être gagné par la violence, notamment le vendredi après la grande prière où des sympathisants du FIS affrontent les forces de l’ordre. Des leaders du FIS, dont Abdelkader Hachani, sont arrêtés. Le HCE évoque la création d’un Conseil consultatif pour remplacer l’Assemblée sortante.

A la tête du Front des forces socialistes (FFS), Hocine Aït Ahmed réitère son rejet de l’interruption du processus électoral et propose une sortie de crise par l’élection d’une Assemblée constituante.

 

Entretien avec Hocine Aït-Ahmed : « La paix civile à tout prix ! »

Le Quotidien d’Algérie, vendredi 24 – samedi 25 janvier 1992

Propos recueillis par Akram Belkaïd

 

Le Quotidien d’Algérie.- Certaines rumeurs font état de contacts, voire de négociation en cours entre le Front des forces socialistes (FFS) et le Haut-Comité d’Etat (HCE).

Hocine Aït Ahmed.- Il n’y a vraiment aucun contact. Je déplore qu’aucune initiative n’ait été prise en ce sens. Nous avons l’impression que toutes les institutions qui vont être installées après ce coup d’Etat, qui lui-même est une violence, seront imposées comme des faits accomplis et cela, sans que l’on se soucie de l’avis des responsables politiques.

 

Vous pensez que l’on entre dans une ère de « faits accomplis » ou de décisions imposées ?

Mais nous ne sommes jamais sortis de cette ère ! Nous avons eu, par exemple, en août, une réunion gouvernements-partis politiques et nous avons donné notre avis sur plusieurs problèmes dont le mode de scrutin. Aucun n’a été retenu. Nous avions proposé la proportionnelle sur la base de la wilaya qui permet au parti d’avoir autant de sièges que de suffrages. Cela aurait évité la catastrophe du 26 décembre dernier. Le chef du gouvernement (Sid Ahmed Ghozali, ndla) a fait un compromis avec Belkhadem. Un compromis qui a facilité la candidature des indépendants et qui a en tout cas réussi à faire diminuer le nombre de circonscriptions où le FFS était le mieux implanté. C’est ainsi que nous avons été privés de 40 à 45 sièges. Aucune de nos propositions n’a été prise en compte. Evidemment, un coup d’Etat, il faut appeler les choses par leur nom, se passe de consultation. A part celle d’une catégorie de privilégiés que nous appelons désormais les « militaro-démocrates ». Ces gens ont appelé l’intervention de l’armée entre les deux tours en demandant l’annulation du second tour.

 

L’impact de votre marche du 2 janvier n’a-t-il pas été récupéré par ceux qui, justement, espéraient interrompre le processus électoral ?

Je ne le pense pas, car cette marche restera celle des vrais démocrates. Le FFS l’a organisée avec sérieux. Nous avons toujours joué la légalité et c’est vrai qu’il y a eu des tentatives de pénétration mais nous sommes intervenus pour enlever certaines banderoles et stopper des slogans contraires à l’esprit de la marche. Les gens qui ont marché l’ont fait contre l’Etat policier ou intégriste. Ils sont venus pour donner crédit à cette trouée stratégique de la démocratie face à deux orientations aussi négatives l’une que l’autre.

 

Mais quelle aurait été la stratégie du FFS en cas de majorité absolue du FIS après le second tour ?

Notre souci permanent est le changement radical du régime et cela de manière progressive. Ni par la violence, ni par la révolution mais grâce à un processus ordonné et avec la volonté de préserver la paix civile. Ces élections étaient l’occasion d’amorcer ce changement. Le premier tour a montré la victoire relative du FIS et surtout son recul par rapport aux municipales de juin 1990. Il fallait respecter la suite du processus électoral. Dans la pire des hypothèses la Constitution a quand même des garde-fous. Il fallait aller jusqu’au bout. C’était pour nous, en tant que parti sérieux, qui jouons l’option démocratique, la meilleure manière d’affaiblir le FIS en l’acculant à prendre le pouvoir tout en sauvegardant bien entendu les attributs de souveraineté qui sont la police et l’armée.

Pour le reste, je pense que l’épisode des municipales a démontré que sans programme et sans expérience de gestion, le FIS a fait la preuve de son incapacité. Il aurait perdu de son influence, et peut-être même que les courants contradictoires qui traversent son sommet auraient, à l’épreuve du pouvoir, provoqué son implosion. Ce qui nous importait, c’était de continuer dans la légalité électorale et constitutionnelle. Je pense que l’interruption du processus électoral constitue une catastrophe pour notre pays et un grand coup pour son renom à travers le monde.

 

Que pensez-vous de la situation actuelle ?

Aujourd’hui, je dois constater une chose. Il y a trop de manipulations des médias. On avance trop d’éléments sans savoir s’ils expriment la volonté des instigateurs du coup d’Etat, celle du HCE ou alors celle de certains notables de l’ancien régime. Nous ne savons rien. Il n’y a que des rumeurs. Nous attendons de voir. Mais ce qu’il faut constater et cela frappe l’opinion internationale, c’est qu’aucune garantie n’a été donnée sur l’avenir du pluralisme, des droits de l’homme et des libertés individuelles. Je crois avoir toujours dis que nous étions opposés à la répression. Nous sommes des démocrates qui défendrons une solution démocratique. Le problème de l’intégrisme ne peut être résolu que par la démocratie. Les mêmes causes vont engendrer les mêmes effets. La misère, le chômage, l’absence de lieux d’expression, autres que les mosquées, et le vide politique sont les vecteurs de l’intégrisme. La dictature ne va pas résoudre les problèmes sociaux et culturels. Combien même serait-elle une version moderniste du franquisme. Le courant intégriste risque d’être renforcé et on ne pourra pas le réduire par la force. Trois millions d’électeurs (qui ont voté pour le FIS, ndla), ce n’est pas rien. Jamais les Algériens ne se remettront au travail sans confiance et espoir. Le choix démocratique est la seule voie susceptible de leur redonner l’une et l’autre.

Les gens du pouvoir jouent sur les réflexes sécuritaires mais les crises multiples ne vont pas disparaître magiquement et les succès momentanés ne doivent pas faire illusion et l’esprit frondeur des Algériens risque de ressurgir de plus belle.

 

On parle beaucoup de dissolution du FIS et d’autodissolution du FLN.

Allez connaître les projets de gens passés maîtres dans l’art du double langage et de la désinformation. S’agit-il d’une vraie politique ou de manœuvres médiatiques à usage interne ou externe, ou encore de sondages d’opinion ? Force est de constater que cette forme de « boulitique » nous ramène en plein dans les années 1970 et aux traditions des polices politiques des pays de l’Est.

 

Vos rencontres avec le FIS et le FLN ont fait grand bruit.

En premier lieu, les faits. J’ai rencontré ces deux partis dans la volonté de désamorcer le recours à la violence. C’était à la veille des prières du vendredi. Il risquait d’y avoir des dérapages. Il fallait être vigilant et éviter que l’Algérie n’entre dans un cycle d’affrontements. Tels sont les faits ! Alors, comment a-t-on pu transformer cette obsession de la paix, qui ne souffre d’aucun préalable, en alliance ou « front » d’opposition ? J’en suis consterné. Est-ce dû à la perversion du matraquage médiatique ? Ou alors à une opposition à ce point dépolitisée et infantilisée qu’elle en oublie elle-même sa propre soif de paix et de tranquillité et de refus du sang versé ? Quant à la pseudo déstabilisation de la base (du FFS, ndla), le mensonge et la propagande n’ont fait que la galvaniser.

 

Au vu de la situation, ces contacts risquent alors d’avoir lieu chaque jeudi ?

Personne ne va nous dicter notre politique de contacts. Nous n’avons aucun préalable à des contacts pour le maintien et la sauvegarde de la paix civile ; ne pas nous imposer d’autres vues. Nos militants sont avertis des tentatives de manipulation. Nous sommes prêts à avoir des contacts tous azimuts quand nous voudrons, avec qui nous voudrons et au moment où nous le déciderons. Notre devise restera ni Etat policier ni République intégriste. La conviction que nous avons désormais est qu’un clan de l’ex-parti unique a pris le pouvoir, c’est cela qu’on veut banaliser en faisant oublier qu’il y a un coup d’Etat en focalisant l’opinion sur d’autres choses. En accusant par exemple certains partis mais ces techniques ne vont pas loin. Depuis deux ans, on ne cesse de nous accuser d’être alliés tantôt au FLN tantôt au FIS, tout en affirmant que nous faisons cavalier seul. Je le répète, il n’y a jamais eu, il n’y aura jamais d’alliances sur quelques problèmes que ce se soit.

 

Vos propos concernant « les montagnes » ont choqué.

Je sais que je suis dans le collimateur et on tentera de travestir et de transformer tout ce que je dirai y compris le langage de patriote et de démocrate que je ne cesse de tenir. Or, mes paroles étaient celles d’un Algérien qui n’acceptera des leçons de patriotisme de personne. A la question « l’Algérie sera-t-elle l’Iran ? » J’ai dit que tant que les intégristes sont implantés essentiellement dans les villes et qu’ils ne sont pas dans les montagnes, le rapport de force ne sera jamais en leur faveur. En clair, les montagnes sont pour moi le symbole de la liberté : l’épine dorsale de l’Unité nationale et je le souhaite, le garant pacifique du retour à la démocratie. Mon discours avait une double destination. Aux Algériens il disait : « Ne perdez pas espoir, ne démissionnez pas. » Il s’agissait d’empêcher que le syndrome de Munich ne se propage et c’était déjà le but de la marche du 2 janvier. Au monde extérieur, il affirmait « ayez confiance en l’Algérie ». Ce n’est pas un pays mineur. Il subit une épreuve difficile mais reprendra bientôt son véritable prodige et sa véritable dimension ?

 

Siègerez-vous au Conseil consultatif ?

Nous ne connaissons ni les prérogatives, ni le fonctionnement ni même la future composition de cet organisme. J’apprends par-ci par-là que des listes de personnalités circulent. Elles sont contradictoires et reflètent encore les jeux du pouvoir et des clans régionalistes à l’intérieur du pouvoir. De toute évidence nous ne soutenons ni institutions imposées ni faits accomplis.

 

Comment alors sortir de la crise actuelle ?

Notre Conseil national composé de 260 membres s’est réunit le jeudi 16 (janvier) et a proposé une sortie raisonnable de cette crise. En premier lieu, l’élection d’une Assemblée constituante à un moment où le régime ne dispose d’aucune légitimité et où je dirai que l’Algérie est en totale anticonstitutionnalité avec elle-même. En second lieu, la constitution d’un gouvernement provisoire en vue de préparer cette échéance constituante notamment par une loi électorale démocratique. Cela suppose que ce gouvernement soit composé de personnes intègres et non partisanes, ou alors qu’il soit de coalition mais cela doit résulter de larges consultations. Dans cette perspective une chose s’impose. La démission du gouvernement Ghozali dont la seule mission était d’organiser des élections propres, honnêtes et… formidables. Ce gouvernement n’a plus sa raison d’être puisque ni le Président de la République ni l’APN ne sont là pour lui demander des comptes. Telle est la sortie de crise que propose le FFS. Ce dernier ne veut rien imposer et il est prêt à discuter librement pour sortir de l’impasse mais il n’acceptera pas de compromissions aux dépens de l’avenir démocratique du pays.

 

Que pensez-vous de l’arrestation de Hachani ?

Il est difficile de le charger car il est déjà privé de sa liberté, mais je ne peux cautionner tout appel de nature à déstabiliser les institutions. L’Etat étant déjà lui-même fortement déstabilisé. Je suis un militant des droits de l’homme et je ne peux pas me taire sur les menaces qui pèsent sur la presse à la suite des arrestations qui viennent d’être opérées. Le code de l’information est déjà en lui-même un dispositif scélérat et que dire si la répression devait aggraver les phénomènes d’autocensure et de langue de bois qui gagnent les médias. On a observé que la sortie du communisme a été plus dure que la sortie du nazisme vers la démocratie. Et quel Algérien attaché au prestige de son pays et au bonheur de son peuple accepterait que l’Histoire puisse un jour juger la sortie du système algérien comme ayant été la plus pernicieuse ?

 

Propos recueillis par Akram Belkaïd

 

Algérie : Paysage d’après coup d’Etat (Février 1992)

Cet article a été publié en février 1992 dans le mensuel l’Autre Journal.

Le contexte : L’article a été rédigé sous forme de monologue quelques jours après l’interruption du processus électoral en Algérie. Annulation de la victoire du FIS au premier tour du scrutin, retour de Mohamed Boudiaf, premières violences, le pays entre alors dans une longue nuit.

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La voiture a du mal à démarrer. Peut-être la batterie. Les nuits sont glaciales et le réveil difficile. J’aime pourtant commencer le travail très tôt. Sept heures du matin. La ville dort encore et les premiers clients n’ont pas la force de parler politique. Il fut une époque où je roulais de nuit, mais trop de collègues ont été agressés ces derniers temps. Alger des années 1990 est avant tout celle de l’insécurité. Parfois en sortant de la maison je me demande comment j’en suis arrivé à faire ce métier. Cinquante-six ans et taxieur. Non, ne cherchez pas ce mot dans le dictionnaire, c’est nous, Algériens, qui l’avons inventé. D’abord l’essence pour la journée. La station d’Hussein-Dey est déjà ouverte. Cent cinquante dinars le plein : le prix de l’essence vient d’augmenter et Ghozali a annoncé que ce n’était pas fini. Un jeune, quinze ans tout au plus, me propose de nettoyer le pare-brise. En le voyant faire c’est le désastre de l’Algérie qui me transperce les yeux et le cœur. Une génération sacrifiée. Celle qui n’a rien et qui risque de ne jamais rien avoir. Celle que l’on chasse de l’école parce que pas de place. Celle qui fume du haschich le soir en pensant à l’oiseau qui sort de sa cage, celle aussi qui terrorise les pharmaciens et s’évade en avalant des neuroleptiques.
Il prend son temps et je n’ose pas le brusquer. C’est un enfant des émeutes du 5 octobre 1988 pour qui le respect de l’Etat n’existe pas. Comment lui en vouloir ? Leur en vouloir ? Dans la rue ou ailleurs, le regard pour l’aîné est dur, haineux. Reproches inconscients et base militante idéale pour le FIS (Front islamique du salut). « Alors El Hadj, tu as vu ? Ils nous encore menti hein ? Le FIS a gagné les élections et ces chiens ont éteint la lumière. » Je souris. Il y a quelques années, dans un match contre la Libye à Tripoli, les projecteurs du stade avaient été éteints et le terrain envahi quand l’Algérie menait. Depuis, éteindre la lumière veut dire être mauvais joueur, ne pas accepter la défaite. Mon sourire muet l’agace un peu. Paroles tranchantes : «  De toutes les façons c’est pas fini ! Tu vas voir ! Hachani va appeler au Djihad et ils vont même être obligés de libérer les cheikhs qui sont en prison. De toutes les façons on a déjà gagné parce que Chadli est parti… »
Ne rien dire, le laisser croire à cette maigre victoire. Bientôt, demain, il comprendra. J’aurais aimé lui faire laver toute la voiture. Les grandes coupures d’eau n’ont pas encore commencé mais cela ne saurait tarder. La sécheresse est là et l’été sera brûlant… En remontant sur Belcourt je passe devant la petite école où nous avions voté pour le premier tour. Oubliée l’ambiance de fête. Les gens surexcités. Quelque chose de nouveau qui chassait une monotonie sans autres lueurs que la télé et « La roue de la fortune ». Emotion. Les choses peuvent paraître simples, mais rendez-vous compte. Pour la première fois nous allions avoir des élections pluralistes et propres. Tout le monde l’avait promis. Chadli, Ghozali et même l’armée. Tout cela après les votes truqués des Français et les 99% de oui, version parti unique. Et puis petit à petit les choses ont commencé à virer. Le résultat, le choc et l’inquiétude. Cent-quatre vingt huit sièges pour le FIS, pour qui la majorité absolue ne serait plus qu’une formalité au second tour. La déroute du FLN (Front de libération nationale, quinze sièges), et le nombre incroyable des abstentionnistes. On a beaucoup parlé d’eux et des raisons qui les ont motivés à rester chez eux. Dialogue avec mon voisin au lendemain du départ de Chadli.
« Tu vois que j’ai eu raison de ne pas voter. La preuve ! Un coup pour rien. Les militaires vont sûrement annuler le second tour et il ne te restera plus qu’à ranger ta carte. » Il a eu raison. Mais tout ne s’est pas fait en un seul temps. D’abord la démission forcée de Chadli, ensuite un incroyable imbroglio constitutionnel qui fait que personne ne peut le remplacer. Tour de passe-passe. Le Haut Conseil de Sécurité qui existait simplement pour que le président puisse parfois le consulter prend les choses en main. Evidence, l’armée est derrière tout ça puisque l’homme fort du Conseil est le général Nezzar. La suite est connue. Une présidence à cinq, l’arrivée de Boudiaf et l’inquiétude pour demain. Mais le premier drame reste que ces élections ont eu, elles aussi, leur cortège de fraudes et de trucages. Cartes détournées ou jamais envoyées, bulletins falsifiés, tout le monde a triché, chacun à sa manière. On a peut-être voulu aller trop vite. Qui sait ?
Place du 1er mai. Celle où le FIS s’est battu avec l’armée au mois de juin dernier. Un vendeur de pièces détachées. Grands trafiquants. L’ampoule de veilleuse que je cherche depuis des mois est introuvable mais j’ai de la chance car le disque d’embrayage est disponible. Dix fois plus cher que dans un magasin d’Etat et pas de facture. Vente au noir et au diable les impôts et les contrôles. Je suis réticent. « Si c’est trop cher pour toi, tu n’es pas obligé de le prendre khô ! (frère). On l’a ramené de France. Neuf, et pas de la casse. A sept dinars pour un franc, tu peux faire tes comptes. » Le Patron est FIS et de mauvaise humeur. Mais ce qui arrive à l’Algérie et à son parti n’empêche pas les affaires de continuer. On imagine souvent que les islamistes algériens sont pauvres et révoltés. Cliché simpliste et fausse vérité. Les petits et les grands marchands ou affairistes le sont souvent. Ils rêvent tous d’un pays sans impôts autre que la zakkat (aumône), et de l’ultralibéralisme promis par les cheikhs.  Même Hachani, l’actuel numéro un du FIS, ne le cache pas : « Le libre commerce, le trabendo, ne mettent pas en péril l’activité économique du pays. Chacun doit être libre d’entreprendre… » Les syndicalistes, le FLN s’insurgent. Ils parlent d’économie de bazar et accusent les islamistes de vouloir transformer le pays en un gigantesque souk. Les jeunes n’en ont cure car pour eux le principe de vendre et d’acheter reste le plus attrayant.
Mon premier client est de ma génération. Chacun se pose la question de savoir à quel camp appartient l’autre. Une chose est certaine, il n’a pas voté FIS. « Vive l’armée ! Ce qui arrive est la meilleure des choses. Vous vous rendez compte où on allait ! Je préfère ça à la guerre civile. » L’arrivée au pouvoir du Haut Comité d’Etat, avec à sa tête Boudiaf, a soulagé la majorité silencieuse qui a parfois voté pour les islamistes et qui, une fois les résultats connus, a paniqué. Je lui parle démocratie, légalité. Il s’emporte. « Quelle est cette démocratie qui tue la démocratie ? Le FIS au pouvoir, c’est la fin des autres partis. C’est l’Iran ou le Soudan. Pas question de continuer comme ça ! ».
Hydra, le quartier des riches. La dame est très élégante. Ton autoritaire et direction Poirsson, un autre endroit huppé de la capitale.
Regards qui se croisent dans le rétroviseur. Elle est détendue. La tempête est passée. « Nos deux voitures sont en panne, vous parlez d’une malchance… » Relent d’arrivisme, d’argent trop vite et trop facilement gagné. Parmi ceux qui ont eu peur que le FIS n’arrive au pouvoir, il y a ces vautours haïssables à qui nous devons, pour partie, le succès des islamistes. Peur pour la villa et les privilèges. Peur que demain des comptes ne soient demandés. Cette fois encore l’armée et les démocrates sont allés au feu pour eux. « Heureusement qu’on a l’armée. Ça fait longtemps qu’ils auraient dû chasser Chadli et arrêter cette mascarade. » Belle reconnaissance ! La preuve aussi que la démocratie n’a pas plu à tous. Cette fange, ce peuple qui parle ! Et l’armée que personne n’aime ira faire le sale boulot. Que dire à cette dame ? Aucune envie de raconter. Le maquis de 1954 à 1962. A l’intérieur, loin des planqués des frontières qui violeront l’indépendance. Mon grade de lieutenant en 1967 et mon drame. Mon mauvais choix. Zbiri, sa tentative de coup d’Etat. L’échec, le tribunal militaire, la prison. Ensuite la reconversion forcée dans le commerce et pour finir le taxi. Le directoire d’aujourd’hui a des relents d’années Boumediene. L’armée présente, qui règne dans l’ombre, surveille et déplace les pauvres pantins. Une seule devise : Le pouvoir !
« Enfin, j’espère que le gouvernement va avoir le temps de travailler et de nous sortir de la crise pour que les choses évoluent. » Evoluent pour qui ? Les petits ? Peut-être, mais méfiance. Trop de gens tiennent encore au système et le volontarisme de Ghozali risque d’être peu payant. Paroles d’un jeune cadre après l’arrivée de Boudiaf : « Le processus démocratique est stoppé. Ceux qui ont eu peur du FIS ont eu raison. Mais le plus triste c’est que c’est à cause de cette peur que le système va continuer à exister. Et puis les gens ne vont plus croire à la démocratie. »
Le lycée Hassiba. Ma fille y enseigne. Quinze jours sans aucune nouvelle d’elle. Souvenir pénible. Le lendemain de la grande marche des démocrates, dispute avec son mari. Les mots durs n’arrivent pas à être oubliés. J’ai parlé démocratie, espoir. Réponses terribles :
« - Il n’y a que le FFS (Front des forces socialistes) d’Aït-Ahmed qui pourra barrer le chemin au FIS !
- Mais comment, puisque ton parti n’a que vingt-cinq sièges contre cent quatre-vingt huit ?
- Je ne parle pas du vote, mais des montagnes qui nous appartiennent. Vous savez très bien que chez nous, tout le monde est en train de s’armer. Si ça barde, on décrète l’autonomie.
- Oui, mais dans cette marche il y avait quand même des gens qui simplement ne veulent pas qu’on leur confisque leurs libertés. »
Comment lui expliquer que ces revendications identitaires ont toujours faussé le débat quand la passion soufflait ? Une marche d’existence. Pour dire aux intégristes qui rêvent du Soudan qu’il faudra compter avec tous ces gens et que notre sang sera le prix à payer. « Ceux qui ont marché avec nous et qui ne sont pas du FFS avaient tous une idée derrière la tête. » Vérité. Le FFS a joué la carte des légalistes. Accord pour le second tour. Appels masqués à l’affrontement. Les communistes se déchaînent, suivis par des démocrates qui n’ont nulle honte de leur score ridicule. Même le patronat et les syndicats, pour une fois d’accord, sont de la partie. « Il faut annuler les élections… Il faut éradiquer la gangrène islamiste… Il faut… Il faut… ». Sans être islamiste, comment ne pas réagir ? Une stupide levée de boucliers qui n’a fait du bien… qu’au FIS. On a donné à penser à la majorité silencieuse qu’on voulait voler sa victoire au « parti de Dieu », qui n’avait dès lors même plus besoin de faire campagne. Et la situation actuelle ne va rien changer.
« Vous allez à l’hôtel El Djazaïr ? » Un journaliste étranger. Un vrai. Il me parle. Pose des questions. L’envie de lui poser les miennes. Guerre du Golfe ? Vos mensonges et votre racisme à peine masqués ? Et ces bêtises que vous débitez sur l’Algérie dans vos journaux. Mais il n’y a pire aveugle que celui ne veut pas voir. A ces gens-là il faudra toujours des clichés et du sang.
Bab-el-Oued. Le fief du FIS. Le soir de la démission de Chadli, les gens étaient abasourdis. Très peu de signes de joie. Une victoire à la Pyrrhus. Paroles d’un barbu amer. « Ils nous ont eu. Ils l’ont fait démissionner au moment où nous allions gagner. Rien de mieux pour remettre les compteurs à zéro. Il va falloir tout recommencer. » Recommencer ? Campagnes, slogans. Les rumeurs parlent d’affrontements possibles. De dissolution du FIS. J’ai peur pour demain. En démissionnant, Chadli a pris une décision historique. La balle est dans le camp des islamistes. Vont-ils attendre la chimérique élection présidentielle ou porter le feu dans la rue ?
J’achète mes journaux au hasard des courses. Le petit kiosque du Clos-Salambier croule sous les titres. Choix difficile. Trop de rédactions ont appelé, parfois sans s’en rendre compte, au sang. D’autres ont essayé, tentent encore, de préserver la paix civile, alors que certains tournaient déjà… la gandoura. Prêts à baiser les pieds des futurs maîtres de la République islamique. Les gens, inquiets, lisent de plus en plus. Dans la rue j’entends « Constitution », « garant de la souveraineté », « AFP ». Chaque crise a ses bons côtés. Les murs sont couverts d’affiches. Vestiges d’un premier tour oublié. Cinquante-six partis au départ ! Résultat : trois seulement existent. FIS, FFS, FLN. Les trois fronts. Derrière, les mentions passables et les rachats. Probables outsiders de demain. Long travail à accomplir. Les autres islamistes. Nahda parfois plus FIS que le FIS. Hamas ou l’islamisme souriant version costard-cravate. Quelques « démocrates » à qui il reste à apprendre que la rue attend qu’on lui parle. Et puis, dans les profondeurs du classement, ceux que l’on devrait interdire d’examen.
« Tu te rends compte ! Tout l’argent que ces gens-là ont dépensé alors que la ville tombe en ruine. Pas un seul député et ils osent encore nous ennuyer avec leurs communiqués. Tiens, il y en a un qui n’a même pas eu cent voix et qui veut être président de la République. » Mégalomanie. Avant, chaque Algérien faisait et défaisait dans ses rêves l’équipe de foot. Aujourd’hui, chacun gouverne… Et d’ailleurs quelle élection présidentielle ? Le Haut Comité d’Etat peut siéger jusqu’à la fin du mandat de Chadli. Ghozali a au moins deux ans pour gagner son pari.
La route de l’aéroport. Encore un barrage. Partout dans le pays, aux carrefours, sur les places, la présence de le la gendarmerie, de la police et de l’armée. Herses, kalachnikovs, contrôles. Parfois des blindés veillent. Un état de siège sans l’atmosphère inquiète et folle de juin 1991. Encore un PV. Pas d’essuie-glace droit. Expliquer qu’on me l’a volé l’avant-veille et que, de toute façon, il ne sert à rien est la pire chose à faire. Nervosité et balle au canon. « Ils prennent leur revanche ; surtout les hamma-loulou (les policiers en uniforme). » Le client est jeune. Un trabendiste qui va sûrement aller sur Damas ou Barcelone acheter des fripes qu’il revendra cent fois leur prix. Les nouveaux businessmen algériens. Son idole ? Ali Benhadj, le cheikh emprisonné à Blida. « Tu sais ya baba (mon père), moi je crois que la djabha (le Front) va appeler au djihad. C’est avec les armes et le sang qu’on aura la République islamique. Le vote, la démocratie… dukhorti (mensonge), inventé par les gwars (Occidentaux). »
Terrible incertitude. La direction du FIS estime que le temps joue pour elle. Demain, dans deux ans, les responsables sont certains que les gens voteront la couleur verte. Pourtant, certains sont prêts à mourir. Eternel combat entre modérés et extrémistes. Sombre image. La base déborde la direction. La rue s’enflamme.
L’une des deux jeunes filles a le hidjab. Elle a voté FIS au grand dame de son amie qui l’accuse d’être aveugle et inconsciente. Les paroles de ma fille résonnent encore dans ma tête : « Bien sûr, le FIS ne te dérangera pas trop. Ce pays est déjà un pays d’hommes et il le sera encore plus. Mais moi ? Rentrer à la maison ? Cacher mon visage derrière une bâche noire ? Subir la morale à deux sous et ne pas sortir à cause du couvre-feu ? Et ma fille ? Ta petite-fille. Enfermés sa joie de vivre, son sourire ? » Vérité violente. Mais la conscience est parfois égoïste. Refoulement. Lâche abandon. Les deux clientes veulent aller à Riadh El Feth, le seul centre commercial de la capitale. A l’américaine. Don de Chadli que personne ne regrettera. Un pays à genoux. Les écoles détruites et l’éducation minée. La démocratie imposée par les morts d’Octobre et la haine du petit peuple. Paroles folles d’un imam pendant le ramadan : « ils seront tous jugés, y compris leur chef suprême… ».
L’homme n’a pas suffisamment d’argent. Trop chère la course. Les tarifs ont augmenté trois fois en un an. Il me parle du riz, de la farine et de la semoule qui manquent. De l’huile désormais hors de prix et du sucre à la couleur noire ? Que lui répondre ? Quel que soit le vainqueur de cette partie d’échec, il faudra penser à ceux qui, jour après jour, sombrent vers la pauvreté. Dieu merci ! Le policier ne m’a pas vu m’arrêter pour prendre cet autre client. Mais comment faire autrement ? Trop de monde et pas assez de bus. Dans les esprits, la situation politique encore et encore. « Moi j’ai rien compris. Hier c’était clair. Y avait le FIS d’un côté et le reste de l’autre. Aujourd’hui on nous ressort Boudiaf. Le FLN annonce qu’il est contre… le gouvernement. Et le FFS adopte la même position que le FIS. On est vraiment un pays de fous… ».
La victoire du FIS, la démission de Chadli et surtout l’intervention de l’armée ont mis bas les masques tout en déroutant la majorité. Le FLN ! Hier détesté, haï, car assimilé au pouvoir. L’occasion pour lui est unique. Chance de se démarquer de l’armée, de prouver que c’est elle qui a toujours gouverné et que le Front est désormais dans l’opposition. Grandes batailles en perspectives. « Dans l’opposition ? Ces ventres mous avec leurs cravates, leurs salaires scandaleux et leurs grosses voitures ! Mais ils ne sauront jamais ! ». Fin de journée. Je n’ai même pas eu le temps de manger. Conduire devient fatigant. Mais l’argent, toujours et encore. Aider mon fils dont le salaire d’architecte suffit à peine à le faire vivre. Aider…
La télé nous joue un vieil air. Les années 70. Chants patriotiques et images d’archives. Flash-back. 1956. Nous étions en repli dans les Aurès. Repos forcé en attendant les munitions et le bon vouloir de ceux de l’extérieur. La nouvelle de l’arrestation des cinq du FLN est tombée dans l’indifférence générale. Un fait comme les autres à peine commenté. La preuve que ceux qui nous dirigeaient chantaient déjà chacun son air en coulisse. Luttes d’influence. Envie de régner demain. Unanimité de façade qui préparait les maux de l’Algérie d’aujourd’hui. Souvenirs. La fureur du chef. « Personne ne les a mandatés pour aller voir le roi du Maroc. C’est à l’intérieur de décider. Ici les hommes meurent et eux ne pensent qu’à leur stature. »
Bouzareah. Immense bâtisse. Mon vieil ami du maquis n’est pas surpris de me voir. Colonel de l’armée de terre. Hier sous mes ordres sous le feu des Français, aujourd’hui maître dans l’ombre. Ma visite pour savoir. Comprendre. Quelques mots secs. Quelques phrases. « Il n’était pas question de laisser faire. L’armée en a assez de tirer sur les gens à cause des conneries de Chadli. Déjà en juin, j’étais d’avis de luis faire la peau. Te rends-tu compte ! Il était prêt à cohabiter avec le FIS et à signer leur lois. La guerre civile à coup sûr. Les montagnes kabyles qui s’enflamment, les démocrates qui bloquent la machine économique et les règlements de compte qui commencent. Même les élections étaient vérolées. Manipulations d’analphabètes et faux bulletins. Ghozali a désormais carte blanche pour faire démarrer le pays dans la bonne voie. »
Carte blanche… L’homme peut réussir. A moins que le système ne l’absorbe ou que les islamistes ne décident la guerre. Reste à savoir quel prix l’armée est prête à payer. L’Algérie ne sera jamais un pays comme les autres.
L’Autre Journal, Février 1992
Akram Belkaïd, à Alger

 

Petit précis de drague à l’algérienne

C’est un document comme il en circule des milliers sur internet mais je ne résiste pas au plaisir d’en livrer ici une libre traduction et adaptation. On doit ce texte à un internaute ayant pour pseudonyme «Provocateur». C’est un petit florilège de la drague à l’algérienne, «art qui n’est pas donné à tout le monde», insiste «Provocateur».

Voici donc les phrases que les draguilleros algériens lancent à celles qu’ils cherchent à pécho… (les mots en italiques sont prononcés en français à l’algérienne).

Des phrases et des arguments :

- Sœurette, t’as 5 minutes pour que je discute le coup avec toi pendant 10 minutes ?

- Sœurette quel dossier faut-il que je présente pour que tu m’acceptes ?

- Sœurette, j’dois chercher un serrurier pour qu’il me donne la clé de ton cœur.

- Sœurette, quand j’te vois, j’vois l’avounir

- Sœurette, je t’aime tout de suite

- Sœurette, j’vais te suivre jusqu’à chez toi et j’ramène ma mère et une bata paticherie (boîte de pâtisseries, c’est-à-dire le premier présent quand intervient la demande en mariage).

- Sœurette, tes yeux sont un aquarium.

- Tes yeux sont verts, ils ne sont pas encore cuits. (la couleur verte désigne ce qui n’est pas cuit).

- Laisse-moi une place dans ton cœur, même si je reste debout (allusion aux transports publics algériens où il est toujours difficile de trouver une place assise).

- Sœurette, tu as la belle zyeux

- Quand je te vois, mon cœur ivibri (il vibre).

- Le rêve de ma vie, parler à une fille comme toi.

- Sœurette, tes yeux sont un couché d’soleil, quand je te vois nabronzi (je bronze).

- Madomoiselle, Dieu t’a tout donné sauf mon numéro.

 

Que dire en certaine situations ?

- Si la jeune fille ignore le draguillero : Espèce d’ahurie, madamti (ma copine) est plus belle que toi. On dirait que t’as cru que c’était (ma drague) du sérieux. Tu ressembles au dernier épisode.

- Si la jeune fille porte du gris : tu es assorté (assortie) avec le goudroune (goudron).

- Si l’on croise deux jeunes filles, l’une maigre et l’autre un peu plus forte. On s’adresse à la deuxième en lui disant : flexe-lui un peu (cliquez ici pour en savoir plus sur le verbe flexer)

 

 

Algérie et victoire du FIS : un éditorial de janvier 1992

Le contexte :

Le 26 décembre 1991, le FIS remporte le premier tour des élections législatives algériennes. Dès lors, de nombreuses voix dans le camp des démocrates appellent à l’annulation du scrutin et pressent l’armée d’intervenir. Le 2 janvier, à l’appel de Hocine Aït Ahmed, leader du Front des forces socialistes (FFS), une marche des démocrates est organisée à Alger. Des dizaines de milliers d’Algériens vont y participer.

A l’époque, je suis journaliste au Quotidien d’Algérie, un journal d’expression française. Dans les jours qui ont précédé, le QA s’est distingué en publiant un droit de réponse de l’un des dirigeants du FIS à propos d’un article lui reprochant d’avoir annoncé que les Algériens devaient se préparer à changer leurs habitudes vestimentaires et culinaires. De même, le QA a aussi refusé de jouer le jeu de la diabolisation des islamistes. Une position qui lui a valu de nombreuses critiques.

Durant cette marche du 02 janvier 1992, j’ai été pris à partie par une femme, se présentant comme une démocrate et une militante. Mieux, une « intégriste de la démocratie ». Pour elle, le QA avait trahi ses lecteurs en donnant la parole aux islamistes. Cet article – conçu à l’origine comme étant une simple opinion – a été publié en une du journal sous forme d’éditorial.

 

A Madame la « Démocrate-Militante-Intégriste »

Le Quotidien d’Algérie, vendredi 3 – samedi 4 janvier 1992

 

Jeudi après-midi. La marche des démocrates bat son plein. L’appareil photo, le badge des journalistes attirent souvent le regard. Une dame bien mise de sa personne s’approche. Sourire, curiosité. « Quel journal ?… Quoi ? Le Quo-ti-dien !!! ». Réaction d’une violence inouïe. Inattendue. Des paroles à la limite de la correction. Sang-froid oublié, vernis qui éclate, vulgarité et postillons. Une simple goutte d’eau qui fait déborder le vase. Un vase empli par ceux qui aimeraient voir nos « unes », nos articles, appeler aussi au sang. Quelques lignes pour vous, pour eux. Pour comprendre, pour vous expliquer.

De notre métier de journaliste. Il est vrai que l’Algérie va mal, très mal. Des positions se prennent, des décisions arrivent. Chacun presse l’autre de choisir son camp. Attitude normale. Tous au sein de la rédaction avons choisi la nôtre. Et elle n’est pas neutre. En un mot, elle est pour la démocratie et l’Etat de droit. Pas au sens unilatéral. Longues discussions. Tchaqlalas interminables entre celui ou ceux du RCD, du FFS ou même du FIS. Aucune violence verbale, du moins pour le moment. Mais cette rédaction traitée de démagogue et de néo… fissiste a pour elle d’avoir choisi d’écrire avec sa tête plutôt qu’avec ses tripes. Il y va de la crédibilité d’une presse qui revendique la liberté. Nous pourrions hurler au loup avec les autres et mettre sur papier nos convictions politiques. Trop facile. Des faits réels, de la rigueur. Les sentiments ? Au placard ! Là est notre ligne et qu’importe les accusations de lâcheté parce que nous n’écrivons pas ce que d’autres, plus militants que professionnels, voudraient lire ici.

L’occasion est trop unique pour la gâcher. En dehors des journalistes partisans que nous comprenons, un journaliste indépendant est d’abord un journaliste avant d’être un journaliste d’opinion qu’il signe lui-même. Le problème de fond est de jeter un regard objectif sur l’état de la presse qui n’est que le produit du système, et d’œuvrer en sorte que demain, la presse partisane, publique ou privée, ne subisse pas la volonté d’un gouvernement majoritaire, quel qu’il soit. C’est l’une des questions les plus opportunes au moment où s’ouvrent les assises du secteur de l’information.

 

Du FIS, des élections, de demain. Une légalité s’assume. Un combat électoral aussi. Les démocrates pousse-au-crime ne sont pas plus enviables que ceux qu’ils dénonçaient précédemment. Nous savons qu’il en existe au sein des mouvements islamistes, FIS en tête. Il semblerait que le camp « d’en face » en soit désormais infesté. Nous refusons la logique d’affrontement car tout cela est contournable évitable. Demander avec force et violence l’annulation du second tour, voire même des élections et du processus démocratique, c’est faire campagne pour ceux que l’on dénonce. C’est surtout et avant tout faire basculer l’Algérie profonde dans le giron du FIS car, une fois encore, les cinq millions et demi de voix abstentionnistes ne sont acquises à personne mais iraient à coup sûr à celui qui réagira à une atteinte flagrante à l’Etat de droit. De la Hogra en somme.

Publier une mise au point ou un démenti est un acte professionnel qui ne saurait souffrir d’une quelconque discrimination politique. Cela donne d’autant plus de poids et de crédibilité que le FIS n’a jamais été ménagé ni par nos articles ni par nos commentaires et notre volonté de poursuivre dans cette voie, même si ce parti obtient le pouvoir. Rester journaliste jusqu’au bout. Voilà le pari et cela sans prendre en compte les menaces des uns et des autres, les intimidations et les coups de fils anonymes. Demain sera peut-être rude pour nous. Un dicton chilien désormais célèbre ne dit-il pas qu’une dictature supprime en premier lieu les journalistes avant de s’en prendre aux communistes ? Qu’importe, mais l’écrit restera celui de la raison.

De votre « militantisme ». Nous sommes jeunes. A peine aussi âgés que l’Algérie. La situation de notre pays est le résultat de votre « opposition » ou entrisme d’hier. Celui d’une génération qui soudain se réveille et croit faire oublier ses « dépantalonnades ». La mort a toujours été votre registre de commerce. La vie, vous nous en avez privée. Alors, ne vous servez plus d’Octobre, des martyrs et des jeunes… Cela il ne faudra jamais l’oublier. L’Algérie d’aujourd’hui, nous vous la devons, celle de demain nous la ferons ensemble !

Akram Belkaïd

 

La chronique foot (3): Le Qatar et le PSG: Fric, obscénité et… racisme?

Indécence et injustice… Voilà à quoi font penser les dernières nouvelles en provenance du Paris Saint-Germain (PSG). Commençons par l’indécence. Offrir 800.000 euros par mois à un pré-retraité comme David Beckham n’est rien d’autre qu’une immense obscénité en ces temps de crise. Pour qui vit en ce moment en France, et qui constate jour après jour à quel point le climat social est de plus en plus tendu (en attendant la vague de licenciements prévus pour le mois de janvier, c’est-à-dire après les fêtes de fin d’année), on se demande à quoi pensent les dirigeants qataris du club français quand ils s’engagent dans cette voie. Outre le fait que cela va certainement générer des jalousies en interne (bonjour, la gestion du vestiaire et des égos), le message à destination de l’opinion publique française est catastrophique. En gros, c’est «on a du fric et on le dépense comme on veut quitte à le jeter par la fenêtre.»

Une approche suicidaire pour ceux qui cherchent à «communiquer» pour promouvoir l’image du Qatar et à en faire une sorte de référence mondiale dans tous les niveaux, qu’ils soient sportifs, diplomatiques ou humanitaires. Bien entendu, on nous explique que Beckham va faire vendre des maillots et de la publicité et que tout cela n’est que du business. Mais qui peut bien croire cela? Les boutiques du PSG vont peut-être vendre des milliers de maillots floqués mais cela n’amortira jamais le coût salarial du joueur anglais. En réalité, ce qui intéresse les dirigeants qataris dans l’affaire, c’est de se payer des noms prestigieux. C’est, pour qui connaît le Golfe et les rivalités «testostéroniques» entre les monarchies pétrolières de cette région, affirmer que le Qatar peut rivaliser avec les très riches Emirats arabes unis qui, eux aussi, investissent à fonds perdus dans le football européen notamment anglais.

L’injustice réside quant à elle dans l’éviction de l’entraîneur Antoine Kombouaré alors que son club termine champion d’automne. Mais comment être surpris quand, justement, on connaît certaines mentalités dans le Golfe? L’été dernier, apprenant que le PSG venait d’être racheté par des investisseurs qataris, j’ai parié avec un ami que Kombouaré se ferait virer avant la fin 2011. J’y voyais deux raisons majeures. La première est liée au fait que, pour les Qataris, «Kombouaré, connaît pas». Pas assez bling-bling, le canaque aussi doué soit-il. Pas assez jet-set, pas assez renommé et certainement inconnu dans le Golfe. Il était donc évident qu’il allait leur falloir un autre nom. On parle aujourd’hui de Carlo Ancelotti que Leonardo, directeur sportif du PSG, aurait convaincu de reprendre les rennes du PSG (adieu l’idée d’un jeu parisien offensif…). Mais gageons que le feuilleton n’est pas terminé. Qui viendra après Ancelotti ? Je suis prêt à parier que les propriétaires du club pensent déjà à des noms encore plus prestigieux : Guardiola? Mourinho? Wenger? La suite nous le dira…

Venons-en, pour conclure, à la deuxième raison possible de l’éviction de Kombouaré. Des semaines et des semaines de rumeurs humiliantes, de propos déstabilisants: voilà quelle fut la chronique de son renvoi annoncé. En tant qu’auteur de ce papier, je sais que je marche sur des œufs en abordant ce sujet, mais je reste persuadé que jamais un entraîneur européen à la peau blanche n’aurait été traité comme vient de l’être le Canaque. On veut nous faire croire que c’est Leonardo seul qui renvoie Kombouaré. Je n’y crois pas un seul instant. Ses patrons qataris y sont certainement pour quelque chose. Pour des gens qui ne vivent que dans un référentiel bling-bling, un club prestigieux ne peut être entraîné par un homme de couleur, aussi compétent soit-il. Cette règle existe dans le Golfe, région où l’on sait comment sont (mal) traitées les personnes du sous-continent indien ou d’Afrique sub-saharienne. Dans ce qui est désormais l’affaire Kombouaré, il y a des relents de racisme – celui dont font, hélas, souvent preuve les Arabes à l’encontre des Noirs. Et si personne n’a envie d’en parler dans la grande famille du football français, c’est bien parce que les millions de gazodollars qui sont en train de se déverser faussent tout et font disparaître toute décence…

 

La chronique foot (2): Le football français est ennuyeux

Il paraît que David Beckham arrive au Paris Saint-Germain (PSG). Voilà une information qui, si elle est confirmée, va donner un peu d’intérêt au championnat de football français. Bien entendu, on peut se demander si l’arrivée du Spice Boy va servir à quelque chose sachant que l’ancienne vedette de Manchester United et du Real de Madrid est plutôt proche de la retraite sportive. Peut-être servira-t-il, comme cela se dit ici et là, à vendre quelques maillots floqués et d’autres babioles à son effigie. On espère toutefois le voir de temps à autre sur le terrain, car même vieilli, Beckham saura certainement donner un peu de passion à un football français qui en a bien besoin.

Disons-le sans précaution aucune. Le championnat de France de football est d’un ennui total. Regarder un match de Ligue 1, c’est être sûr de perdre son temps. Rien à voir avec la Ligua espagnole et encore moins avec le championnat anglais, et je ne parle pas uniquement des matchs vedette. C’est un fait, mieux vaux assister à un Newcastle – Wolverhampton  qu’à un PSG-Lille ou même à un OM-Lyon. Il y a bien longtemps que le foot français est devenu routinier et sans surprise. La faute à qui ? Aux joueurs, affirment nombre de mes confrères. Je n’en suis pas si sûr. Si problème il y a, il faut le chercher du côté des dirigeants et des entraîneurs qui ont oublié ce que l’expression « beau jeu » veut dire.

Il fut un temps où des équipes comme le FC Nantes ou encore l’AJ Auxerre offraient du beau spectacle et ravissaient à la fois leurs supporteurs et l’observateur neutre. Aujourd’hui, on est bien en peine de citer une équipe de Ligue 1 ayant consacré l’offensive comme philosophie de jeu. Le foot français, c’est l’interdiction de la fantaisie ou du beau geste. C’est la prohibition du drible et la consécration du dégagement vers l’avant. Voici ce qu’a déclaré à ce sujet le Marseillais Alou Diarra au mensuel So Foot. «Moi, aujourd’hui, quand je récupère un ballon, je dois tout de suite faire la passe. On m’a fait un lavage de cerveau. On m’a dit: ‘tu récupères, tu passes.’ Donc je récupère et je passe (…) On m’a formaté ! Moi, je voudrais bien jouer [au] football olé olé, mais ce n’est pas possible. Le football, ce n’est plus du plaisir. C’est du business. On nous formate à faire des choses pour prendre le minimum de risques. Surtout à des postes importants. Moi, j’ai un poste important où je ne peux pas tenter n’importe quoi, n’importe quand. Ce n’est pas par hasard qu’on met moins de buts en France que dans d’autres championnats, hein ! (…) En France, on pense à ne pas perdre avant de penser à gagner. »

Penser à ne pas perdre avant d’essayer de gagner… Voilà pourquoi l’on s’emm… en regardant les matchs de Ligue 1. Voilà pourquoi un Pastore va décliner. Voilà pourquoi faire appel à Beckham ne servira à rien si ce n’est à contenter l’appétit bling-bling des qataris qui possèdent le PSG. Voilà pourquoi même un joueur comme Messi serait malheureux dans le championnat français. Son entraîneur, un ancien défenseur ou milieu défensivo-destructeur (du style de Deschamps), lui imposerait de ne pas sortir d’une zone bien délimitée et donc de ne jamais dézoner et de ne jamais rien tenter en dehors des consignes (défensives et très sérieuses) d’avant-match. Dans le pays des Guillou, Platini, Giresse, Tigana et autres Cantona, cela montre bien la régression du football français…