L’Afrique contée en visualisation de données

L'Auteur

Joan Tilouine


Topics

Raconter l’Afrique à travers les données statistiques offre un nouveau regard sur le continent. Visualiser ces données est un art visuel mais également un exercice de narration du réel presque scientifique qui repose sur des faits, des chiffres, des indices statistiques non interprétés idéologiquement. Une démarche qui permettrait d’échapper au sempiternel débat sur cette impossible objectivité du journaliste par exemple. Il y a encore trop peu de données statistiques disponibles sur l’Afrique, en libre accès sur les portails internet des gouvernements et des institutions internationales, mais le mouvement «Open data» commence à se développer sur le continent. Comme le démontre la récente initiative du gouvernement kényan qui a mis en ligne sur internet un portail de visualisation de données statistiques parmi les plus élaborés au monde. La base line du portail est sobre mais audacieuse: «Open Kenya: Afrique transparente». Et si la transparence politique et économique en Afrique jaillissait de ces milliers de lignes statistiques ? De quoi effrayer certains dirigeants. Pourtant, les tiroirs et les serveurs intranet des gouvernements d’Afrique et d’ailleurs sont remplis de données statistiques issues d’études économiques, des recensements, des listes électorales, des rapports d’assemblées parlementaires, des budgets des organismes d’État…

Vers une nouvelle gouvernance

La plupart des décisions politiques et économiques trouvent leur origine dans des données statistiques qui apportent un éclairage cru mais unique et indispensable pour comprendre avant d’agir. De manière plus pratique, les visualisations de données sur la géolocalisation des banques et autres services peuvent être d’une utilité sans égal en Afrique. Imaginez un habitant d’une zone rurale qui pourrait savoir très simplement grâce à une visualisation de données de géolocalisation sur son téléphone (un Africain sur deux en est équipé) qu’un nouveau bureau de poste a ouvert dans un village des environs et qu’il n’a plus besoin de consacrer une journée à cette tâche en se rendant à la capitale.Et si ce même villageois pouvait avoir accès à la gestion du budget publique de son institution de gouvernance locale, il pourrait très facilement comprendre pourquoi sa zone n’a pas l’électricité courante pourtant promise en période électorale et éventuellement protester contre la gestion douteuse des notables au pouvoir régional. On en est pas encore là même si le Kenya ouvre la voie.

Mais il est évident que certains États lutteront âprement pour empêcher la libéralisation de leurs données statistiques perçues comme des informations stratégiques, d’intelligence et de transparence qui renforcent, par la connaissance, le pouvoir du citoyen et son droit de regard sur la gestion du pays. Car pour un État, l’ouverture au public de ces données s’accompagne d’une nouvelle pratique de sa gouvernance et d’une nouvelle relation avec ses citoyens basée sur l’interaction, l’échange de connaissance et d’idées qui repose sur une confiance mutuelle encore plus forte. Le tout au service de l’intérêt général. Une sorte de «contrat social» réadapté au 21ème siècle. Les américains appellent cela la gouvernance 2.0.

L’art de la visualisation désormais populaire

Il ne suffit pas d’avoir accès aux données statistiques brutes. Aucun être humain n’est capable de digérer et interpréter des dizaines de milliers de données statistiques même soigneusement compilées dans un tableur style Excel. La visualisation de ces données est donc une étape indispensable dans ce processus de transparence et de partage d’une information visuelle complexe mais rendue compréhensible par tous. Le portail kényan offre des données statistiques accompagnés des outils de visualisation. Tout comme la Banque mondiale, la Banque Africaine de développement (BAD), les Nations Unies, l’Organisation internationale du travail. Mais tous ne le font pas.

C’est pourquoi des ingénieurs, des codeurs, des designers, des journalistes, des activistes contribuent à rendre ces informations statistiques plus belles et plus claires. La visualisation de données est un art nécessaire selon David Mc Candless, journaliste de données et auteur de l’ouvrage Information is beautiful (L’information est magnifique) qui explique sur la scène de la conférence TED:  «Le design des informations est là pour résoudre les problèmes de l’information. Et il semble que nous ayons beaucoup de problèmes d’information dans nos sociétés en ce moment, depuis la surcharge et la saturation jusqu’à l’effondrement de la confiance et de la fiabilité ou encore le scepticisme effréné et le manque de transparence. Et souvent, grâce à la visualisation de données statistiques, on peut obtenir de la clarté ou la réponse à une question simple très rapidement».

Les techniques sont parfois complexes et requièrent d’écrire couramment en différents langages de programmation. Ou encore de manier à merveille les logiciels de graphisme professionnel. Mais la visualisation de données n’est plus vraiment l’apanage de ces experts. Il existe désormais une palette d’applications et de logiciels en ligne qui permettent de donner vie aux données statistiques sans écrire une ligne de code. Le plus connu – et l’un des plus simples – est ce service gratuit, le Public data Explorer, lancé par Google en mars 2010. En fait, le géant californien a acquis en 2007 le logiciel Trendalyzer, développé par le pétulant professeur suédois Hans Rosling, qui permet la création de visualisation animée de statistiques. Cet universitaire, expert en politique de santé et de développement est un passionné de la visualisation de données qu’il racontait avec le sens du show dans un programme à succès diffusé sur la BBC. C’est d’ailleurs avec cet outil simple que Hans Rosling explore une Afrique plurielle depuis 1800 jusque 2009 dans une intéréssante visualisation de données intitulée «L’Afrique n’est pas un pays !». Une nouvelle façon de conter l’Afrique.

# Une petite galerie d’une Afrique statistique

L’ingénieur et designer allemand Kai Krause a voulu rétablir une sorte de vérité cartographique d’échelle sur l’Afrique, souvent considérée comme plus petite et mal représentée dans nos esprits où flottent quelques vagues repères sur l’Afrique: plus de 30 millions de km2, plus d’un milliard d’habitants…Et puis, comment se représenter 30 millions de km2 ? Avec quels repères ? Ci dessous, sa visualisation intitulée «La véritable taille de l’Afrique ».


Cliquer sur l’image pour l’agrandir

 

Pour aller plus loin, l’ interface multimédia du journal britannique The Guardian qui retrace en cartographie l’évolution des frontières d’Afrique de 1900 à nos jours.

Cliquer sur l’image pour être redirigé vers The Guardian (en anglais)

 

 

 

 

 

En Afrique, il y a aujourd’hui 500 millions de personnes équipées de téléphone mobile. Près d’un africain sur deux en a un dans sa poche. Un marché juteux que se bataillent les grandes firmes de téléphonie mobile. Nokia, avec une stratégie d’implantation agressive sur le continent, sort largement en tête selon cette infographie du graphiste sud-africain Ivan Colic de Afrographique.

 

 

 

Une leçon magistrale et pleine d’humour du professeur suédois Hans Rosling sur l’impact de la visualisation de données pour observer le monde. Classique mais incontournable. (vidéo en anglais sous-titrée français)

Et l’internet ?La connectivité de l’Afrique s’est considérablement améliorée ces dix dernières années. Une visualisation de données réalisée par la BBC retrace l’évolution depuis 1998 jusqu’en 2010 à travers les données statistiques des personnes connectés mais aussi des câbles.

L’Afrique va connaître une hausse spectaculaire de sa connectivité à l’internet d’ici 2015. Comme l’illustre cette infographie réalisée pour le magazine américain Mashable (en anglais).

 


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17 réactions

  1. Le 31 juillet 2011 à 10 h 47 min

    Merci. Ces articles très intéressants et motivants. La visualisation de données est un domaine de la communication qui connaît un renouveau heureux. Elle nous aide à nous représenter la complexité des évolutions du monde, notamment en s’intéressant à des informations considérées comme alternatives, secondaires ou très pointues. D’autre part, concernant l’Afrique, la rapidité des implications des évolutions technologiques sur les modes de vie visible dans différentes régions africaines me frappe à chaque fois. Le téléphone portable, par exemple, est devenu un outil majeur de transformation sociale.

  2. alexandre peter sorensen
    Le 31 juillet 2011 à 15 h 14 min

    Ces articles permettront à l’Afrique de s’offrir d’autres modèles de développement qui prennent qui tiennent compte des aspects de la modernisation technologique que nous connaissons aujourd’hui.
    Ces technologies répertoriées constituent une source d’informations précieuses destinées aux agents économiques et aux acteurs de la vie sociale et économique en vue de la prise de décisions sérieuses et cohérentes pour un meileur développemment du continent qui en a tant besoin.
    APS

  3. Victor Medina
    Le 31 juillet 2011 à 21 h 12 min

    Il y deux années j’ai analysé les étudiants en faisant des études ailleurs. J’ai été étonné que le pays qui recoit le plus d’étudiants d’Afrique était la France. Par contre le pire gaspillage l’a fait, selon mes connasainces l’Angleterre, suivie du Portugal et Netherlands(Pays Bas). Surtout ils ont trafiqué des gens, oui ces trois pays ont profité de l’esclavagisme. Ils ne sont pas tous seuls, il y a aussi le italienset les américains qui on bien profité, aussi.

    J’aimerais savoir, du point de vue africain quels pays et cultures ont fait le pire envers l’Afrique et aussi quels pays continuent a le faire au XXIeme siécle.

  4. Le 27 août 2011 à 4 h 24 min

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  3. Par DATA FLOW - Pearltrees le 14 janvier 2012 à 17 h 06 min

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