Un anonymous marocain à l’assaut d’un site porno

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lu sur…Associated Press. Un pirate informatique marocain de 17 ans a obtenu l’accès au données personnelles de plus de 350 000 utilisateurs du site pornographique Brazzers. Le hacker se serait immiscé dans les serveurs via un forum désactivé. C’est en tout cas l’hypothèse évoquée par la directrice de communication de Manwin Holding qui gère depuis le Luxembourg des sites X parmi les plus connus au monde.

Dans un communiqué, le groupe a indiqué enquêter actuellement et a affirmé qu’aucune donnée bancaire de clients n’avait fuité. Même si au début de la semaine passée, des centaines de milliers de données d’utilisateurs avaient été mises en lignes sur internet. Certaines données permettaient de débusquer les vrais noms des utilisateurs abonnés et leur pays d’origine.

Ce week-end, le hacker a revendiqué son offensive par un e-mail adressé à l’agence Associated Press. Lui se présente comme un adolescent de 17 ans qui se revendique de la nébuleuse hacktiviste Anonymous, connue pour avoir ciblé l’église de Scientologie, la CIA ou encore pour avoir soutenu le mouvement de révoltes arabes en Tunisie et en Egypte sur le cyberespace. Dans cet e mail, il précise: «Je ne l’ai pas fait pour l’argent». Mais il prétend avoir voulu attirer l’attention sur la vulnérabilité du site.

 

Facebook ferme une page djihadiste tunisienne

Lu sur.. le site d’information tunisien Tekiano.com. Le réseau social Facebook vient de bannir une page douteuse sur laquelle étaient postés des «appels à la violence, incitations au meurtre, manuels de fabrication de bombes et kalachnikovs faits maison».

Le nom de la page, en arabe, était sans équivoque: «La page officielle des forces djihadistes en Tunisie». Et leurs administrateurs n’hésitaient pas à reprendre les citations ou à faire l’éloge de feu Oussama Ben Laden et des caciques d’al-Qaïda. Jusqu’à menacer de mort des intellectuels et activistes tunisiens vertement critiques à l’égard d’un islamisme djihadiste. Parmi les cibles, Tekiano.com cite notamment «le franc-tireur islamiste» 2.0,  Jalel Brick, le journaliste de la chaîne satellitaire privée tunisienne NessmaTV, Sofiéne Ben Hamida, ou encore l’universitaire réputée Raja Ben Slama.

Cette page avait été repérée par les internautes tunisiens qui l’avaient signalée au réseau social. Facebook est passé à l’acte et a clôturé la page mardi 7 février.

Lire l’article complet sur Tekiano.com

Tweet of Africa

Certains tweets d’Afrique du nord sont désormais entrés dans l’Histoire. Comme ce jeudi 20 janvier 2011. Le cyberactiviste tunisien, Slim Amamou, fraichement nommé au sein du premier gouvernement post-Ben Ali, tweete en direct le premier conseil des ministres du gouvernement post-Ben Ali. Tout un symbole. Quelques semaines plus tard en Egypte, Wael Ghonim tweetera sobrement: «Revolution 2.0: Mission Accomplie #Jan25». Hosni Moubarak venait d’annoncer sa démission.

Twitter a aussi traversé le Sahara. Et s’est déjà construit une petite histoire, faite d’anecdotes et d’usages, d’hashtag et de retweets. Parmi les personnalités présentes et remarquées: des chefs d’Etat, des activistes, des citoyens lambda… Beaucoup de jeunes. 60% des twittos Africains ont moins de 30 ans, selon une récente étude du cabinet de conseil Portland.

Nouvel Etat, présidents, militaires et terroristes…

Sur la twittosphère sub-saharienne, on croise aussi des militaires kenyans haut-gradés et des insurgés shebab qui annoncent leurs attaques ou vantent leurs faits d’arme en 140 caractères. Surprenante guerre d’influence sur le cyberespace. Et quand les équipes numériques du président rwandais identifient des messages trop critiques sur Twitter, c’est Paul Kagame en personne qui contre-attaque. Echanges publics surréalistes entre un chef d’Etat qui s’exprime dans un style littéraire «texto» et un journaliste britannique…

L’année qui s’est écoulée a été aussi marquée par ces politiques et ces Etats africains débarqués officiellement sur Twitter. Au printemps dernier, le président sud-africain Jacob Zuma a fait une entrée remarquée. Son premier tweet, envoyé depuis un iPhone par ses équipes numériques, a salué l’esprit démocratique en Afrique du Sud tout en remerciant «les citoyens pour leur participation active. C’est magnifique. Votez le 18 mai !». A Pretoria, les stratèges geeks de la présidence se sont justifiés ainsi: «Il a décidé de rejoindre le monde de Twitter pour mieux communiquer ses actions et atteindre une plus large audience, les jeunes et les vieux, à l’échelle nationale et internationale». L’Afrique du Sud est le pays d’Afrique où l’on tweete le plus.

Un mois plus tard, le 9 juillet 2011, l’indépendance du Soudan du Sud est proclamée. La veille, le nouveau gouvernement avait déjà posté son premier tweet sur le compte officiel du 193ème Etat.

Techno et gouvernance, l’exception kenyane

Le site de micro-blogging s’est imposé comme l’outil stratégique incontournable, vecteur d’influence par excellence où l’action d’un Etat est mise en scène en 140 caractères, avec plus ou moins de brio. Du storytelling pur. Mais parfois aussi un premier pas vers une gouvernance rénovée autour des concepts de transparence et de participation. Tout du moins lorsque cette présence sur Twitter s’inscrit dans une stratégie numérique plus globale.Comme au Kenya où les nouvelles technologies de l’information sont mises à contribution par un «gouvernement Open Data» pour transformer la relation avec ses citoyens et faire émerger des solutions innovantes aux maux du pays.

Fervent adepte des nouvelles technologies et de Twitter, l’ex-ministre des Finances kenyan, Uhuru Kenyatta, invitait les citoyens à soumettre leurs contributions pour la constitution du budget 2012. Un tweet pour engager la conversation, mobiliser et créer une communauté d’idées. Bienvenue dans la gouvernance 2.0. Encore une exception. De l’autre côté de la frontière, en Ouganda, Twitter est toujours perçu comme un dangereux outil de propagande à interdire. Et les dictateurs ont en horreur ces gazouillis éprouvés pour organiser des manifestations, de Tunis jusqu’à Téhéran en passant par Abuja et Le Caire.

Du virtuel au réel

Mais Twitter a aussi servi à mobiliser dans l’urgence parfois, pour agir sur des dossiers où les Etats trainent. Comme cet été pour organiser l’aide et la collecte de fonds pour secourir les victimes de la famine qui sévit dans la corne de l’Afrique. Près de 20 tweets par minute sur ce drame en juillet dernier. Mobilisation panafricaine de citoyens qui ne s’étaient pour la plupart jamais impliqués de la sorte. Et certaines initiatives ont permis de récolter plusieurs millions de dollars en quelques semaines sur Twitter.

Pendant le dernière crise, les Ivoiriens avaient utilisé Twitter pour s’échanger des informations de base ou de première nécessité, tout simplement pour s’entraider. Mais aussi comme un espace d’expression et de revendication pour l’opposition à Laurent Gbagbo. Ce dernier était lui aussi présent sur Twitter et c’est d’ailleurs sur son compte qu’avait été annoncée la proclamation du couvre-feu le 1er décembre 2010 alors que Alassane Ouattara était donné vainqueur.

Autour de hashtag comme #civ ou #gbagbo des twittos de Côte d’Ivoire et du monde entier ont ensuite suivi en live et ont contribué à accélérer la chute de Gbagbo. Sur Twitter et plus largement sur les réseaux sociaux, il était en quelque sorte déjà condamné par l’opinion publique bien avant son arrestation filmée avec des téléphones portables. Les images ont ensuite fait le tour du web sur You Tube. D’autres hashtags ont réussi l’exploit de faire trembler des gouvernements comme récemment #OccupyNigeria ou actuellement #Wadedegage au Sénégal.

L’Afrique construit sa mythologie 2.0 sur les réseaux sociaux. Outre ces histoires politiques et cyberactivistes, Twitter est d’abord utilisé par les jeunes pour échanger entre amis, faire des rencontres et pour s’informer. Le réseau est en croissance en Afrique. Même si Facebook et MXit demeurent encore les plus populaires sur le continent. Le géant de Palo Alto y compte près de 32 millions d’utilisateurs. Bien moins que MXit, le réseau social mobile made in Stellenbosch en Afrique du Sud qui, sans pavoiser, jouit de 45 millions d’utilisateurs principalement en Afrique.

>> Pour aller plus loin

Les pays africains qui tweetent le plus

 

Cette Afrique vue par les agences de notation

Selon les trois grandes agences de notation, l’Afrique n’existe pas ou presque. Observer le continent à travers le prisme de Fitch, Standard and Poor’s et Moody’s, jette un regard cru, en rating. Du désormais fameux AAA dont la perte a fait trembler la France au B1 de l’Egypte ou du Sénégal, le monde appréhendé par des notes sous forme de chiffres et de lettres suivis de + ou -. Ou comment évaluer la solvabilité des Etats et des entreprises. Et ce selon quatre critères: «la vigueur de l’économie, la stabilité institutionnelle, la solidité des finances publiques et la probabilité d’un risque», expliquait le professeur Bertrand du Marais à Slate. Pour être noté, ce sont les Etats eux-mêmes qui paient ces agences ô combien controversées et à la réputation entachée depuis la surnotation attribuée à des produits financiers toxiques tels que les redoutables subprimes.

La carte ci-dessous visualise les notes attribuées en janvier 2012 par les trois grandes agences aux pays africains qui en ont émis le souhait. Ces «données» (data) ont été rendues disponibles par le Data blog du Guardian. Ces données sont libre de droits et ont été visualisées par les datajournalistes français de Datapublica à l’aide de l’outil gratuit Many Eyes, développé par IBM. Slate Afrique reproduit cette expérience en focalisant sur le continent.

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Même en Egypte, les agences de notation font la loi

Agence de notation, comment avoir une bonne note ?

Difficile de se débarrasser des agences de notation

Peut-on noter les agences de notation ?

Les agences de notation, plus de 150 ans de polémiques

Nigéria: la révolution africaine 2.0 en marche

«Le combat continue, ce n’est que le début. Pas la fin.» C’est en ces termes que des activistes et des manifestants nigerians appellent à continuer le mouvement de contestation ce mardi 17 janvier au matin sur les réseaux sociaux. De Lagos à Kano en passant par l’ambassade nigériane de Washington, les «protesters» ne démordent pas.

Et ce même jour sur Twitter, une journaliste de BBC Afrique informe que l’activiste et défenseur des droits de l’Homme nigérian Shehu Sanni lui a confié que la majorité des organisations de la société civile s’opposent à la levée des manifestations. «Les manifestations vont continuer».

La veille, les syndicats nigérians ont appelé à la «suspension» de la gigantesque grève générale qui bloque le pays depuis une semaine. La cause de cette ire nationale: une hausse significative du prix de l’essence à la pompe passé de 0,30 euros (65 nairas) à près de 0,67 euros (environ 140 nairas). Effet poudrière dans cet Etat producteur de pétrole. Avec pour toile de fonds de graves tensions politico-religieuses entre musulmans et chrétiens. Le tout aggravé par une gouvernance douteuse, des pratiques de corruption dénoncées avec verve par les activistes et une violence de l’armée qui n’a pas hésité à tirer sur les manifestants.

Et le communiqué officiel du gouvernement ce jour est sans équivoque: «Tout individu ou groupe d’individus appelant à un changement de régime avant la fin de la présente législature commet une trahison et sera arrêté et poursuivi en justice, peu importe qui il est». Une réponse particulièrement menaçante aux revendications du peuple qui n’est pas sans rappeler les tentatives autoritaires de Ben Ali avant d’adoucir son discours, libérer les cyberactivistes emprisonnés et rétablir internet…C’était trop tard.

Un «marathon» vers la démocratie

Près d’un an après la chute du dictateur tunisien Ben Ali, une nouvelle révolution cherche-t-elle à voir le jour en Afrique ? Un

parallèle avec un printemps arabe à la tunisienne ? Trop simple et en décalage avec l’essence de cet «Occupy Nigeria», selon le blogueur Japeth Omojuwa, à la pointe du mouvement. C’est lui qui, l’an passé, avait pointé les dérives budgétaires d’un gouvernement qui avait réservé 200 millions de nairas (près de 960 000 euros) pour arroser les jardins de la présidence.

Dans un post publié le 17 janvier, Omojuwa explique: «J’ai toujours dit que notre lutte initiale n’était pas un Harmattan ( un vent saharien, NDLA) façon Printemps arabe car ce n’était pas pour un changement de régime.(…). Notre but premier était d’éveiller les Nigérians sur les réalités de ce gouvernement». Et d’ajouter: «cette quête pour un meilleur Nigeria est un marathon, pas un sprint».

De l’usage des réseaux sociaux et d’autres cyberarmes

Face à la répression, c’est sur internet et les réseaux sociaux que blogueurs et cyberactivistes organisent le mouvement, mobilisent les troupes et coordonnent les actions de terrain. #OccupyNigeria, #Fuelsubsidy, ces hashtags qui servent de cri de ralliement sur Twitter, font office de cellule de résistance, et donnent le pouls en direct des évènements qui se déroulent un peu partout dans le pays depuis plus d’une semaine.

Avec comme cyberarmes, la branche nigériane de l’organisation globale d’hacktivistes Anonymous. Dans un communiqué diffusé le 10 janvier, ces «hackers libertaires» pro-démocratiques ont exposé leurs revendications. Avec une rhétorique qui leur est propre et qui a contribué à leur succès. «Nous demandons que vous réduisiez les dépenses du gouvernement de 60 %, que vous éliminiez le gaspillage, que vous mettiez fin à la corruption et au copinage politique, que vous réduisiez le prix de l’essence (…) Nous demandons l’arrêt immédiat des tueries de manifestants innocents».

Une semaine plus tard, un collectif de hackers, NaijaCyberHactivists, est passé à l’action sur un site de l’armée qu’ils ont  «défacé», c’est à dire pris possession de la page d’accueil d’où ils ont posté un message de leur cru. «Nous et le peuple nigérian ne demandons rien d’autres que l’évacuation immédiate des militaires de nos rues». Deux jours plus tard, le site n’est toujours pas accessible mais dans les rues, les smartphones continuent d’orienter les manifestants et d’informer le monde.

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Uproot Nigeria, un réseau social alternatif et sécurisé pour Occupy Nigeria

Photo: CC Nicdalic

Vers un journalisme africain innovant

Réunis à Tunis en novembre dernier, des patrons de presse de 48 Etats africains  ont planché sur l’état des médias sur le continent. Objectif: dresser un état des lieux et mettre en oeuvre une stratégie d’ampleur pour faire évoluer le paysage médiatique africain.

Un sommet de deux jours qui s’est soldé par une déclaration de Tunis dans laquelle figurent à quatre reprises les termes «innovant» et «innovation». Voilà les mots clés qui guident les acteurs de la presse africaine, un secteur dont l’avenir se déroule sur le web et sur les plateformes mobiles.

Ou comment s’adapter à l’évolution technologique et offrir du contenu approprié aux usages de la population, désormais massivement équipée de téléphones portables traditionnels et de smartphones. Mais aussi de plus en plus présente sur les réseaux sociaux. Autant de supports de diffusion de l’information qui appellent à de nouvelles écritures et à de nouveaux formats de narration prenant en compte une interaction renouvelée avec le public. Virage numérique.

Des dollars pour les projets innovants

Pour accompagner cette transition, l’organisation non gouvernementale Initiative pour les Médias Africains (AMI) a lancé un grand concours d’innovation technologique dans les médias africains.

Basée à Nairobi au Kenya et dirigée par l’homme de média sénégalais Amadou Mahtar Ba, l’AMI a réussi à cristalliser le soutien financier des géants américains du contenu. A commencer par la prestigieuse et indispensable fondation des frères Knight qui promeut à coup de millions de dollars l’innovation «pour un journalisme de qualité à l’ère numérique».

Google, le département d’Etat et d’autres organisations philanthropiques américaines sont associés à la mise en oeuvre de ce «Challenge pour l’innovation dans les médias africains». A la clé: un million de dollars distribué en bourses d’un montant de 12 500 à 100 000 dollars. Mais aussi un accompagnement des projets sélectionnés, un appui technologique pour leur concrétisation et une jolie communication y compris lors du festival incontournable et branché d’arts et de technologie SXSW, qui se déroule chaque année à Austin au Texas.

De quoi inciter les patrons de presse et les journalistes africains à miser sur le journalisme innovant. Pour M.Ba de l’AMI, c’est l’opportunité de faire passer un message: «Si vous avez des idées innovantes pour améliorer le paysage médiatique africain, nous allons vous aider à les réaliser». Reste à savoir si les projets en langue anglaise n’auront pas l’avantage  sur les francophones…

Journaliste + développeur = binôme d’avenir

C’est justement lors d’une conférence de la fondation Knight aux Etats-Unis que l’idée d’un réseau rassemblant journalistes («hacks» en argot américain) et techies a vu le jour. Hacks/Hackers est né en 2009 dans la baie de San Francisco. Avec pour ambition de réunir et de faire travailler ensemble des journalistes et des développeurs pour créer des nouveaux formats de narration sur le web, utiliser et faire parler les data, accoucher d’application journalistique…Bref, pour redynamiser les pratiques numériques des médias.

Depuis, des antennes («chapitres») se sont créées un peu partout aux Amériques et en Europe. Mais aussi en Afrique. Le premier «chapitre» sur le continent s’est développé à Johannesburg, depuis mai dernier. Avec pour organisateur, le journaliste d’investigation et innovateur sud-africain Justin Arenstein.

De retour d’une année dans la Silicon Valley, invité par la fondation Knight à l’université de Stanford où il s’est notamment perfectionné au journalisme de données et aux bienfaits de la gouvernance 2.0, M.Arenstein joue désormais un rôle central dans le développement de l’innovation dans les médias africains. Et fait office de conseiller du «Challenge pour l’innovation dans les médias africains» mais aussi de l’AMI.

«Il y a un support financier de la fondation Knight pour permettre aux acteurs des médias africains d’expérimenter, prendre des risques, élaborer des nouvelles plateformes, des nouveaux outils et de nouvelles approches du journalisme», explique-t-il. Et d’ajouter: «L’enjeu est de s’adapter aux usages des Africains qui utilisent massivement les mobiles pour écrire des sms, gérer leurs comptes en banques mais aussi pour s’informer».

Le réseau Hacks/Hackers se développe sur le continent où il compte désormais une vingtaine d’antennes dont la petite dernière devrait ouvrir prochainement au Caire.

>> Pour aller plus loin

Les Etats-Unis ne constituent heureusement pas la seule source d’inspiration en terme d’innovation dans les médias. Plus proche, la Tunisie avec la bouillonnante scène de journalistes et développeurs qui oeuvrent à révolutionner les médias numériques mais aussi la gouvernance. A l’image du média tunisien «né de la révolution» FHIMT.com qui a ouvert la voie d’un journalisme de données (data journalisme) de qualité en Afrique. Avec des productions régulières de visualisations de données (dataviz) qui associent la rigueur éditoriale de journalistes, le travail de développeurs et de graphistes/designers/videomen. Le tout accompagné d’actions militantes et citoyennes en faveur de la transparence gouvernementale et de l’Open data.

Le blog/laboratoire de l’école de journalisme de Sciences Po (Paris) sur Slate.fr.

Owni.fr: 2 ans de data journalisme vus par le Guardian

Owni.fr: le data journalisme notre religion

FHIMT.com: Bidouilleurs et hackers se réunissent pour écrire le premier manuel de datajournalisme

Et en attendant ce premier manuel, des tutoriels simples sont mis en accès libre par l’école de journalisme de l’université de Berkeley (en anglais)

Sur les routes d’Afrique avec un iPad et la 3G


Lu dans la presse britannique.
Un correspondant de l’hebdomadaire The Economist a effectué un voyage en Afrique avec pour seul compagnon de route un iPad. Plus de 8 000 km de routes et de pistes parcourues en Afrique de l’Est et dans la zone méridionale du continent. Deux régions d’Afrique parmi les mieux connectées au réseau. «Du Congo au Sahara, c’est une sorte de no man’s land pour les tablettes», constate l’auteur.

En quête de la 3G

Bien que voyageant seul avec sa tablette, le reporter était presque en permanence relié au reste du monde grâce au signal 3G. Sur la route qui relie Nairobi au Cap, presque chaque ville et village capte la 3G. «Même en bus sur les routes de campagne à travers la Tanzanie et, par intermittence, sur les routes du Zimbabwe», note-t-il tout en soulignant le coût exorbitant de la chose. De quoi considérablement alourdir le budget du voyage avec des frais de 40 dollars en moyenne par jour pour quelques méga-octets de données. Et d’ajouter qu’il est donc naturellement préférable de s’équiper d’une carte SIM locale ou d’attendre les haltes dans les hôtels équipés de réseaux Wi-FI, certes lents et contraignants mais gratuits.

De la contrainte de l’électricité et des applications utiles


Quid des applications qui enrichissent et éclairent le voyageur sur les routes d’Afrique ? Le reporter a décidé d’explorer trois types d’applications susceptibles de l’aider dans ses pérégrinations: «Les cartes, les guides de voyage et les services de réservation». En ce qui concerne les cartes, Google Maps s’est révélé le meilleur outil bien que parfois peu précis et mal renseigné. Et notre voyageur de déplorer la pauvreté des offres de cartes de qualité à télécharger ou l’impossibilité de consulter une Google map sans être connecté au réseau.

Pour les guides de voyage, plus besoin d’encombrer son sac d’épais ouvrages type Routard ou Lonely Planet. Le reporter a utilisé l’application Kindle pour accéder aux versions numériques des guides pour voyageurs déjà disponibles. Mais il porte un regard critique sur ces e-books: «Les cartes sont de très mauvaise qualité. La plupart sont des copies en noir et blanc (…) Il serait efficace qu’ils intègrent Google Earth ou qu’ils offrent des cartes interactives et en couleur. Les versions e-book des guides de voyage sont plus que bienvenus mais ressemblent à la télévision des années 1960». Un modèle numérique à réinventer donc. Et si les développeurs africains s’en chargeaient…La demande est là, reste l’offre à créer pour développer un marché.

Même constat pour les services de réservation en ligne d’hôtels et de transports. Si le reporter salue l’application de TripAdvisor, les critiques fusent à l’égard des applications de Kayak et d’Expedia dont les versions iPad sont encore moins simples d’usage que les services proposés sur le web.

Avec la quête perpétuelle de la 3G, le nerf de la guerre du voyageur pour son iPad en Afrique est l’électricité. Le reporter constate que pour contourner les fréquentes coupures de courant, la solution la plus sure est de se munir d’un adaptateur allume-cigare qui permet de recharger son appareil sur les batteries de voiture.

Heureusement qu’il reste le voyage vers l’inconnu, guidé par le hasard des rencontres et rythmé par les retards de bus, les aléas de la baroude et les nuits chez l’habitant ou à la belle étoile. Bref, un voyage offline.

Photo: CC GlobalX

Ce que les internautes d’Afrique ont googlisé en 2011

Quelles ont été les recherches formulées sur Google par les internautes africains cette année 2011 ? La plupart d’entre eux cherchent des informations sur leur pays. Mais le terme le plus souvent entré dans l’onglet de recherche de Google: «Facebook». Le réseau social est en pleine expansion sur le continent qui compte 32 millions d’utilisateurs, soit 27% des internautes africains. Un record comparé à l’Asie où 18% des internautes utilisent Facebook.

Au sein des géants du web africain (Nigeria, Kenya, Afrique du Sud), les recherches ont assez peu varié par rapport à l’an passé avec toujours Facebook dans le top 3. Et de l’Angola à l’Ethiopie, en passant par la Somalie, le Mali, le Gabon, la Côte d’Ivoire… Facebook fait florès. Une tendance qui est apparue au milieu de l’année 2007 avec un sommet en 2009 et qui perdure en 2011.

Autre tendance qui se dégage de cet inventaire des recherches Google des Africains: le mot «télécharger». Et face au boum de la téléphonie mobile, les recherches portant sur le site Waptrick.com sont en hausse significative en 2011. Ce site permet de télécharger gratuitement du contenu mobile. Pour ce faire, les internautes africains semblent privilégier le désormais très populaire navigateur pour smartphone «Opera Mini» qui a la particularité de compresser les informations envoyées pour économiser de la bande passante. Une technologie particulièrement prisée en Afrique où les connexions sont souvent faibles, ce qui rend le téléchargement de méga-octets fastidieux. Ancrées dans l’actualité de cette année 2011 agitée, les recherches portant sur Mouammar Kadhafi apparaissent aussi dans le haut du classement et ont connu une progression parfois spectaculaire.

Ci-dessous la cartographie des recherches sur Google formulées en 2011. Survoler avec le curseur de la souris la balise du pays de votre choix. (Application non compatible avec les appareils mobiles d’Apple).

 

 

Quand des géants de la Silicon Valley sous-traitent en Afrique

«Le travail est le médicament contre la pauvreté». De ce proverbe kenyan, Leila Janah en a fait son credo. Son autre haiku étant un mot hindi, «Jugaad», ce qui signifie «faire plus avec moins». A 28 ans, cette américaine d’origine indienne dirige la start-up à but non lucratif, Samasource qu’elle a créée il y a trois ans. Dans les locaux design et spacieux de San-Francisco, les équipes de Samasource oeuvrent à connecter grâce à internet la Silicon Valley avec ses 1 600 «employés» qui vivent dans des endroits parmi les plus pauvres de la planète. Essentiellement des femmes, des jeunes et des réfugiés de guerre. Comme dans le camp de réfugiés de Daadab, le plus grand au monde, niché au nord du Kenya à la frontière avec la Somalie. Dans ce gigantesque camp de fortune, une centaine de personnes ont été formées par Samasource aux rudiments de l’informatique et à la saisie de données. Une découverte totale pour ces réfugiés qui n’avaient jamais vraiment pu utiliser un ordinateur. Désormais, ils effectuent des tâches informatiques de base pour le compte de Google, LinkedIn, Facebook et d’une myriade d’entreprises innovantes californiennes. Et ils sont sous contrat, rémunérés 5 dollars minimum par jour. Un salaire quotidien qui peut sembler dérisoire mais qui représente une augmentation de 65% par rapport au salaire de base. Mais dans un Kenya où le taux de chômage officiel est de 40% de la population, c’est le plein-chômage ou presque qui frappe les camps de réfugiés.

Pour Leila Janah, cette sous-traitance de «micro-tâches» est vertueuse. C’est du gagnant-gagnant pour les travailleurs et pour les entreprises. «Les quatre milliards de personnes qui vivent avec moins de trois dollars par jour ont aussi du talent et des capacités professionnelles. Et ils peuvent contribuer à la production dans cette économie globale», affirme cette entrepreneure innovante. A Nairobi, Leila Janah s’appuie sur des acteurs locaux qui tentaient, avec difficultés et sans véritables moyens, de décrocher des contrats de traitements de «micro-tâches» avec des entreprises occidentales. Désormais, en partenariat avec Samasource, ils ont créé 60 emplois parmi les communautés les plus fragiles et comptent doubler leur effectif en 2012.

Formée entre Stanford et Harvard, Leila Janah a découvert l’Afrique à l’âge de 17 ans lors d’un séjour au Ghana comme aide humanitaire dans une école pour aveugles. Face à la situation économique, elle réalise assez vite que les gens sont pauvres notamment car ils sont déconnectés de l’économie globale et coupés des marchés internationaux. «Au fond, dans les zones pauvres que j’ai pu visiter, tous les jeunes souhaitaient une même chose : un travail». Et en occident, elle découvre que beaucoup d’entrepreneurs sont frileux à l’idée de sous-traiter leurs tâches informatiques dans des zones pauvres…

Du coup, elle développe une technologie qui permet de fractionner intelligemment ces travaux de base en «micro-tâches» très simples à réaliser. Et elle met au point avec ses équipes une plateforme sur le web qui permet de gérer ces travaux en liaison directe avec les 1 600 employés qui se trouvent en Haïti, au Pakistan, en Afrique du Sud ou au Kenya. Ou comment former, valoriser et réinsérer des talents ignorés et parfois même méprisés. Exemple: à Nairobi, l’un des employés est sourd. Mais il a été le plus productif de tous pour saisir les données et a fini par être repéré puis recruté par la banque Barclays.

Au Kenya, le concept de Samasource a pu se développer grâce à l’arrivée de la fibre optique en Afrique de l’Est en 2009. Et l’internet rapide a bouleversé la donne permettant une collaboration efficace avec les équipes sur place capables de télécharger très rapidement les travaux à réaliser et les bases de données à saisir. Tout se passe sur le web. Une nouvelle forme de sous-traitance basée sur du gagnant-gagnant.

 

«L’Afrique n’est pas un paradis pour cyber-criminels»

Comme les adeptes de la fraude 419 au Nigeria, les Sakawa du Ghana ont bâti une mythologie nationale autour de leurs activités lucratives illégales sur internet. Entre culture cyberpunk et tradition ancestrale avec magie noire et train de vie bling bling. ce qui donne lieu à un véritable phénomène de société avec des films et des hits musicaux autour des Sakawa. Derrière cette tendance, des jeunes sans le sou qui s’échinent des semaines entières pour mettre en œuvre leurs cyber-pièges et autres fraudes sur internet. Depuis des cybercafés de fortune, ces Sakawa déploient leurs stratagèmes avec des techniques rudimentaires et abusent de la crédulité d’occidentaux. Ou comment devenir riche rapidement, sans prendre les armes…
Formé en Grande-Bretagne, le jeune expert ghanéen en cyber-sécurité Albert Antwi-Boasiako vient de fonder le e-Crime Bureau à Accra. Un nom digne d’une agence d’intelligence américaine pour cette entreprise qui mène des enquêtes de cyber-criminalité régionale et qui développe des solutions de cyber-sécurité pour les grands groupes et pour les gouvernements. Il travaille parfois en collaboration étroite avec les services de renseignement pour mener des enquêtes et avec la police pour former des cyber-agents à ces menaces qui sévissent sur les territoires numériques. Entretien.

Slate Afrique: Quelle est la situation en terme de cybercriminalité dans la région ?
Albert Antwi-Boasiako: On constate des menaces cybersécuritaires grandissantes particulièrement au Ghana et au Nigeria. Ces dernières années, des groupes de délinquants et des individus isolés se sont investis dans la cybercriminalité où les profits peuvent être très rapides.
Les techniques les plus courantes ?
Le vol d’identité numérique, les fraudes sur les sites de vente aux enchères comme eBay, le clonage de site web, et le vol de données bancaires. Il ne faut pas oublier que a fraude 419 provient de la région et a été largement éprouvée au Nigeria et dans les pays voisins. Des rapports internationaux pointent ces activités cybercriminelles dans la région. C’est inquiétant.
Les motivations restent principalement financières ?
Le terme «Sakawa» est entré dans le vocable de la cyber-criminalité tout comme le terme «419» auparavant. Et ce sont devenus des termes populaires voire des mythes dans la société d’Afrique de l’Ouest anglophone. Certains considèrent ces cyber-criminels comme des héros locaux du 21ème siècle. C’est le syndrome du «Deviens riche vite» qui motive ces cyber-criminels. Le plus souvent ce sont des jeunes qui se lancent dans ces activités illégales sur internet.

Cliquer sur l'image pour visionner le reportage vidéo sur les Sakawas réalisé par Mother board (en anglais)

Leurs cibles ?
Cela a commencé avec des cibles faciles : des occidentaux qui se laissent appâter par un profil d’une jolie demoiselle et qui envoie de l’argent pour l’aider ou la faire venir en Europe…Désormais les cibles se sont étendues aux institutions bancaires nationales, aux entrepreneurs locaux, aux investisseurs étrangers.
Certains pointent l’Afrique de l’Ouest comme un «paradis pour pirates informatiques»…
Des rapports vont dans ce sens et citent notamment le Ghana et le Nigeria comme des pays leaders dans la cyber-criminalité. Mais je suis sceptique. L’Afrique n’est pas un paradis pour cyber-criminel. Car il n’y a pas de véritables statistiques crédibles à ce sujet. Et sans données statistiques, ces affirmations ne sont pas fiables. Par exemple, la Russie et les Etats-Unis ont toujours été très en pointe sur le cyber-crime et les cyber-attaques avec des techniques complexes et redoutables comme des cryptovirus. Et il y a des rapports chiffrés à ce sujet. En Afrique, ce sont des jeunes sans connaissances en cryptologie ou en informatique qui mènent ces actions illégales à la portée de tous.
Et d’un point de vue législatif ou encore de lutte contre cette cyber-criminalité ?
C’est certainement sur ce terrain que les organisations étatiques doivent évoluer. Car pour un pirate malveillant, un État sans loi anti-piraterie et sans autorités policières compétentes pour lutter contre ces pratiques peut avoir des allures de «paradis». Mais le secteur privé doit aussi prendre conscience de cette menace et sécuriser ses données et prendre des mesures préventives et défensives. Car sinon, gouvernements et entreprises seront des cibles faciles. Et cela pourrait mettre en péril l’économie du pays et sa stabilité.
Comment voyez-vous l’avenir cyber-sécuritaire en Afrique ?
Je suis optimiste. La cyber-criminalité est un phénomène relativement nouveau en Afrique. Et même si la plupart des États d’Afrique sont en retard sur les autres continents, ils prennent rapidement conscience des enjeux et agissent. L’Ouganda a récemment adopté une loi contre la cyber-criminalité et la République de Maurice a mis en place l’un des meilleurs Computer Emergency response Team (CERT) d’Afrique. Et un projet de mise en place de CERT a aussi commencé au Ghana où les législateurs se penchent sur une loi contre la cybercriminalité. Avec l’appui des Nations Unies qui ont développé un centre Africain de prévention de la cyber-criminalité. Mais tout l’enjeu pour l’Afrique sera la capacité des Etats à mutualiser leurs efforts et leurs infrastructures pour coopérer. Le rapport aux frontières a changé sur les territoires numériques et c’est la seule solution pour faire baisser la cyber-criminalité à l’échelle du continent. Mais il va aussi falloir être réactif et prendre très rapidement en compte le boum des mobiles en Afrique qui sont de nouvelles cibles pour les pirates et de nouvelles menaces pour les experts en cyber-sécurité.

>>Pour aller plus loin : Le réseau Africain est fragile
Quand l’Afrique organise sa cybersécurité

Illustration: CC Eva the Weaver