Vers un journalisme africain innovant

L'Auteur

Joan Tilouine


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Réunis à Tunis en novembre dernier, des patrons de presse de 48 Etats africains  ont planché sur l’état des médias sur le continent. Objectif: dresser un état des lieux et mettre en oeuvre une stratégie d’ampleur pour faire évoluer le paysage médiatique africain.

Un sommet de deux jours qui s’est soldé par une déclaration de Tunis dans laquelle figurent à quatre reprises les termes «innovant» et «innovation». Voilà les mots clés qui guident les acteurs de la presse africaine, un secteur dont l’avenir se déroule sur le web et sur les plateformes mobiles.

Ou comment s’adapter à l’évolution technologique et offrir du contenu approprié aux usages de la population, désormais massivement équipée de téléphones portables traditionnels et de smartphones. Mais aussi de plus en plus présente sur les réseaux sociaux. Autant de supports de diffusion de l’information qui appellent à de nouvelles écritures et à de nouveaux formats de narration prenant en compte une interaction renouvelée avec le public. Virage numérique.

Des dollars pour les projets innovants

Pour accompagner cette transition, l’organisation non gouvernementale Initiative pour les Médias Africains (AMI) a lancé un grand concours d’innovation technologique dans les médias africains.

Basée à Nairobi au Kenya et dirigée par l’homme de média sénégalais Amadou Mahtar Ba, l’AMI a réussi à cristalliser le soutien financier des géants américains du contenu. A commencer par la prestigieuse et indispensable fondation des frères Knight qui promeut à coup de millions de dollars l’innovation «pour un journalisme de qualité à l’ère numérique».

Google, le département d’Etat et d’autres organisations philanthropiques américaines sont associés à la mise en oeuvre de ce «Challenge pour l’innovation dans les médias africains». A la clé: un million de dollars distribué en bourses d’un montant de 12 500 à 100 000 dollars. Mais aussi un accompagnement des projets sélectionnés, un appui technologique pour leur concrétisation et une jolie communication y compris lors du festival incontournable et branché d’arts et de technologie SXSW, qui se déroule chaque année à Austin au Texas.

De quoi inciter les patrons de presse et les journalistes africains à miser sur le journalisme innovant. Pour M.Ba de l’AMI, c’est l’opportunité de faire passer un message: «Si vous avez des idées innovantes pour améliorer le paysage médiatique africain, nous allons vous aider à les réaliser». Reste à savoir si les projets en langue anglaise n’auront pas l’avantage  sur les francophones…

Journaliste + développeur = binôme d’avenir

C’est justement lors d’une conférence de la fondation Knight aux Etats-Unis que l’idée d’un réseau rassemblant journalistes («hacks» en argot américain) et techies a vu le jour. Hacks/Hackers est né en 2009 dans la baie de San Francisco. Avec pour ambition de réunir et de faire travailler ensemble des journalistes et des développeurs pour créer des nouveaux formats de narration sur le web, utiliser et faire parler les data, accoucher d’application journalistique…Bref, pour redynamiser les pratiques numériques des médias.

Depuis, des antennes («chapitres») se sont créées un peu partout aux Amériques et en Europe. Mais aussi en Afrique. Le premier «chapitre» sur le continent s’est développé à Johannesburg, depuis mai dernier. Avec pour organisateur, le journaliste d’investigation et innovateur sud-africain Justin Arenstein.

De retour d’une année dans la Silicon Valley, invité par la fondation Knight à l’université de Stanford où il s’est notamment perfectionné au journalisme de données et aux bienfaits de la gouvernance 2.0, M.Arenstein joue désormais un rôle central dans le développement de l’innovation dans les médias africains. Et fait office de conseiller du «Challenge pour l’innovation dans les médias africains» mais aussi de l’AMI.

«Il y a un support financier de la fondation Knight pour permettre aux acteurs des médias africains d’expérimenter, prendre des risques, élaborer des nouvelles plateformes, des nouveaux outils et de nouvelles approches du journalisme», explique-t-il. Et d’ajouter: «L’enjeu est de s’adapter aux usages des Africains qui utilisent massivement les mobiles pour écrire des sms, gérer leurs comptes en banques mais aussi pour s’informer».

Le réseau Hacks/Hackers se développe sur le continent où il compte désormais une vingtaine d’antennes dont la petite dernière devrait ouvrir prochainement au Caire.

>> Pour aller plus loin

Les Etats-Unis ne constituent heureusement pas la seule source d’inspiration en terme d’innovation dans les médias. Plus proche, la Tunisie avec la bouillonnante scène de journalistes et développeurs qui oeuvrent à révolutionner les médias numériques mais aussi la gouvernance. A l’image du média tunisien «né de la révolution» FHIMT.com qui a ouvert la voie d’un journalisme de données (data journalisme) de qualité en Afrique. Avec des productions régulières de visualisations de données (dataviz) qui associent la rigueur éditoriale de journalistes, le travail de développeurs et de graphistes/designers/videomen. Le tout accompagné d’actions militantes et citoyennes en faveur de la transparence gouvernementale et de l’Open data.

Le blog/laboratoire de l’école de journalisme de Sciences Po (Paris) sur Slate.fr.

Owni.fr: 2 ans de data journalisme vus par le Guardian

Owni.fr: le data journalisme notre religion

FHIMT.com: Bidouilleurs et hackers se réunissent pour écrire le premier manuel de datajournalisme

Et en attendant ce premier manuel, des tutoriels simples sont mis en accès libre par l’école de journalisme de l’université de Berkeley (en anglais)

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