Certains tweets d’Afrique du nord sont désormais entrés dans l’Histoire. Comme ce jeudi 20 janvier 2011. Le cyberactiviste tunisien, Slim Amamou, fraichement nommé au sein du premier gouvernement post-Ben Ali, tweete en direct le premier conseil des ministres du gouvernement post-Ben Ali. Tout un symbole. Quelques semaines plus tard en Egypte, Wael Ghonim tweetera sobrement: «Revolution 2.0: Mission Accomplie #Jan25». Hosni Moubarak venait d’annoncer sa démission.
Twitter a aussi traversé le Sahara. Et s’est déjà construit une petite histoire, faite d’anecdotes et d’usages, d’hashtag et de retweets. Parmi les personnalités présentes et remarquées: des chefs d’Etat, des activistes, des citoyens lambda… Beaucoup de jeunes. 60% des twittos Africains ont moins de 30 ans, selon une récente étude du cabinet de conseil Portland.
Nouvel Etat, présidents, militaires et terroristes…
Sur la twittosphère sub-saharienne, on croise aussi des militaires kenyans haut-gradés et des insurgés shebab qui annoncent leurs attaques ou vantent leurs faits d’arme en 140 caractères. Surprenante guerre d’influence sur le cyberespace. Et quand les équipes numériques du président rwandais identifient des messages trop critiques sur Twitter, c’est Paul Kagame en personne qui contre-attaque. Echanges publics surréalistes entre un chef d’Etat qui s’exprime dans un style littéraire «texto» et un journaliste britannique…
L’année qui s’est écoulée a été aussi marquée par ces politiques et ces Etats africains débarqués officiellement sur Twitter. Au printemps dernier, le président sud-africain Jacob Zuma a fait une entrée remarquée. Son premier tweet, envoyé depuis un iPhone par ses équipes numériques, a salué l’esprit démocratique en Afrique du Sud tout en remerciant «les citoyens pour leur participation active. C’est magnifique. Votez le 18 mai !». A Pretoria, les stratèges geeks de la présidence se sont justifiés ainsi: «Il a décidé de rejoindre le monde de Twitter pour mieux communiquer ses actions et atteindre une plus large audience, les jeunes et les vieux, à l’échelle nationale et internationale». L’Afrique du Sud est le pays d’Afrique où l’on tweete le plus.
Un mois plus tard, le 9 juillet 2011, l’indépendance du Soudan du Sud est proclamée. La veille, le nouveau gouvernement avait déjà posté son premier tweet sur le compte officiel du 193ème Etat.
Techno et gouvernance, l’exception kenyane
Le site de micro-blogging s’est imposé comme l’outil stratégique incontournable, vecteur d’influence par excellence où l’action d’un Etat est mise en scène en 140 caractères, avec plus ou moins de brio. Du storytelling pur. Mais parfois aussi un premier pas vers une gouvernance rénovée autour des concepts de transparence et de participation. Tout du moins lorsque cette présence sur Twitter s’inscrit dans une stratégie numérique plus globale.Comme au Kenya où les nouvelles technologies de l’information sont mises à contribution par un «gouvernement Open Data» pour transformer la relation avec ses citoyens et faire émerger des solutions innovantes aux maux du pays.
Fervent adepte des nouvelles technologies et de Twitter, l’ex-ministre des Finances kenyan, Uhuru Kenyatta, invitait les citoyens à soumettre leurs contributions pour la constitution du budget 2012. Un tweet pour engager la conversation, mobiliser et créer une communauté d’idées. Bienvenue dans la gouvernance 2.0. Encore une exception. De l’autre côté de la frontière, en Ouganda, Twitter est toujours perçu comme un dangereux outil de propagande à interdire. Et les dictateurs ont en horreur ces gazouillis éprouvés pour organiser des manifestations, de Tunis jusqu’à Téhéran en passant par Abuja et Le Caire.
Du virtuel au réel
Mais Twitter a aussi servi à mobiliser dans l’urgence parfois, pour agir sur des dossiers où les Etats trainent. Comme cet été pour organiser l’aide et la collecte de fonds pour secourir les victimes de la famine qui sévit dans la corne de l’Afrique. Près de 20 tweets par minute sur ce drame en juillet dernier. Mobilisation panafricaine de citoyens qui ne s’étaient pour la plupart jamais impliqués de la sorte. Et certaines initiatives ont permis de récolter plusieurs millions de dollars en quelques semaines sur Twitter.
Pendant le dernière crise, les Ivoiriens avaient utilisé Twitter pour s’échanger des informations de base ou de première nécessité, tout simplement pour s’entraider. Mais aussi comme un espace d’expression et de revendication pour l’opposition à Laurent Gbagbo. Ce dernier était lui aussi présent sur Twitter et c’est d’ailleurs sur son compte qu’avait été annoncée la proclamation du couvre-feu le 1er décembre 2010 alors que Alassane Ouattara était donné vainqueur.
Autour de hashtag comme #civ ou #gbagbo des twittos de Côte d’Ivoire et du monde entier ont ensuite suivi en live et ont contribué à accélérer la chute de Gbagbo. Sur Twitter et plus largement sur les réseaux sociaux, il était en quelque sorte déjà condamné par l’opinion publique bien avant son arrestation filmée avec des téléphones portables. Les images ont ensuite fait le tour du web sur You Tube. D’autres hashtags ont réussi l’exploit de faire trembler des gouvernements comme récemment #OccupyNigeria ou actuellement #Wadedegage au Sénégal.
L’Afrique construit sa mythologie 2.0 sur les réseaux sociaux. Outre ces histoires politiques et cyberactivistes, Twitter est d’abord utilisé par les jeunes pour échanger entre amis, faire des rencontres et pour s’informer. Le réseau est en croissance en Afrique. Même si Facebook et MXit demeurent encore les plus populaires sur le continent. Le géant de Palo Alto y compte près de 32 millions d’utilisateurs. Bien moins que MXit, le réseau social mobile made in Stellenbosch en Afrique du Sud qui, sans pavoiser, jouit de 45 millions d’utilisateurs principalement en Afrique.
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Les pays africains qui tweetent le plus

