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2012, Abidjan, Côte d'ivoire, Évasions, Justice, MACA, Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan, Prison
En plus d’avoir en commun la première lettre qui les compose, les mots « Prison » et « Passoire » semblent avoir, du moins en Côte d’Ivoire, beaucoup à partager…
Rien ne va plus à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA), la plus grande des prisons de Côte d’Ivoire. A l’issue du conseil des ministres qui s’est tenu hier (11 juillet, ndlr), le gouvernement a annoncé que tout le personnel serait remplacé incessamment, en réaction à une énième évasion de détenus, dimanche dernier. Quid de ce qui n’a pas marché ? N’allez pas chercher du côté des bâtiments. Et pour cause : cette pas…, pardon, prison a été réhabilitée il y a presqu’un an (la réouverture s’était effectuée le mardi 16 août 2011). Le coût de la restauration s’élevait à plus de deux milliards de francs CFA ! Mais alors, si ce ne sont pas les bâtiments, sont-ce…les hommes? Oui, mais pas les détenus. Mais alors qui ? Les gardes ? Bingo !
Défaillance humaine et matérielle
« Personne ne fait son travail ! » Explose-t-on du côté du Palais. Le Gouvernement ivoirien n’est pas content. Et il l’a fait savoir en annonçant le changement de la totalité du personnel de la MACA, mercredi. L’avant-veille (lundi 11 juillet, ndlr), la ministre délégué auprès du Premier ministre, Garde des Sceaux, ministre de la Justice, déclarait qu’une « défaillance humaine et matérielle » était à l’origine de cette évasion… de trop. Sortant d’un huis-clos avec les responsables de la prison, la ministre Loma Matto Cissé a déclaré :
« Nous avons constaté que tout le pourtour de la Maca se trouve dans la broussaille et les grilles de sécurité qui devraient empêcher les prisonniers de fuir n’existent pas en partie. On a taillé des trous dans le grillage qui sépare la piste rouge qui donne accès à la clôture ».
Pour la défaillance matérielle, on ne sait pas trop et on préfère ne pas se demander à quoi on finalement servi ces deux bons gros milliards de francs CFA. Bref, on préfère se pencher sur la « défaillance humaine », plus vraisemblable. Et la première défaillance, est donnée par Paul Koffi Koffi, ministre en charge de la Défense nationale :
« Nous sortons d’une longue crise, les gardes pénitentiaires, pour la plupart, ne sont pas armés, d’autres n’ont pas repris le travail et certains ont pris de l’âge et sont allés à la retraite. C’est pourquoi, nous travaillons à appuyer le département de la Justice pour suppléer l’absence des gardes pénitentiaires. C’est pour cela que vous trouvez, ici, des militaires, gendarmes et des policiers. Sinon, ce n’est pas leur rôle habituel ».
D’un autre côté, savez-vous par exemple que les surveillants pénitentiaires recrutés par le ministère de la Fonction publique ne subissent la visite médicale qu’après leur admission ? Et qu’en cas d’inaptitude constatée à la visite, le candidat préalablement admis, est tout de même retenu dans le corps des surveillants pénitentiaires ? Alors comment voulez-vous qu’un garde pénitentiaire ne disposant pas de toutes ses capacités physiques pour exercer sa profession, soit en mesure de répondre à une situation extrême ?
De plus, selon des habitués des lieux (je m’appuie ici sur les propos d’un collègue journaliste spécialiste des affaires de Justice) :
« aucune de nos prisons, à commencer par la MACA, la plus grande, ne répond aux normes de sécurité. A l’intérieur du pays, ce sont des magasins et autres maisons d’habitation qui sont simplement transformés en prisons civiles et… bonjour les dégâts ».
Et ce n’est que la face visible de l’iceberg. Car, plus profondément, la démotivation est la chose la mieux partagée chez le personnel des pénitenciers ivoiriens. En effet, pour le risque encouru dans l’exercice de leur mission, les agents ne bénéficient d’aucune prime quelconque. A cela s’ajoutent une formation inadéquate et un statut flou et ambigu de la corporation. Car, bien qu’appartenant à la famille judiciaire, les agents pénitentiaires ne sont pas pris en compte par le centre de formation du Ministère de la Justice.
Vous avez dit Pris…, pardon, Passoire?
Ghislaine ATTA

