La stérilité figure au nombre des motifs les plus répandus de séparation de couples ou même d’adultère. Au banc des accusés, très souvent la femme, dont le principal délit est de « ne pas pouvoir faire d’enfants ». Et pourtant, l’infertilité masculine est reconnue par la majorité des spécialistes de la reproduction en Côte d’ivoire comme un problème de santé publique. Paradoxalement, les chiffres illustrant cette réalité continuent d’être aussi rares que les dents de poule. Alors que le nombre d’hommes infertiles serait beaucoup plus élevé qu’on ne le croit…
La croix et la bannière. On pourrait ainsi qualifier la difficile recherche de chiffres pouvant illustrer la réalité de l’infertilité masculine en Côte d’ivoire. A la direction de la coordination du Programme national de la Santé de la reproduction et de la planification familiale (Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique), la recherche est infructueuse. Le chef du service des statistiques dudit département est incapable de nous fournir un seul chiffre. Devant notre insistance, l’on nous donne contre toute attente le nom d’un médecin, officiant au centre hospitalier universitaire (Chu) de Cocody. Malheureusement, il se trouve que ledit médecin est …gynécologue.
C’est finalement sur internet, notamment sur le blog d’un internaute (http://infoeburnie.blogspot.com) que nous retrouvons une statistique isolée, relative à l’infertilité des hommes en Côte d’ivoire. Le blog, révèle en effet, sur la base d’une étude menée par le Dr Diahou N’guessan (Phytopharmacologue), qu’environ 20% des patients masculins, soit un homme sur cinq, seraient positifs au Chlamydia Trachomatis. Cette bactérie est responsable de la Chlamidiose, maladie sexuellement transmissible très fréquente qui se manifeste par des infections génitales. La chlamidiose non traitée conduit inexorablement à des troubles de la reproduction tels l’infertilité voire la stérilité des patients.
« M. Axel Koblan Avoni, tradipraticien bien connu du milieu médical et spécialisé dans les affections liées aux troubles de la reproduction, déplore depuis longtemps le manque de statistiques concernant l’infertilité masculine. Déjà, il y a quelques années, il confiait au quotidien Fraternité Matin: « L’infertilité masculine en Côte d’Ivoire est liée à un problème d’infection. Il y a un germe particulier qu’on appelle le Chlamydia Trachomatis, qui est à l’origine des déformations des spermatozoïdes, et c’est cette même bactérie qui bouche les trompes des femmes ».
Cependant, il convient d’indiquer que le Chlamydia Trachomatis n’est pas la seule cause de l’infertilité masculine. Les spécialistes de la reproduction évoquent, entre autres, le stress, les infections sexuellement transmissibles mal traitées, l’usage de certains médicaments (surtout ceux vendus à la criée en ville) en guise d’aphrodisiaques. « Ces derniers, en plus de l’infertilité peuvent causer le priapisme », explique le Pr Gnagna Yadou Maurice, Secrétaire Général de l’Association Ivoirienne d’Urologie. Le priapisme étant une situation pénible et potentiellement dangereuse dans laquelle le pénis après l’érection ne retrouve pas sa flaccidité normale au bout de quatre heures, même en l’absence de toute stimulation physique ou psychologique.
En somme, le manque de chiffres officiels sur les troubles de la reproduction des hommes en Côte d’ivoire, n’est pas fait pour arranger les choses, dans un contexte socioculturel où la femme continue d’être indexée. Une culture qui ne considère pas que l’homme puisse être infécond, et qui confond encore, virilité et fécondité.
Ghislaine ATTA

