Nigéria: la révolution africaine 2.0 en marche

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Joan Tilouine


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«Le combat continue, ce n’est que le début. Pas la fin.» C’est en ces termes que des activistes et des manifestants nigerians appellent à continuer le mouvement de contestation ce mardi 17 janvier au matin sur les réseaux sociaux. De Lagos à Kano en passant par l’ambassade nigériane de Washington, les «protesters» ne démordent pas.

Et ce même jour sur Twitter, une journaliste de BBC Afrique informe que l’activiste et défenseur des droits de l’Homme nigérian Shehu Sanni lui a confié que la majorité des organisations de la société civile s’opposent à la levée des manifestations. «Les manifestations vont continuer».

La veille, les syndicats nigérians ont appelé à la «suspension» de la gigantesque grève générale qui bloque le pays depuis une semaine. La cause de cette ire nationale: une hausse significative du prix de l’essence à la pompe passé de 0,30 euros (65 nairas) à près de 0,67 euros (environ 140 nairas). Effet poudrière dans cet Etat producteur de pétrole. Avec pour toile de fonds de graves tensions politico-religieuses entre musulmans et chrétiens. Le tout aggravé par une gouvernance douteuse, des pratiques de corruption dénoncées avec verve par les activistes et une violence de l’armée qui n’a pas hésité à tirer sur les manifestants.

Et le communiqué officiel du gouvernement ce jour est sans équivoque: «Tout individu ou groupe d’individus appelant à un changement de régime avant la fin de la présente législature commet une trahison et sera arrêté et poursuivi en justice, peu importe qui il est». Une réponse particulièrement menaçante aux revendications du peuple qui n’est pas sans rappeler les tentatives autoritaires de Ben Ali avant d’adoucir son discours, libérer les cyberactivistes emprisonnés et rétablir internet…C’était trop tard.

Un «marathon» vers la démocratie

Près d’un an après la chute du dictateur tunisien Ben Ali, une nouvelle révolution cherche-t-elle à voir le jour en Afrique ? Un

parallèle avec un printemps arabe à la tunisienne ? Trop simple et en décalage avec l’essence de cet «Occupy Nigeria», selon le blogueur Japeth Omojuwa, à la pointe du mouvement. C’est lui qui, l’an passé, avait pointé les dérives budgétaires d’un gouvernement qui avait réservé 200 millions de nairas (près de 960 000 euros) pour arroser les jardins de la présidence.

Dans un post publié le 17 janvier, Omojuwa explique: «J’ai toujours dit que notre lutte initiale n’était pas un Harmattan ( un vent saharien, NDLA) façon Printemps arabe car ce n’était pas pour un changement de régime.(…). Notre but premier était d’éveiller les Nigérians sur les réalités de ce gouvernement». Et d’ajouter: «cette quête pour un meilleur Nigeria est un marathon, pas un sprint».

De l’usage des réseaux sociaux et d’autres cyberarmes

Face à la répression, c’est sur internet et les réseaux sociaux que blogueurs et cyberactivistes organisent le mouvement, mobilisent les troupes et coordonnent les actions de terrain. #OccupyNigeria, #Fuelsubsidy, ces hashtags qui servent de cri de ralliement sur Twitter, font office de cellule de résistance, et donnent le pouls en direct des évènements qui se déroulent un peu partout dans le pays depuis plus d’une semaine.

Avec comme cyberarmes, la branche nigériane de l’organisation globale d’hacktivistes Anonymous. Dans un communiqué diffusé le 10 janvier, ces «hackers libertaires» pro-démocratiques ont exposé leurs revendications. Avec une rhétorique qui leur est propre et qui a contribué à leur succès. «Nous demandons que vous réduisiez les dépenses du gouvernement de 60 %, que vous éliminiez le gaspillage, que vous mettiez fin à la corruption et au copinage politique, que vous réduisiez le prix de l’essence (…) Nous demandons l’arrêt immédiat des tueries de manifestants innocents».

Une semaine plus tard, un collectif de hackers, NaijaCyberHactivists, est passé à l’action sur un site de l’armée qu’ils ont  «défacé», c’est à dire pris possession de la page d’accueil d’où ils ont posté un message de leur cru. «Nous et le peuple nigérian ne demandons rien d’autres que l’évacuation immédiate des militaires de nos rues». Deux jours plus tard, le site n’est toujours pas accessible mais dans les rues, les smartphones continuent d’orienter les manifestants et d’informer le monde.

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Uproot Nigeria, un réseau social alternatif et sécurisé pour Occupy Nigeria

Photo: CC Nicdalic

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