La France avait besoin d’apaisement

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Ainsi, il est des compromissions qui ne servent à rien. Et ce n’est que justice. En 2007, Nicolas Sarkozy s’est fait élire en reprenant à son compte une bonne partie de l’argumentaire de l’extrême-droite. Cinq ans plus tard, après avoir été battu par François Hollande au premier tour de l’élection présidentielle de 2012, il n’a pas hésité à rééditer la même approche pour séduire les électeurs du Front national. Une plongée inutile dans la boue. Pour rien. Pour être battu. Pour être fessé et corrigé par le socialiste François Hollande, cet adversaire qu’il n’a eu de cesse de moquer et de mépriser. Comme une bonne partie de ses concitoyens à commencer par ceux qu’il n’a pas hésité à stigmatiser et à dresser les uns contre les autres. Comment oublier les propos tendancieux au sujet des musulmans et des immigrés accusés d’avoir des visées communautaristes ? Comment oublier ces clips de campagne avec ces images suggestives de panneaux de douane en lettres arabes ? Comment oublier les dérapages de cette campagne, les propos de Gérard Longuet, les appels du pied et de la main au Front national ? Ce soir, Nicolas Sarkozy a perdu et c’est tant mieux. Sa défaite est méritée, justifiée. Elle n’est pas une mauvaise nouvelle pour la France, bien au contraire. Il était temps que les choses changent. Il était temps que ce pays retrouve son standing.

Ce soir, la France a donc un nouveau président. Ce soir, la gauche revient au pouvoir après dix années de règne total de la droite (2002-2012) et dix-sept années de présidence de droite (1995-2012). Il faudrait être naïf pour croire que tout va s’améliorer dans les jours qui viennent. Il faudrait être fou pour croire que les effets de la crise vont disparaître comme par enchantement et que le chômage va être réduit tout de suite. Mais une chose est certaine, la France va s’apaiser. Le temps des divisions, des Français poussés les uns contre les autres, le temps du clivage entretenu en permanence, tout cela devrait disparaître. Terminée cette manière pernicieuse d’opposer les uns contres les autres. Terminés les discours rageurs et les mises en cause inconséquentes. Terminés les comportements désinvoltes et légers, sans égards pour la fonction présidentielle. Au moins, pour cela, le départ de Nicolas Sarkozy est une bonne nouvelle pour la France.

 

 

 

 

 

La Chronique du blédard : Ce Sarkozy qui est en nous…

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Cette chronique a été publiée le 30 septembre 2010 dans Le Quotidien d’Oran. Elle fait aussi partie du recueil de chroniques publié aux Editions du Cygne : La France vue par un blédard (chroniques) – janvier 2012 (18 euros).

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Voilà plus de cinq années que je cogne régulièrement sur la Sarkozie et ses errements. Les fidèles lecteurs de cette chronique savent que je n’ai pas attendu ces derniers mois avec les affaires, les scandales, les dérapages pathétiques sur la nationalité et les expulsions de Roms, pour dire tout le peu de bien que je pense de l’homme politique et de son système. Cela m’a valu quelques remontrances et mises en garde qui sont le sel du métier de journaliste. Je n’en tire aucune gloire mais quelques précieuses leçons. L’une d’entre elles est que cela ne sert à rien de hurler au loup quand personne n’a envie d’entendre. Des amis proches ont longtemps cru en « Sarko », d’autres, y compris des Beurs et des Blédards, y croient encore.

Certains d’entre eux reconnaissent que j’avais vu juste lorsque je leur disais en 2007 que sa présidence s’étiolerait et dégénérerait en un happening sans équivalent dans l’histoire de la cinquième République. Là aussi, je n’en tire aucune gloriole car l’explication n’a rien à voir avec un quelconque bon sens politique ou une connaissance fine de la classe politique française. Je dois d’ailleurs à la vérité de dire que lorsque Sarkozy était ministre du Budget dans les années 1990 (Balladur était alors Premier ministre et Mitterrand président), il m’apparaissait plutôt sympathique, du moins compétent et donnant peu de prise à la critique comme c’est le cas aujourd’hui.

Ce qui m’a très vite inquiété avec lui c’est que nous lui ressemblons. Nos faiblesses d’homme ou de femme sont les siennes. Quand il cherche à convaincre, à amadouer ou à séduire, il est comme monsieur tout le monde. Il est vous, il est toi plus moi, comme dit la ritournelle. La panoplie qu’il déploie est si évidente, si naturelle, si humaine qu’il est facile de se laisser aller à le suivre puisque ses paroles sont celles que nous aurions prononcées si nous avions été à sa place. Alors que j’écris cela, me revient en mémoire un épisode que je n’ai jamais raconté. C’était en 2004, l’actuel président de la République était alors ministre des Finances et Rachida Dati, déjà sa collaboratrice, avait organisé dans les salons de Bercy une rencontre entre lui et des membres de la diversité.

Nous étions une bonne cinquantaine à l’écouter. Il y a eu des rires, des applaudissements et quelques gloussements ravis (c’était avant les propos sur le Kärcher et la racaille…). Charge violente contre la chiraquie, discrimination positive, relations apaisées avec l’islam, main tendue aux pays du Maghreb à commencer par l’Algérie, critique de l’immobilisme de la droite et de la gauche en matière de luttes contre les discriminations, promesse d’une prise en compte de l’existence d’élites appartenant aux minorités visibles en cas d’accession « à des responsabilités plus importantes » (termes consignés tels quels dans mon carnet de l’époque) : l’audience était ravie. Trop.

Nous étions quelques-uns à être gênés, à se sentir sous la menace d’une hypnose incommodante. « Il nous dit ce qu’on a envie d’entendre » me dit alors un haut fonctionnaire d’origine maghrébine. De quoi implicitement inciter à ne pas baisser sa garde et à ne pas se laisser berner par cette faconde prompte à toutes les transgressions. J’ai déjà cité la phrase du chanteur italien Gian Piero Alloisio à propos du Premier ministre italien : « Je ne redoute pas tant Berlusconi en soi que Berlusconi en moi ». Cela vaut aussi pour Sarkozy et cela peut s’interpréter d’au moins deux manières.      On peut penser qu’il faut tout faire pour ne jamais ressembler à l’un ou l’autre, à ne pas se laisser insidieusement gagner par leurs idées et leur cynisme. Mais on peut aussi se dire qu’il y a une part en nous qui n’est guère différente d’eux et que c’est contre elle qu’il nous faut d’abord lutter.

Lorsque Sarkozy est en meeting et qu’il harangue les foules qui se pâment (j’ai même vu ça à Washington alors qu’il prenait la parole devant des expatriés français), j’ai des flashs mémoriels qui me ramènent à mon quartier ou même à mes études supérieures où, pour convaincre les uns ou prendre le dessus sur les autres, j’usais de moyens pas toujours honorables, du moins pas toujours rigoureux. « Je l’ai lu dans un livre », « je suis le seul à le penser, ça devrait vous faire réfléchir », trituration de la vérité et artifices dialectiques bien connus et qui doivent nécessairement être accompagnés de l’attitude idoine, mélange de charme enjôleur, de fausse empathie et de proximité physique… Il y a bien longtemps que je ne crois plus aux hommes providentiels. C’est peut-être une volonté de m’affranchir d’une maladie qui fait tant de dégâts dans le monde arabe.

Par contre, je crois aux hommes d’Etat. L’homme d’Etat ne nous ressemble pas. Il ne doit pas chercher à faire résonner ce qui nous lie à lui. C’est un homme qui sait s’élever au-dessus des normes, qui est capable de sortir de cercle habituel des raisonnements convenus. Un homme d’Etat est quelqu’un qui possède une vision même si ce mot est quelque peu galvaudé – confère les discours royaux que l’on entend dans certains pays du Golfe. Une vision – bonne ou mauvaise – et un projet de société – bon ou mauvais – pour son pays. C’est cela qui fait un homme d’Etat. La capacité à voir loin et à capter ce que l’on qualifie de signaux faibles annonciateurs de changements. Ce n’est pas être de droite hier, républicain aujourd’hui, étatiste le lendemain et libéral dans quelques semaines avant de redevenir soudainement socialiste. Nous avons tous des convictions mais la force des choses et du quotidien peut aussi nous transformer en girouettes.

C’est pour cela que nous ne serons jamais des hommes d’Etat. Et c’est pour cela que Sarkozy est le pire des présidents que la France ait connus au cours de ces cinquante dernières années. Et je réalise soudain que ce qui est peut-être le plus insupportable avec lui, c’est qu’il nous rappelle – sûrement sans le vouloir ni même sans douter – à quel point, nous aussi, sommes si imparfaits.

Akram Belkaïd

L’indigente soirée électorale de France2

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Il fut un temps où, d’Alger, j’aimais à regarder les soirées électorales françaises. J’y trouvais un peu de cette expression démocratique qui nous manquait tant. Les plateaux télévisés où défilaient femmes et hommes politiques pour livrer leurs premières analyses et leurs premiers mots d’ordre pour la suite constituaient un spectacle intéressant où s’exposaient les stratégies à la fois personnelles et électorales. Bien sûr, à la longue, ce genre de rendez-vous finit par lasser mais il y a toujours des enseignements à en tirer. Ainsi, est-il saisissant de voir à quel point les représentants de la droite présidentielle, ou devrais-je déjà dire de la droite bientôt ex-présidentielle, excellent dans l’art des manœuvres dilatoires (pour faire oublier le score de Sarkozy) mais aussi dans celui de restituer à la perfection les éléments de langage décidés par je ne sais quelle cellule de communication installée à l’Elysée, au siège de campagne du candidat-président (bientôt ex-président) ou je ne sais où… « Réclamer les trois débats », « attaquer sur le nucléaire et les fermetures de centrales », « répéter qu’il n’y a pas de programme Hollande », « cogner sur le vote des étrangers », tels ont certainement été les éléments répétés à l’envi par les Copé et compagnie. Cela étant dit, c’est de bonne guerre et il est inutile de trop s’attarder sur ce point.

Par contre, il faut tout de même revenir sur le pitoyable spectacle offert dimanche 22 avril sur France2. Il y avait d’abord l’étrange état de surexcitation des deux présentateurs Elise Lucet (celle qui ricane bêtement quand Guerlain dit des obscénités à l’antenne ou quand un ex de la CIA se vante d’avoir flingué Lumumba) et David Pujadas (celui qui est tellement accommodant quand il interviewe Nicolas Sarkozy). A voir et à entendre ces deux journalistes, je me suis demandé ce qui devait passer par leur tête. Avaient-ils fumé des substances illicites pour être aussi agités ? Ou alors, était-ce parce qu’ils savaient que leur plateau dépassait en audience celui de TF1 ? Etait-ce la satisfaction de vivre un grand moment dans la vie politique française avec la percée du Front national et la seconde place du président sortant ? Allez savoir…

France2 a ensuite atteint le paroxysme du ridicule avec ces motos lancées sous la pluie à la poursuite de la voiture de Nicolas Sarkozy, avant et après son discours à la Mutualité. Du grand n’importe quoi, avec des reporters tout aussi excités que les deux présentateurs. Des images donnant à voir des vitres opaques qui ne se sont pas baissées et, comble de la bêtise, une « journaliste » qui espère en direct un feu rouge pour pouvoir poser sa question au candidat à l’abri dans son véhicule. C’est cela une télévision du service publique ? Pour finir, on passera rapidement sur la séquence « société civile » où des personnalités non politiques étaient appelées à commenter les résultats. La société civile… représentée par Franz Olivier Giesbert et, quelle surprise, Bernard Tapie ! Propos de comptoirs, du soutien à Sarkozy plus ou moins assumé et retour en plateau pour écouter les âneries de Rama Yade. De quoi inciter le téléspectateur à zapper pour retrouver les Experts ou le foot du dimanche soir…

 

La chronique foot (5) : Así, así, así gana el Madrid !

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Malgré tous mes espoirs de Culé (fan du Barça), le Real de Madrid a encore mis la pâtée à l’Atletico de Madrid (4-1, mercredi 11 avril). Cela fait maintenant des années que les Colchoneros n’ont pas battu l’équipe qui fut chère à Franco… Pour le plaisir, je vous fait découvrir cette chronique écrite en 2009, après une autre victoire du Real contre l’Atletico.

 

La chronique du blédard : Así, así, así gana el Madrid !

Le Quotidien d’Oran, jeudi 12 novembre 2009

Akram Belkaïd, à Madrid

 

Samedi 7 novembre. Il est vingt et une heures trente à Madrid. De gros paquets humains, parés de rouge et de blanc, sortent du ventre de la station Pirámides. Le pas tranquille, le torse bombé et le verbe haut, ils convergent vers le stade Vicente Calderón, l’ancien « Manzanares » du nom de ce fleuve qui passe sous leurs pieds. L’atmosphère est joyeuse. On s’interpelle, on plaisante et on rit fort. Il y a quelque chose dans l’air qui permet l’espérance. La victoire est promise et on célèbre déjà la gloire prochaine de l’Atlético de Madrid.

Car ce soir, c’est le bon soir, amigo. Dans quelques minutes, va débuter le match contre le voisin honni. Le Real de Madrid, ce club que l’Atlético, son aîné d’un an (il a été créé en 1902), ne bat pas souvent. Ce club de riches qui peut débourser des centaines de millions d’euros pour acheter les meilleurs joueurs du monde ; ce club, sacré champion européen du XXe siècle, qui a traumatisé tant de générations de supporters de l’Atlético à force d’infliger des fessées déculottées à leur équipe favorite…

Mais ce soir… Ce soir, hombre, c’est sûr, l’Atlético va gagner et ce n’est pas uniquement parce que le Real ne va pas très fort – la preuve, il a été humilié en match de coupe par un club de deuxième division – et que Ronaldo, sa star portugaise, ne jouera pas. Non, ce soir, caballero, on remet les compteurs à zéro. Ce sera la renaissance de l’Atlético et il finira champion à la fin de l’année. Si, si, comme lors de l’historique triplé de 1996. Ah… 1996. Quelle saison ! Pas grand-chose depuis, c’est vrai. Mais trêve de nostalgie, pensons au sacre futur.

Un boccadillo avalé au comptoir, le reste de son verre de bière ou de whisky-soda versé dans une copa et voilà les supporters des rojiblancos qui entrent dans le Calderón après avoir croisé en chemin quelques rangées immobiles de robocops au fusil lance-grenades lacrymogènes collé à la hanche. Un euro et quelques centimes déboursés pour louer une almohada – un coussin – rouge destinée à caler dos et bas des reins, et ils se retrouvent dans l’antre survoltée. Drapeaux vermeils et blancs, banderoles gothiques, feux de Bengale et poings levés, les ultras y assurent depuis un bon moment leur rôle de meneurs d’ambiance.

Les haut-parleurs du stade crachent à tue-tête l’hymne de l’équipe. « Atlèèti – Atlèèti – Atlèètico de Madrid ! ». C’est un chant un peu désuet, qui parle de joie et de souffrance et qui fleure bon les années soixante tout comme le maillot du club d’ailleurs. Des rayures rouges et blanches, semblables aux vieux matelas d’antan, les « colchones » ce qui vaut aux joueurs un autre surnom, celui de « colchoneros » ou matelassiers. On est loin du glamour pipole du Real, de ses « galactiques » ou « merengues » (meringues) ou encore « blancos » à la tenue maculée et de ses supporters fortunés qui fument le cigare dans les travées.

C’est aussi cela, un match entre l’Atlético et le Real. Bien sûr, ce n’est pas la lutte des classes mais tout de même. Attachants supporters des colchoneros… Quand un club domine le football national et européen, il faut être marginal, un peu iconoclaste ou avide de justice sociale ou encore avoir l’esprit de contradiction, ou de transgression, pour préférer soutenir son modeste voisin. Ce prolétaire, qui a moins gagné de titres et qui n’a presque jamais brillé à l’extérieur du pays. Cet adversaire irréductible mais loyal puisqu’il est aussi le cauchemar du FC Barcelone, l’éternel rival catalan du Real.

C’est parti. Septième minute de jeu. But de Kaka. Real 1 – Atlético 0. Le stress et la peur, sûrement. Mais qu’importe, dans les tribunes on continue à s’époumoner et à traiter les joueurs d’en face de hijos de femme de petite vertu. Un but, ce n’est rien, ça se remonte. D’ailleurs les merengues sont loin d’être fringants. Benzema n’en finit pas de rater des occasions inratables servies par un Kaka, étincelant et qui est l’un des seuls à surnager. Mais voilà un autre but. 2-0. Pas grave, le match n’est pas encore perdu même si, de temps à autre, quelques insultes fusent par dépit à l’adresse des rojiblancos.

Mi-temps. Une odeur de cannabis flotte en haut de la tribune centrale, là où la voûte de béton tangente le cheveu mais permet de se protéger du vent glacial. Des Colombiens, une dizaine, sortent casse-croûtes et jus d’orange. Distribution d’« arepas » pour tous, y compris pour leurs voisins inconnus. L’un des sud-américains a l’insulte facile. A l’égard de l’arbitre, des joueurs du Real mais aussi de l’Atlético dont il arbore pourtant l’écharpe sang et neige. Sa femme le tance. En vain.

C’est la reprise. Troisième but pour le Real. Flottement. Une nouvelle raclée se profilerait-elle ? Les ultras de l’Atlético s’essoufflent un peu. Les rares supporters du Real, une centaine de « madridistas » parqués de l’autre côté du stade en profitent pour entonner leur chant de victoire : « Así, así, así gana el Madrid » : c’est ainsi que gagne le Real Madrid… La réaction est immédiate. Sifflets et insultent fusent. « Madridistas hijos de p… ».  « Ouled kda ou kda » dirait-on du côté de Bologhine, puisque l’Atlético et le Real, c’est un peu comme l’USMA et le Mouloudia…

L’espoir revient. Un but pour les matelassiers. Il reste onze minutes, une éternité où tout peut arriver, y compris le miracle d’autant que les merengues jouent désormais à dix. Mais l’arbitre fait des siennes, les tribunes se déchaînent et l’entraîneur du Real reçoit même une pierre sur le crâne. Les ultras de l’Atlético entonnent à leur tour le fameux « Así, así, así gana el Madrid ». N’est-il pas bizarre de reprendre le slogan de l’adversaire ? Au contraire. Car c’est bien ainsi, jadis, que le Real gagnait ses matches : avec l’aide de l’arbitre soumis à la volonté du tout puissant Franco (et de ses troupes qui entraient parfois dans les vestiaires pour menacer l’équipe adverse…). Passent le temps et les générations, il se trouvera toujours quelqu’un pour rappeler à quel point le Real fut un outil de propagande castillane du régime franquiste…

Le derby est terminé. Il y a bien eu un deuxième but de l’Atlético mais pas de troisième. Le Real l’emporte, les rojiblancos, éternels malchanceux, ont raté le nul qui aurait sonné comme une victoire. Leurs supporters sont déjà à l’extérieur du stade, le pas lourd, têtes baissées et épaules voûtées. C’est une foule muette, étrangement calme. Elle connaît bien ce goût de la défaite à domicile face à los blancos. Et à voir les grappes humaines monter une côte au rythme d’éléphants indolents, on devine qu’elle s’y est résignée depuis longtemps. Mais qu’importe, amigo, ce fut un beau match même si la soirée s’achève dans la tristesse. La prochaine fois, peut-être…

 

P.S : Gracias a mi hermano Yacine, el aficionado práctico, qui a rendu cette chronique possible.

 

 

 

 

Algérie : Ahmed Ben Bella est mort

Le premier président de l’Algérie indépendante (1962-1965), Ahmed Ben Bella, est décédé mercredi 11 avril à Alger à l’âge de 96 ans. La nouvelle a été rapportée par l’Agence Presse Service (APS) qui cite l’entourage du défunt. Cela fait plusieurs semaines que des informations contradictoires et non confirmées courraient sur l’état de santé de celui qui fut l’une des figures majeures de la Guerre d’indépendance. Début mars,  Ahmed Ben Bella avait été admis à deux reprises à l’hôpital militaire d’Ain Naadja, dans la banlieue d’Alger, après un malaise. De nombreux médias avaient annoncé alors son décès avant de revenir sur ces informations.

 

«Allah Yarahmou», Que Dieu lui accorde Son Pardon (ou Sa Miséricorde). Telle a été la réaction de la majorité des internautes à l’annonce de cette nouvelle par les principaux sites d’information algériens. Les réseaux sociaux ont vite relayé la nouvelle et, fidèle à une tradition musulmane, rares ont été les commentaires de nature politique ou de mise en cause du rôle politique du défunt. Nombreux toutefois ont été ceux qui ont relevé le fait qu’Ahmed Ben Bella disparaît l’année du Cinquantième anniversaire de l’indépendance. L’homme avait d’ailleurs été désigné pour présider le Comité chargé d’organiser les festivités liées à cet anniversaire. Une mission qu’il ne pourra donc pas mener jusqu’au bout ce que ne manquerons pas de relever les médias algériens qui s’inquiètent du manque de ferveur autour de ce rendez-vous.

 

En Algérie, pour les uns, Ahmed Ben Bella restera le premier président de la République, celui dont le nom a permis de fédérer toutes les forces populaires qui souhaitaient l’indépendance. Il fut ainsi désigné comme étant l’ennemi à abattre par le pouvoir colonial français et c’est pour pouvoir l’arrêter et porter un coup fatal à l’action du Front de Libération Nationale, que la France commet, le 22 octobre 1956, le premier détournement d’avion de l’histoire de l’aviation civile en détournant de sa route un appareil qui devait conduire les chefs du FLN (parmi lesquels Ben Bella mais aussi Aït Ahmed et Boudiaf) du Maroc à Tunis.

 

Pour d’autres Algériens, il est celui qui est à l’origine de la grave scission au sein de la famille indépendantiste puisque c’est grâce à son appui politique qu’une faction réunie autour de l’Etat-major de l’armée des frontières (dirigée par Houari Boumediene) a pu prendre l’ascendant et écarter le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA). De fait, Ben Bella n’a dirigé l’Algérie que de juillet 1962 jusqu’au 19 juin 1965 date à laquelle un coup d’Etat militaire mené par Houari Boumediene, son ministre de la défense, va l’écarter du pouvoir. Longtemps détenu au secret puis placé en résidence surveillé, il ne sera libéré qu’en 1980 par le président Chadli Bendjedid, successeur de Boumediene. Suivront alors neuf années d’exil, où Ahmed Ben Bella tentera de réunifier l’opposition algérienne à l’étranger en se rapprochant notamment de Hocine Aït Ahmed, un «historique» qu’il n’avait pas hésité à écarter en 1963.

 

Ahmed Ben Bella ne rentre en Algérie qu’en septembre 1989, son parti, le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA) ayant été autorisé depuis l’instauration du multipartisme. Sa formation n’a pourtant qu’une influence marginale même si la voix de l’ancien président reste très écoutée. Opposé à l’annulation des élections législatives de décembre 1991, il deviendra un interlocuteur régulièrement consulté par le président Abdelaziz Bouteflika élu en 1999.

 

La chronique foot (4) : Mario Balotelli, la saga continue…

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Que serait le football européen sans Mario Balotelli? Ah, ce monde peuplé de joueurs policés, spécialisés en communication à deux sous, incapables de laisser transparaître la moindre opinion? Ah, ces propos insipides d’après-match ou ces tweets à l’eau tiède. Tout va bien, on va essayer de faire mieux, je crois qu’on a tout essayé, tout va bien avec le coach, On a eu des ‘opportchunités’…

Avec Mario, c’est autre chose. Esclandres, excentricités, débordements (sur et hors du terrain…), buts immanquables ratés, buts impossibles marqués, jets de fléchettes contres les jeunes de son club, virée dans un club de strip-tease, : on ne s’ennuie jamais avec l’enfant de Brescia. Avec lui, le footballeur redevient homme et vivant, loin de l’uniformisation en place depuis le début des années 1990.

Certes, les choses se gâtent pour lui. Expulsé dimanche dernier pendant le match contre Arsenal (vainqueur 1 à 0), Mario Balotelli devrait ne plus jouer d’ici la fin de la saison. Son entraîneur, Roberto Mancini, qui en a vu de belles et des pas mûres depuis le début de la saison (on pense à Balotelli face aux buts vides, qui préfère se retourner et essayer de marquer du talon – ce qui lui a valu d’être remplacé immédiatement…), a décidé de se passer de lui. Plus grave encore, Balotelli pourrait ne pas participer à l’Euro 2012 alors que la planète foot se faisait une joie de le voir évoluer à haut niveau. La décision n’est pas encore prise mais les anti-Balotelli sont nombreux en Italie et mettent en garde le sélectionneur Cesare Prandelli (lui-même très sourcilleux sur les questions de discipline) sur ce que pourrait coûter un carton rouge à la Squadra.

A suivre donc. En attendant d’en savoir plus, on peut lire l’excellent portrait de Balotelli publié par le mensuel So Foot d’avril 2012. On y découvre l’histoire d’un enfant né dans une famille ghanéenne, confié à une famille italienne (qui ne l’a pas adopté, Mario ayant pris le nom de Balotelli à ses dix-huit ans), et effrayé à l’idée de devoir partir en Afrique. Un enfant mal dans sa peau, en quête de reconnaissance dès son plus jeune âge avec un « sens exacerbé de la compétition« . Un surdoué qui n’a jamais cessé de mettre le souk dans le vestiaire et de s’empoigner avec ses partenaires ou entraîneurs dont son coéquipier Yaya Touré ou encore son compatriote-boucher Materazzi ou le très spécial Mourinho. Un joueur persuadé qu’il marquera un jour un but en finale de la Coupe du monde et qui risque de manquer aux supporters de Manchester City, toujours prompts à adopter « les personnalités rebelles et charismatiques« .

Terminons par cette anecdote rapportée par So Foot. Extrait :

« A Noël dernier, plutôt que de se payer un réveillon de nouveau riche, Mario Balotelli s’est rendu dans la petite église de Saint John, à Chorlton, un quartier de Manchester. Assis dans sa nef, deux mois plus tard, le father Mac Mahon confirme la rencontre. « Il était au fond, sage, avec sa copine et un autre couple.  Je crois qu’avec lui, ce n’est pas ce que tu reçois mais ce que tu donnes », dit le prêtre. Balotelli a-t-il profité de l’occasion pour se confesser ? « Non, non. » Une pause. « Il faut qu’il garde le diable en lui. »

No comment…

Akram Belkaïd

 

 

Quand Ben Ali refusait la grâce à des islamistes condamnés à mort

Voici un article datant d’octobre 1991 à propos de la Tunisie. C’est la période où le régime de Ben Ali applique les premières exécutions de militants islamistes d’Ennahdha.

 

Tunisie

Le Quotidien d’Algérie, 21 octobre 1991

La récente décision prise par le président Benali de ne pas gracier les trois condamnés à mort appartenant à la mouvance islamiste prouve à souhait que le gouvernement tunisien entend ne céder ni aux pressions ni à la violence. Mais, plus que tout, c’est une nouvelle étape qui a été franchie dans la lutte, désormais sans merci, entre autorités et mouvements intégristes. Pour l’heure, l’avantage semble être du côté du pouvoir en place. Emprisonnés ou en exil, obligés de vivre dans la clandestinité, les militants d’Ennahdha adoptent un profil bas, laissant passer la tornade des arrestations consécutives à la découverte d’un complot contre le président Benali. Les détails concernant la préparation de l’attentat ont, semble-t-il tout autant ému l’opinion publique que lorsque les locaux du RCD (parti au pouvoir) avaient été incendiés en février dernier, incendie au cours duquel, rappelons-le, un gardien avait été brulé vif. C’est d’ailleurs cet acte condamnable qui a valu la peine de mort aux islamistes. De nombreuses manifestations de soutien ont donc été organisées à travers tout le pays et la quasi-totalité des partis politiques d’opposition ont fait bloc derrière le président.
Une unanimité totale mais qui n’en reste pas moins sans grand impact sur la vie réelle de la société. Car, à l’image des autres nations maghrébines, voire même arabes, la Tunisie traverse l’une des plus difficiles périodes depuis son indépendance. Régression de l’agriculture, baisse des réserves hydrauliques, problèmes énergétiques et chutes des revenus liés au tourisme (Guerre du Golfe oblige !) sont autant de poids qui font craquer le pays de toutes parts, lézardant ainsi un édifice que Bourguiba avait de son temps réussi tant bien que mal à stabiliser. De nombreuses voix commencent à s’élever en dehors de l’activisme religieux, pour dénoncer pêle-mêle la bureaucratie régnante, les inégalités sociales et la cherté de la vie. Au milieu estudiantin, éternel contestataire, s’ajoute la grogne des travailleurs agricoles et d’une bonne partie de la classe moyenne désireuse d’améliorer son train de vie.
Cette perte du pouvoir d’achat, les abus constatés ça et là font que la Tunisie vit sur une poudrière même si l’explosion ne peut-être envisagée qu’à longue échéance. Encore faudrait-il que s’installe une véritable ouverture démocratique réclamée sans cesse par la ligue locale des droits de l’homme. Il appartient donc au gouvernement Benali de démocratiser. D’ouvrir afin de prendre de vitesse tous les types d’activisme. C’est là un scénario presque dicté par la logique que nous Algériens connaissons bien. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que nos deux pays font l’objet d’une attention particulière de la part d’observateurs étrangers, notamment d’Europe du Sud, pour qui en règle générale, l’islamisme est un danger. Tous, en fait, attendent de savoir laquelle des deux politiques sera payante. En premier lieu, l’ouverture démocratique totale, du moins officielle, avec autorisation des partis politiques islamiques (cas de l’Algérie qui a donné son agrément au FIS et cela au grand dam de la Tunisie). La seconde alternative consistant quant à elle à adopter la stratégie qui a toujours été celle de Bourguiba et que Benali a reprise à son compte, semble-t-il de manière forcée comme en témoigne ses gestes de clémence (à l’égard des islamistes) à son arrivée au pouvoir. Aucun dialogue donc et guerre totale jusqu’à ce que, la croissance économique aidant, les problèmes sociaux disparaissent en grande partie vidant du même coup les rangs des islamistes.
Les démarches sont, on le voit, totalement différentes mais le risque à terme est exactement le même pour toutes les deux. Que le scénario catastrophe, récession-crise-chômage, se perpétue et le Maghreb, du moins l’Algérie et la Tunisie, risquent à nouveau d’avoir à payer le prix du sang et du feu.
Belkaïd Akram

Journal d’une campagne (1) : Quand Merkel, Monti, Rajoy et Cameron défendent le statu quo en France

Les dirigeants allemands et ceux d’autres pays européens ont-ils décidé d’interférer dans la campagne électorale française ? Selon une information parue dans le Spiegel du 3 mars, la chancelière Angela Merkel se serait entendue avec le Président du conseil italien Mario Monti, le Chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy et le Premier ministre britannique David Cameron pour ne pas recevoir François Hollande, principal adversaire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle française. Certes, l’information a été démentie par le porte-parole de la chancellerie à Berlin mais de nombreux indices concordants tendent à confirmer qu’il n’y a pas de fumée sans feu. En effet, à ce jour, le candidat socialiste n’a été reçu par aucun de ces quatre dirigeants. De quoi faire jubiler le camp de Nicolas Sarkozy qui y voit la preuve du manque de stature internationale de François Hollande.

Une conclusion un peu légère (quelle était donc la stature internationale de Sarkozy en 2007 ?) qui élude l’essentiel à savoir que c’est bien la première fois depuis longtemps que des pays européens se mêlent de politique intérieure française. Même la perspective d’une élection de François Mitterrand en 1981 n’avait pas provoqué une telle position hostile. En forçant le trait, on pourrait même avancer que le quatuor Merkel-Monti-Rajoy-Cameron (MMRC) nous rejoue la grande coalition européenne contre la Révolution française ou contre Napoléon Bonaparte…

Bien sûr, ces quatre dirigeants peuvent arguer que Nicolas Sarkozy fait partie de leur famille politique et qu’ils n’ont aucune envie de soutenir ou d’aider son adversaire. Mais cela ne saurait excuser un parti-pris qui pourrait de peser lourd dans les relations de leurs pays avec la France si jamais Hollande est élu. Le moins que l’on puisse dire c’est que les MMRC ont pris le risque d’insulter l’avenir car il est évident que le socialiste, quoiqu’il prétende, n’oubliera pas facilement cette humiliation.

Le plus étonnant dans l’affaire, c’est qu’elle ne déclenche guère les passions en France. Il est vrai que la campagne électorale y est d’un niveau affligeant (halal, pas halal…) mais on aurait pu penser que ce genre d’interférence aurait passionné un pays qui est toujours attentif à ce que l’on pense de lui à l’étranger. Surtout, on se rend compte de l’absence d’analyses qui pourraient mieux éclairer la position des quatre dirigeants européens. Pourquoi un tel boycottage qui ne dit pas son nom ? Par solidarité conservatrice comme expliqué dans ce qui précède ? Parce que Sarkozy l’aurait demandé ? Par souci de ne pas faciliter une nouvelle révision des Traités européens que François Hollande veut modifier ? Ou bien, et c’est là où l’on aimerait que nos chers éditorialistes prennent quelques risques, parce que l’Allemagne comme l’Italie, l’Espagne ou la Grande-Bretagne ont tout intérêt à ce que Sarkozy soit réélu. Qu’il soit réélu parce que c’est là l’intérêt de ces pays qui – oublions un instant les discours lénifiant sur les solidarités entre Européens – ont tout à gagner de l’enlisement, pour ne pas dire de la régression, de la France depuis 2007.

Rappelons donc quelques vérités qui dérangent : l’Allemagne a renforcé son essor commercial au cours des dernières années en prenant des parts de marché à la France y compris en Europe. Pour elle, une France faible n’est pas une mauvaise nouvelle, bien au contraire. De son côté, l’Italie a tiré profit du marasme économique français pour redéployer ses exportations et trouver de nouveau débouchés à son industrie du nord. Quand à l’Espagne, elle est engagée dans une lutte d’influence importante avec la France au sud de la Méditerranée et sa diplomatie n’est pas fâchée de devoir relancer un dialogue euro-méditerranéen profondément altéré par les errements d’une Union pour la Méditerranée (UpM) pour le résultat (catastrophique) que l’on sait. Enfin, la Grande-Bretagne entend bien continuer à profiter de sa position à la fois « in » et « out » au sein de l’Union européenne (UE). Une position que ne cherche pas à lui contester Nicolas Sarkozy. Au final, on peut donc se demander si le boycottage de François Hollande ne relève pas d’un calcul plus subtil : faire en sorte que Sarkozy soit réélu pour que les choses continuent d’empirer en France. Au grand bénéfice des concurrents, pardon, des partenaires européens de la France…

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Etre Algérien Aujourd’hui

Humour :

C’est un document qui circule sur le net et qui se moque, gentiment des travers des Algériens. Le voici, légèrement remanié, avec quelques précisions.

 

- Tu es Algérien quand tu te crois plus intelligent que tout le monde, plus professionnel que Capello, plus beau que Tom Cruise, plus classe que Clooney, plus politicien que Mandela, et meilleur conducteur que  Schumacher !!!

Ce n’est pas tout, tu es Algérien (ne) si :

- Tu as une cicatrice de vaccin au bras gauche (BCG).

- Tu vérifies une bouteille de gaz avec la flamme d’un briquet sans  trouver cela dangereux.

- Il y a toujours un verre de plus sur le plateau pour thé ou café.

- Le  » lendemain  » est toujours le jour où tu veux tout faire.

- Tu arrêtes ta voiture 3 mètres après le feu rouge pour être sûr que tu  vas démarrer le premier, alors que tu démarres le dernier car tu ne  vois pas le feu passer au vert.

- Tu sors tes pulls et vestes dès que la température descend à moins de 25°.

- Tu dis ‘Chkoun’ (c’est qui ?) quand quelqu’un frappe chez toi et cela bien avant de te lever pour aller ouvrir.

- Et, si  quelqu’un te pose cette même question, tu réponds « Ana » (c’est moi).

- Il te faut trois ou quatre personnes pour te convaincre de rejoindre (lors d’un mariage)  la piste de danse, en te tirant les bras et en invoquant tous les saints et Lawlya (walis) du Maghreb,

- Et tu es Algérien, si, une fois sur la piste, tu ne veux plus t’ arrêter de danser, et que tu y restes jusqu’à la fin de la fête.

- Tu te mets au régime  en mettant de la saccharine dans le café tout en  engloutissant 3 millefeuilles.

- Ce n’est jamais de ta faute… mais celle des autres : le  train est parti sans toi, le bijou qui s’est « égaré », le vase qui est  tombé, Le PC qui a planté…

- Tu traverses la route en Superman, en plein feu vert, tout doucement, en fixant droit dans les yeux l’automobiliste… Une manière de lui dire : « si tu veux bousiller ta voiture, vas-y, rentre moi dedans».

- Tu es Algérien aussi quand tu trouves normal d’appeler à minuit et  dire à ton interlocuteur : « J’espère que je ne t’ai pas réveillé ? »

- Mais tu sais aussi que tu es Algérien(ne) quand tu ne tiens pas debout facilement, et qu’il te faut un mur, une voiture ou  n’importe quoi pour t’y adosser.

 

Tu es Algérien ou Algérienne si :

- Tu peux reconnaître tous les accents du pays. Si tu es de l’est, tu te moques des gens de l’ouest et  vice-versa, si tu es d’Alger, tu te moques de tout le monde.

- Tu appelles les amis de tes parents, ou les parents de tes amis, «  tonton » ou « tata » même s’ils ne sont pas de ta famille.

- Pour toi, Mohamed se dit Moh ou Moha et s’il y’en a 2, alors c’est Moha k’bir (le grand) et Moha s’ghir (le petit). Et s’il y en a un troisième, c’est Moha lakhor (l’autre).

- Tu manges TOUT avec du pain y compris le pain !

- Tu es trop fier pour accepter quelque chose sans payer ou être payé après avoir rendu service.

- Tu négocies jamais, tellement t’as du nif (du nez, fierté).

- Tu as algérianisé la langue française.

- Quand tu es en Algérie, tu dis « Quel pays! », mais quand tu es de retour au Canada (ou ailleurs notamment en France), tu pleures de nostalgie pendant 3 mois !

- Tu dis « ça va?!! » au moins 8 fois dans la même conversation

- A la fin  de la conversation, tu es au courant de tout ce qui se passe chez ton ami.

- Quand tu entends « one two three », tu ne peux pas t’empêcher de crier  « VIVA L’ALGERIE » !

- Même sans avoir vu le match en 1982, tu sais que l’Algérie a battu l’Allemagne tellement ton père t’a raconté ce match.

- Tu as toujours des frissons dans le dos lorsque tu écoutes pour la  centième fois Dahmen Elharachi chanter « Ya Rayah »

- Quand tu parles au téléphone, tu hurles dans le combiné, parce que ton  interlocuteur est loin.

- Tu passes ton temps à te plaindre de l’Algérie quand tu es avec des Algériens, mais tu ne supportes pas qu’un étranger fasse une remarque sur ton bled même si elle est vraie.

 

Enfin, (ma préférée) :

- Tu es Algérien aussi quand vous êtes plusieurs en voiture et que tout le monde se retourne lorsque le conducteur fait une marche arrière.

 

 

Algérie, janvier 1992 : Hocine Aït Ahmed dénonce le coup d’Etat et appelle à préserver la paix civile

Le contexte :

Fin janvier 1992. Les élections législatives qui ont vu la victoire du Front islamique du salut (FIS) au premier tour ont été annulées. Le président Chadli tandis que l’Assemblée sortante a été dissoute. Pour diriger le pays, un Haut Comité d’Etat (HCE) a été formé avec à sa tête Mohamed Boudiaf de retour au pays après un exil de près de vingt-neuf ans. Le pays commence à être gagné par la violence, notamment le vendredi après la grande prière où des sympathisants du FIS affrontent les forces de l’ordre. Des leaders du FIS, dont Abdelkader Hachani, sont arrêtés. Le HCE évoque la création d’un Conseil consultatif pour remplacer l’Assemblée sortante.

A la tête du Front des forces socialistes (FFS), Hocine Aït Ahmed réitère son rejet de l’interruption du processus électoral et propose une sortie de crise par l’élection d’une Assemblée constituante.

 

Entretien avec Hocine Aït-Ahmed : « La paix civile à tout prix ! »

Le Quotidien d’Algérie, vendredi 24 – samedi 25 janvier 1992

Propos recueillis par Akram Belkaïd

 

Le Quotidien d’Algérie.- Certaines rumeurs font état de contacts, voire de négociation en cours entre le Front des forces socialistes (FFS) et le Haut-Comité d’Etat (HCE).

Hocine Aït Ahmed.- Il n’y a vraiment aucun contact. Je déplore qu’aucune initiative n’ait été prise en ce sens. Nous avons l’impression que toutes les institutions qui vont être installées après ce coup d’Etat, qui lui-même est une violence, seront imposées comme des faits accomplis et cela, sans que l’on se soucie de l’avis des responsables politiques.

 

Vous pensez que l’on entre dans une ère de « faits accomplis » ou de décisions imposées ?

Mais nous ne sommes jamais sortis de cette ère ! Nous avons eu, par exemple, en août, une réunion gouvernements-partis politiques et nous avons donné notre avis sur plusieurs problèmes dont le mode de scrutin. Aucun n’a été retenu. Nous avions proposé la proportionnelle sur la base de la wilaya qui permet au parti d’avoir autant de sièges que de suffrages. Cela aurait évité la catastrophe du 26 décembre dernier. Le chef du gouvernement (Sid Ahmed Ghozali, ndla) a fait un compromis avec Belkhadem. Un compromis qui a facilité la candidature des indépendants et qui a en tout cas réussi à faire diminuer le nombre de circonscriptions où le FFS était le mieux implanté. C’est ainsi que nous avons été privés de 40 à 45 sièges. Aucune de nos propositions n’a été prise en compte. Evidemment, un coup d’Etat, il faut appeler les choses par leur nom, se passe de consultation. A part celle d’une catégorie de privilégiés que nous appelons désormais les « militaro-démocrates ». Ces gens ont appelé l’intervention de l’armée entre les deux tours en demandant l’annulation du second tour.

 

L’impact de votre marche du 2 janvier n’a-t-il pas été récupéré par ceux qui, justement, espéraient interrompre le processus électoral ?

Je ne le pense pas, car cette marche restera celle des vrais démocrates. Le FFS l’a organisée avec sérieux. Nous avons toujours joué la légalité et c’est vrai qu’il y a eu des tentatives de pénétration mais nous sommes intervenus pour enlever certaines banderoles et stopper des slogans contraires à l’esprit de la marche. Les gens qui ont marché l’ont fait contre l’Etat policier ou intégriste. Ils sont venus pour donner crédit à cette trouée stratégique de la démocratie face à deux orientations aussi négatives l’une que l’autre.

 

Mais quelle aurait été la stratégie du FFS en cas de majorité absolue du FIS après le second tour ?

Notre souci permanent est le changement radical du régime et cela de manière progressive. Ni par la violence, ni par la révolution mais grâce à un processus ordonné et avec la volonté de préserver la paix civile. Ces élections étaient l’occasion d’amorcer ce changement. Le premier tour a montré la victoire relative du FIS et surtout son recul par rapport aux municipales de juin 1990. Il fallait respecter la suite du processus électoral. Dans la pire des hypothèses la Constitution a quand même des garde-fous. Il fallait aller jusqu’au bout. C’était pour nous, en tant que parti sérieux, qui jouons l’option démocratique, la meilleure manière d’affaiblir le FIS en l’acculant à prendre le pouvoir tout en sauvegardant bien entendu les attributs de souveraineté qui sont la police et l’armée.

Pour le reste, je pense que l’épisode des municipales a démontré que sans programme et sans expérience de gestion, le FIS a fait la preuve de son incapacité. Il aurait perdu de son influence, et peut-être même que les courants contradictoires qui traversent son sommet auraient, à l’épreuve du pouvoir, provoqué son implosion. Ce qui nous importait, c’était de continuer dans la légalité électorale et constitutionnelle. Je pense que l’interruption du processus électoral constitue une catastrophe pour notre pays et un grand coup pour son renom à travers le monde.

 

Que pensez-vous de la situation actuelle ?

Aujourd’hui, je dois constater une chose. Il y a trop de manipulations des médias. On avance trop d’éléments sans savoir s’ils expriment la volonté des instigateurs du coup d’Etat, celle du HCE ou alors celle de certains notables de l’ancien régime. Nous ne savons rien. Il n’y a que des rumeurs. Nous attendons de voir. Mais ce qu’il faut constater et cela frappe l’opinion internationale, c’est qu’aucune garantie n’a été donnée sur l’avenir du pluralisme, des droits de l’homme et des libertés individuelles. Je crois avoir toujours dis que nous étions opposés à la répression. Nous sommes des démocrates qui défendrons une solution démocratique. Le problème de l’intégrisme ne peut être résolu que par la démocratie. Les mêmes causes vont engendrer les mêmes effets. La misère, le chômage, l’absence de lieux d’expression, autres que les mosquées, et le vide politique sont les vecteurs de l’intégrisme. La dictature ne va pas résoudre les problèmes sociaux et culturels. Combien même serait-elle une version moderniste du franquisme. Le courant intégriste risque d’être renforcé et on ne pourra pas le réduire par la force. Trois millions d’électeurs (qui ont voté pour le FIS, ndla), ce n’est pas rien. Jamais les Algériens ne se remettront au travail sans confiance et espoir. Le choix démocratique est la seule voie susceptible de leur redonner l’une et l’autre.

Les gens du pouvoir jouent sur les réflexes sécuritaires mais les crises multiples ne vont pas disparaître magiquement et les succès momentanés ne doivent pas faire illusion et l’esprit frondeur des Algériens risque de ressurgir de plus belle.

 

On parle beaucoup de dissolution du FIS et d’autodissolution du FLN.

Allez connaître les projets de gens passés maîtres dans l’art du double langage et de la désinformation. S’agit-il d’une vraie politique ou de manœuvres médiatiques à usage interne ou externe, ou encore de sondages d’opinion ? Force est de constater que cette forme de « boulitique » nous ramène en plein dans les années 1970 et aux traditions des polices politiques des pays de l’Est.

 

Vos rencontres avec le FIS et le FLN ont fait grand bruit.

En premier lieu, les faits. J’ai rencontré ces deux partis dans la volonté de désamorcer le recours à la violence. C’était à la veille des prières du vendredi. Il risquait d’y avoir des dérapages. Il fallait être vigilant et éviter que l’Algérie n’entre dans un cycle d’affrontements. Tels sont les faits ! Alors, comment a-t-on pu transformer cette obsession de la paix, qui ne souffre d’aucun préalable, en alliance ou « front » d’opposition ? J’en suis consterné. Est-ce dû à la perversion du matraquage médiatique ? Ou alors à une opposition à ce point dépolitisée et infantilisée qu’elle en oublie elle-même sa propre soif de paix et de tranquillité et de refus du sang versé ? Quant à la pseudo déstabilisation de la base (du FFS, ndla), le mensonge et la propagande n’ont fait que la galvaniser.

 

Au vu de la situation, ces contacts risquent alors d’avoir lieu chaque jeudi ?

Personne ne va nous dicter notre politique de contacts. Nous n’avons aucun préalable à des contacts pour le maintien et la sauvegarde de la paix civile ; ne pas nous imposer d’autres vues. Nos militants sont avertis des tentatives de manipulation. Nous sommes prêts à avoir des contacts tous azimuts quand nous voudrons, avec qui nous voudrons et au moment où nous le déciderons. Notre devise restera ni Etat policier ni République intégriste. La conviction que nous avons désormais est qu’un clan de l’ex-parti unique a pris le pouvoir, c’est cela qu’on veut banaliser en faisant oublier qu’il y a un coup d’Etat en focalisant l’opinion sur d’autres choses. En accusant par exemple certains partis mais ces techniques ne vont pas loin. Depuis deux ans, on ne cesse de nous accuser d’être alliés tantôt au FLN tantôt au FIS, tout en affirmant que nous faisons cavalier seul. Je le répète, il n’y a jamais eu, il n’y aura jamais d’alliances sur quelques problèmes que ce se soit.

 

Vos propos concernant « les montagnes » ont choqué.

Je sais que je suis dans le collimateur et on tentera de travestir et de transformer tout ce que je dirai y compris le langage de patriote et de démocrate que je ne cesse de tenir. Or, mes paroles étaient celles d’un Algérien qui n’acceptera des leçons de patriotisme de personne. A la question « l’Algérie sera-t-elle l’Iran ? » J’ai dit que tant que les intégristes sont implantés essentiellement dans les villes et qu’ils ne sont pas dans les montagnes, le rapport de force ne sera jamais en leur faveur. En clair, les montagnes sont pour moi le symbole de la liberté : l’épine dorsale de l’Unité nationale et je le souhaite, le garant pacifique du retour à la démocratie. Mon discours avait une double destination. Aux Algériens il disait : « Ne perdez pas espoir, ne démissionnez pas. » Il s’agissait d’empêcher que le syndrome de Munich ne se propage et c’était déjà le but de la marche du 2 janvier. Au monde extérieur, il affirmait « ayez confiance en l’Algérie ». Ce n’est pas un pays mineur. Il subit une épreuve difficile mais reprendra bientôt son véritable prodige et sa véritable dimension ?

 

Siègerez-vous au Conseil consultatif ?

Nous ne connaissons ni les prérogatives, ni le fonctionnement ni même la future composition de cet organisme. J’apprends par-ci par-là que des listes de personnalités circulent. Elles sont contradictoires et reflètent encore les jeux du pouvoir et des clans régionalistes à l’intérieur du pouvoir. De toute évidence nous ne soutenons ni institutions imposées ni faits accomplis.

 

Comment alors sortir de la crise actuelle ?

Notre Conseil national composé de 260 membres s’est réunit le jeudi 16 (janvier) et a proposé une sortie raisonnable de cette crise. En premier lieu, l’élection d’une Assemblée constituante à un moment où le régime ne dispose d’aucune légitimité et où je dirai que l’Algérie est en totale anticonstitutionnalité avec elle-même. En second lieu, la constitution d’un gouvernement provisoire en vue de préparer cette échéance constituante notamment par une loi électorale démocratique. Cela suppose que ce gouvernement soit composé de personnes intègres et non partisanes, ou alors qu’il soit de coalition mais cela doit résulter de larges consultations. Dans cette perspective une chose s’impose. La démission du gouvernement Ghozali dont la seule mission était d’organiser des élections propres, honnêtes et… formidables. Ce gouvernement n’a plus sa raison d’être puisque ni le Président de la République ni l’APN ne sont là pour lui demander des comptes. Telle est la sortie de crise que propose le FFS. Ce dernier ne veut rien imposer et il est prêt à discuter librement pour sortir de l’impasse mais il n’acceptera pas de compromissions aux dépens de l’avenir démocratique du pays.

 

Que pensez-vous de l’arrestation de Hachani ?

Il est difficile de le charger car il est déjà privé de sa liberté, mais je ne peux cautionner tout appel de nature à déstabiliser les institutions. L’Etat étant déjà lui-même fortement déstabilisé. Je suis un militant des droits de l’homme et je ne peux pas me taire sur les menaces qui pèsent sur la presse à la suite des arrestations qui viennent d’être opérées. Le code de l’information est déjà en lui-même un dispositif scélérat et que dire si la répression devait aggraver les phénomènes d’autocensure et de langue de bois qui gagnent les médias. On a observé que la sortie du communisme a été plus dure que la sortie du nazisme vers la démocratie. Et quel Algérien attaché au prestige de son pays et au bonheur de son peuple accepterait que l’Histoire puisse un jour juger la sortie du système algérien comme ayant été la plus pernicieuse ?

 

Propos recueillis par Akram Belkaïd